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Confédération Française pour
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Bulletin du 31 octobre 2017

Table des matières :

Bulletin CFPSAA Infos 2017-10 – du 31 octobre 2017

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SOMMAIRE

ÉDITORIAL

Le Président de la République est un homme déterminé. Le fil de l’actualité nous le confirme chaque jour. Ce constat qui devrait nous satisfaire compte-tenu de la volonté affichée de faire bouger la politique envers les personnes handicapées, nous laisse pourtant déconcertés. Les effets de communication s’enchaînent, les projets de loi se succèdent, des textes sont adoptés, mais il reste une grande absente : la concertation. Il nous semble plus difficile qu’avant d’obtenir un dialogue avec les différents ministères qui se renvoient un peu la balle entre eux, au prétexte, que nous avons une secrétaire d’État dédiée à notre cause. Pourtant, s’il est fondamental que cette dernière soutienne et appuie nos démarches, cela doit conduire au dialogue avec les spécialistes des domaines qui nous concernent et impactent notre quotidien. Le CIH (Comité Interministériel du Handicap) du mois de septembre a permis au gouvernement d’afficher les grandes lignes prévues pour le quinquennat : l’accès aux droits des personnes handicapées, la revalorisation de l’AAH, la simplification du fonctionnement des MDPH, ou encore le parcours « éducation « de la crèche à la faculté »… Tout cela confirmant bien la volonté de porter le handicap aux premiers rangs des préoccupations. Mais attention, la communication peut gommer les effets pervers de la réalité : à l’exemple de la revalorisation de l’AAH dont l’annonce n’explique pas que, parallèlement, le plafond des ressources sera gelé et qu’il y a un risque pour certains couples de sortir du dispositif. Il en va de même pour les personnes vivant en Institution qui subiront de plein fouet l’augmentation du forfait hospitalier dès le 1er janvier, alors que la revalorisation de l’AAH n’interviendra qu’en novembre 2018. Le débat est donc impératif, même lorsque certaines intentions sont bonnes. Notons par ailleurs, que la rapporteuse spéciale de l’ONU sur l’application des droits des personnes handicapées vient de passer une dizaine de jours en observation sur notre territoire et a établi un rapport présenté au gouvernement. Ce rapport dont vous lirez les grandes lignes un peu plus loin dans ce bulletin, montre du doigt certains dysfonctionnements et rappelle nombre de devoirs aux dirigeants français. Souhaitons que cela retentisse, et espérons que soit réintroduit un peu de concertation dans la méthode unilatérale que nous observons pour l’instant.

Edouard Ferrero Président de la CFPSAA

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1) ACTUALITÉS DE LA CFPSAA

1-A) ASSISES NATIONALES DE LA MOBILITÉ – ATELIER CONSACRÉ À L’ACCESSIBILITÉ À LA MOBILITÉ

Contribution de la CFPSAA A l’occasion des Assises de la Mobilité, lancées en septembre dernier par le 1er Ministre, des groupes d’experts ont été constitués par thématiques. Voici la contribution de la CFPSAA dans le cadre de l’atelier consacré à l’accessibilité à la mobilité.

La Confédération souhaiterait aborder les sujets suivants :

1 – Véhicules électriques

Nous souhaitons que les subventions d’achat de véhicules propres soient soumis à l’obligation de l’installation du système AVAS. En effet, ce dernier ne sera obligatoire qu’en 2022. Cette mesure permettra aux personnes vulnérables d’entendre les véhicules en approches.

2 – Définition juridique du trottoir

Nous souhaitons voir aboutir un arrêté déterminant l’usage du trottoir précisant qu’elle est sa hauteur minimale, qui a le droit de l’utiliser, à quelle vitesse, avec quels types d’engins d’aide à la mobilité et quelles sont ses limites (tactiles et visuelles).

3 – Information voyageur sur arrêts de transports

Nous souhaitons lever une discrimination car aujourd’hui une personne aveugle et mal voyante ne peut pas avoir le droit à l’information sur un quai de transport simple : seuls ceux où deux lignes passent ont obligation de donner des informations.

4 – Application mobiles et sites marchands privés : plus connectés

Nous souhaitons qu’un texte rende les applications mobiles accessibles ainsi que les sites marchands privés.

Thierry Jammes Expert accessibilité, Président de la Commission Access de la CFPSAA Retour sommaire

2) ACTUALITÉS INSTITUTIONNELLES

2-A) DROITS DES PERSONNES HANDICAPÉES : LA RAPPORTEUSE DE L’ONU PRÉSENTE SON RAPPORT

Après 10 jours d’observation sur le territoire national, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur l’application des droits des personnes handicapées, Catalina Devandas-Aguilar, vient de présenter son rapport préliminaire au gouvernement français. Pour une désinstitutionnalisation La rapporteuse préconise la disparition des établissements médico-sociaux pour personnes handicapées, à l’instar d’autres pays. Elle prône plutôt une réelle inclusion de ces personnes, accompagnées par des services dédiés, « au sein de la communauté ». Elle pointe du doigt les « structures ségrégatives » à l’encontre des personnes en situation de handicap, qui se retrouvent isolées et dont les droits fondamentaux sont bafoués. Les établissements devraient être remplacés par des « centres de ressources non résidentiels », qui dépendraient non plus du ministère de la Santé mais de celui de l’Éducation nationale.

Pour une école inclusive L’école n’est pas suffisamment inclusive. Catalina Devandas-Aguilar constate que les enseignants et les auxiliaires de vie ne sont pas formés au handicap. Cela pousse l’élève handicapé à s’adapter au système de vie scolaire. Or, c’est l’inverse qui devrait être la norme.

Les droits des personnes La rapporteuse déplore la restriction des capacités juridiques des personnes handicapées. En effet, 400 000 personnes sous tutelle et 350 000 sous curatelle se retrouvent privées de leurs droits fondamentaux. Elle considère ainsi que la tutelle est une entrave à la liberté et non une mesure de protection. Catalina Devandas-Aguilar met également en lumière le non-respect des droits des personnes en situation de handicap psychique – privation de liberté ou soins psychiatriques dispensés sans consentement de la personne. Elle se fait également l’écho des mauvais traitements qui leur sont infligés : contention, isolement, packing… Elle regrette enfin qu’aujourd’hui, la personne handicapée ne soit pas considérée comme un sujet de droit, mais comme un objet de soins.

L’accessibilité L’ensemble des établissements recevant du public (ERP) doit être mis en norme sans délai et de manière égale selon les territoires. De ce point de vue, l’outre-mer est davantage en retard que la métropole. Les jeux paralympiques doivent pouvoir représenter l’occasion d’une prise de conscience de cette question urgente.

La représentation des personnes handicapées La voix des personnes en situation de handicap doit être mieux entendue, sans forcément l’intermédiaire des associations ou des parents. Elle estime que le CNCPH devrait disposer d’un budget de fonctionnement propre, pour plus d’efficacité. Une communication plus poussée doit également être engagée pour faire mieux connaître la convention des Nations unies.

Un système français à bout de souffle Le système de protection sociale est encore trop complexe. Elle préconise de faire évoluer les MDPH en guichets uniques et de simplifier les prestations en les rapprochant du droit commun. La rapporteuse présentera les résultats complets de sa visite et ses recommandations dans un rapport officiel au Conseil des droits de l’homme des Nations unies en mars 2019. La France, qui a signé en 2007 et ratifié en 2010 la Convention relative aux droits des personnes handicapées des Nations unies, devra y répondre officiellement. Par ailleurs, Nexem sera vigilante à faire valoir, auprès du gouvernement français, la qualité des services médico-sociaux, tout en œuvrant à un meilleur accès au droit pour tous. Nexem.fr Retour sommaire

3)- ACTUALITÉS SOCIALES

3-A) MARIE-ANNE MONTCHAMP, NOUVELLE PRÉSIDENTE DU CONSEIL DE LA CNSA

Le Conseil de la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie) élit sa nouvelle présidente et échange avec les ministres, Agnès Buzyn et Sophie Cluzel Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, et Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, ont installé le nouveau Conseil de la CNSA le 23 octobre 2017. Lors de cette séance extraordinaire, le Conseil a élu sa nouvelle présidente. Marie-Anne Montchamp, ancienne secrétaire d’État, succède à Paulette Guinchard. Marie-Anne Montchamp a été largement élue présidente (avec 70 voix sur 73 exprimées). Après son élection, madame Montchamp, qui a porté la loi du 11 février 2005 et reste très attachée à ce champ des politiques publiques, a déclaré vouloir faire vivre la CNSA dans l’esprit de ses fondateurs. Elle a souligné la force de sa composition plurielle et de son caractère innovant dans le système de protection sociale, qui doivent avoir valeur d’exemple : « La pluralité de notre Conseil qui réunit associations, partenaires sociaux, départements et État est une force et en même temps un défi. Il nous appartient d’en démontrer toujours plus la pertinence pour notre système de protection sociale, dans le champ de l’autonomie et au-delà ». Elle a conclu son discours en affirmant que les politiques en direction des personnes âgées et des personnes handicapées ne peuvent pas être des politiques « subsidiaires ». Le Conseil a exprimé sa grande satisfaction de pouvoir échanger avec Agnès Buzyn, venue présenter une feuille de route ambitieuse pour les personnes âgées, et avec Sophie Cluzel, qui a réaffirmé sa volonté de transformation massive de l’offre au service d’une société plus inclusive. Les membres du Conseil ont témoigné leur attachement aux grands chantiers engagés tant dans le secteur du handicap que dans celui du grand âge et ont fait valoir quelques points de vigilance. Les membres ont fait part de leurs préoccupations quant à la réforme de la tarification des EHPAD, à l’utilisation de la CASA et au reste à charge pour les personnes hébergées. Ils ont relevé les conditions d’exercice parfois difficiles des professionnels et les difficultés d’attractivité des métiers du secteur qui peuvent en découler. Le rapprochement de la HAS et de l’ANESM a fait l’objet d’une attention particulière. Par ailleurs, les départements ont fait part de leur volonté de s’inscrire de façon concertée dans la mise en œuvre de la loi d’adaptation de la société au vieillissement et dans la stratégie quinquennale d’évolution de l’offre pour les personnes handicapées. Le Conseil a également exprimé ses attentes à l’égard de la stratégie nationale de santé à partir d’une contribution de la CNSA. Cette contribution enrichie sera rendue publique prochainement. La prochaine réunion du Conseil est programmée le 21 novembre. Elle aura notamment à l’ordre du jour le vote du budget prévisionnel 2018 de la Caisse. La lettre de la CNSA – 27 octobre 2017 Retour sommaire

4)- ACTUALITÉS FRANÇAISE DU HANDICAP

4-A) PENSION D’INVALIDITÉ, CSG ET PRIME D’ACTIVITE

Lettre du Comité d’Entente à Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé

Madame la Ministre, Le Comité d’entente attire votre attention sur plusieurs mesures prévues dans les PLF et PLFSS 2018 relatives à la réforme de la prime d’activité et à la hausse de la CSG. Ces mesures impactent de manière très préjudiciable de nombreuses personnes en situation de handicap, notamment pensionnées d’invalidité et victimes du travail ainsi que les aidants familiaux. Suppression de la prime d’activité pour les invalides et les victimes du travail en emploi (art. 63 du PLF 2018). Nous sommes très surpris de cette disposition. En 2016, la mobilisation de nos associations avait permis de réparer une injustice en rendant les allocataires de l’AAH et les bénéficiaires de pensions et de rentes qui travaillent, éligibles à la prime d’activité. Les droits des allocataires de l’AAH ont alors été établis rétroactivement au 1er janvier 2016 tandis que les droits des bénéficiaires de pensions et de rentes n’ont été ouverts qu’à compter de novembre 2016. Nous avions déploré à l’époque, auprès du Ministère et des Caisses, qu’aucune action de communication spécifique n’ait été conduite pour inciter les salariés invalides et les victimes du travail éligibles à formuler une demande auprès de leur CAF. Tandis que dans le même temps, les systèmes d’information restaient insuffisamment performants. Si cet article 63 est adopté par le Parlement, cette mesure va se traduire très concrètement par une baisse du pouvoir d’achat pour ces personnes, alors que le montant moyen de la prime d’activité s’élève aujourd’hui à 158€/mois et qu’une revalorisation de 80€ d’ici la fin du quinquennat est prévue. Ils perdront donc en moyenne 238€/mois. Or, nous vous rappelons qu’en dépit de leur maladie ou de leur handicap, ces personnes poursuivent une activité professionnelle. Le Gouvernement ne peut donc proposer de supprimer purement et simplement cette mesure de soutien au pouvoir d’achat susceptible de bénéficier à près de 230.000 salariés ayant une pension d’invalidité au constat d’une faible utilisation de la prime d’activité. Bien au contraire, le Comité d’Entente attend du Gouvernement qu’il produise, auprès des personnes éligibles, une information sur le recours à cette mesure de pouvoir d’achat méconnue par les bénéficiaires potentiels. Hausse de la CSG : impact sur les pensionnés d’invalidité, les victimes du travail et les aidants familiaux. Les pensionnés d’invalidité et les victimes du travail qui ne travaillent pas seront impactés directement par la hausse de la CSG, sans aucune compensation, puisque, une fois de plus, aucune revalorisation des pensions n’est envisagée. Sans intervention de votre part, ils connaîtront une perte de ressources directe et sans compensation. Par ailleurs, les victimes du travail ne comprennent pas que l’excédent de la branche accidents du travail – maladies professionnelles (AT-MP) ne se traduise en effet pour eux par aucune mesure d’amélioration de l’indemnisation des victimes du travail, notamment une véritable revalorisation des rentes et indemnités en capital. Cette hausse de la CSG va également pénaliser les aidants familiaux qui perçoivent un dédommagement au titre de la prestation de compensation du handicap (PCH). Le taux de CSG qui leur sera appliqué à compter du 1er janvier 2018 passera alors de 8,2% à 9,9%, soit le taux appliqué le plus élevé. Le montant net du dédommagement perçu par les aidants familiaux d’un allocataire de la PCH qui est déjà faible et soumis à déclaration au titre des bénéfices non commerciaux va ainsi diminuer de 1,8%. A ce jour, aucune compensation n’a été introduite pour amortir cette perte nette en pouvoir d’achat pour ces familles concernées par l’augmentation de la CSG. Le Comité d’entente est particulièrement inquiet sur l’impact de ces orientations et décisions du Gouvernement sur le pouvoir d’achat de ces centaines de milliers de personnes invalides, victimes du travail et aidants familiaux qui ont déjà des revenus très modestes. Aussi, nous attendons une intervention de votre part afin de modifier l’article 63 et corriger les impacts défavorables de la hausse de la CSG sur les publics concernés. Nous renouvelons également notre demande de rendez-vous, à laquelle vous n’avez à ce jour par encore répondu, en vous rappelant que nos associations représentent collectivement près de 10 millions de personnes.

Copie de ce courrier a été adressée à :
-  Monsieur Emmanuel MACRON, Président de la République ;
-  Monsieur Edouard PHILIPPE, Premier Ministre ;
-  Madame Sophie CLUZEL, Secrétaire d’État chargée des Personnes Handicapées ;
-  Dominique GILLOT, Présidente du CNCPH. Retour sommaire

4-B) LETTRE OUVERTE DU COMITÉ D’ENTENTE AUX PARLEMENTAIRES À PROPOS DE LA LOI DE FINANCES 2018

Lors du débat parlementaire sur les lois de finances 2018, vous allez être invité(e) à vous prononcer sur les ressources des personnes en situation de handicap et de leur famille. Or, la situation est grave. Un certain nombre de mesures, si elles étaient adoptées, entrainerait un réel recul des droits des personnes en situation de handicap et une aggravation de leur précarité. Le Comité d’Entente, qui regroupe les principales organisations nationales représentatives des personnes en situation de handicap et de leur famille, a donc décidé de vous alerter publiquement afin de vous faire part de ses très vives inquiétudes relatives aux mesures du gouvernement concernant l’AAH, les pensions d’invalidité et les rentes. Certaines de ces mesures ont été annoncées au Comité interministériel du handicap du 20 septembre dernier (mesures sur l’AAH) ou sont contenues dans le PLF 2018 (prime d’activité et pension d’invalidité). Les principes de ces mesures vont à l’encontre de toutes les politiques du handicap menées par les gouvernements successifs depuis 1975 : la solidarité familiale avant la solidarité nationale ou encore la volonté d’aligner l’AAH sur les autres minima sociaux. C’est aussi une remise en cause de l’un des piliers de la loi du 11 février 2005 concernant la garantie de ressources des personnes en situation de handicap. Certes, le gouvernement vient d’annoncer une revalorisation du montant de l’AAH pour le porter d’ici novembre 2019 à 900 €, soit une hausse de 11 % sur la durée du quinquennat. Mais contrairement à ce qui a été annoncé, toutes les personnes en situation de handicap allocataires ne bénéficieront pas ou partiellement de cette revalorisation : c’est le cas des bénéficiaires de l’AAH vivant en couple, tout comme les personnes les plus sévèrement handicapées bénéficiant du complément ressources de l’AAH. Sans compter que cette revalorisation étalée dans le temps reste modeste au regard de la précarité de nombreuses personnes en situation de handicap et de leur famille qui continueront, en dépit de ces revalorisations, à vivre en dessous du seuil de pauvreté en 2020. En outre, de nombreuses personnes en situation de handicap, suite à une maladie ou à un accident, touchent des pensions d’invalidité ou des rentes, d’un montant parfois inférieur au montant de l’AAH. Elles ne sont donc pas concernées par cette revalorisation et, pire, l’article 63 du projet de loi de finances 2018 prévoit la suppression de la prime d’activité pour ces bénéficiaires de PI ou rentes AT-MP qui travaillent. Le Comité d’Entente s’est adressé au Premier ministre en septembre dernier. Nous sommes toujours dans l’attente d’une réponse et de la rencontre d’urgence que nous lui alors avons demandée. Aujourd’hui, nous comptons donc sur la représentation nationale du Parlement, c’est-à-dire sur vous, afin que vous puissiez relayer l’incompréhension et la colère de nombreuses personnes en situation de handicap et de leur famille impactées, pour plus de 500 000 d’entre elles, par ces mesures choquantes et inacceptables. Des mesures aggravées par d’autres dispositions qui impactent également leur pouvoir d’achat : diminution du montant des allocations logement, hausse du forfait hospitalier qui impactera fortement le pouvoir d’achat des personnes résidant notamment en maison d’accueil spécialisé (MAS), hausse de la CSG (notamment sur les pensions d’invalidité ou sur le dédommagement PCH perçu par les aidants familiaux), réduction du nombre de contrats aidés… En vous remerciant de l’attention et de l’écho que vous voudrez bien donner à notre démarche, nous vous prions de croire…

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5) ACTUALITÉS INTERNATIONALES DU HANDICAP

5-A) QUESTIONS-RÉPONSES SUR LE TRAITÉ DE MARRAKECH

Pourquoi le Traité de Marrakech représente-t-il un accord international historique ? Pour la première fois, le droit international relatif aux droits de l’homme, et en particulier la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, fait partie de la base d’un traité international sur le droit d’auteur, sous les auspices de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Ce traité instaure un instrument international juridiquement contraignant pour établir une exception à la loi mondiale sur le droit d’auteur.

Pourquoi s’appelle-t-il « Traité de Marrakech » ? L’accord sur le texte du Traité a été conclu en juin 2013 à Marrakech. D’où le nom de « Traité de Marrakech ».

Pourquoi avons-nous besoin du Traité de Marrakech ? Les personnes aveugles et déficientes visuelles n’ont accès qu’à moins de 5 % des livres publiés chaque année car la plupart des livres ne sont pas produits en version accessible par manque d’intérêt des éditeurs. Dans la plupart des pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie, des millions de personnes ayant des difficultés à lire les caractères imprimés n’ont qu’un accès très limité au matériel de lecture. De plus, les livres fabriqués dans des formats accessibles, généralement par des bibliothèques et des associations de personnes aveugles, ne peuvent pas franchir les frontières nationales parce que la législation nationale sur le droit d’auteur n’autorise pas leur distribution au niveau international. La loi sur le droit d’auteur entrave l’accès au matériel de lecture pour les personnes déficientes visuelles.

La conclusion du Traité de Marrakech a-t-elle été facile ? Absolument pas. Des milliers de personnes déficientes visuelles, de bibliothécaires et d’ONG ont travaillé pendant plus de dix ans afin d’obtenir un traité international juridiquement contraignant. Nous n’aurions pas obtenu un tel traité sans ces années de campagnes difficiles.

Qui s’est opposé au Traité ? Les éditeurs internationaux et d’autres lobbies tels que l’industrie cinématographique se sont opposés au Traité pendant des années et pratiquement jusqu’à la fin des négociations de Marrakech. L’UE et les États-Unis se sont également opposés à un traité juridiquement contraignant pendant de nombreuses années, car ils préféraient un accord volontaire ou une loi non contraignante (soft law), ou des recommandations.

Qu’est-ce que le Traité de Marrakech ? Quel est son champ d’action, sa portée, et que va-t-il se passer ? Le Traité de Marrakech légalise et facilite le partage de livres accessibles dans le monde entier. Des livres accessibles disponibles en Espagne pourront être partagés avec des personnes déficientes visuelles hispanophones en Amérique latine. Des textes présents au Royaume-Uni pourront être mis à la disposition de personnes anglophones en Inde, en Afrique du Sud, aux États-Unis et dans le reste du monde. Cela va ouvrir des possibilités éducatives, sociales et économiques aux personnes déficientes visuelles. En quoi le Traité modifie-t-il le droit d’auteur ? Les échanges transfrontaliers de livres protégés seront désormais autorisés sans la permission des détenteurs de droits dans un but non lucratif afin de servir les personnes déficientes visuelles. Cela permettra aux personnes qui ne peuvent pas lire les livres imprimés de façon classique de partager des formats accessibles comme le numérique, l’audio, le format DAISY et le braille sans l’aval des détenteurs du droit d’auteur. Il s’agit d’une exception obligatoire au droit d’auteur qui permet aux ouvrages de se déplacer librement dans le monde entier sous la responsabilité d’intermédiaires de confiance comme les associations de personnes aveugles et les bibliothèques.

Quels pays peuvent appliquer le Traité de Marrakech ? Tous les pays qui ont ratifié le Traité peuvent et doivent l’appliquer. Le Traité est entré en vigueur en septembre 2016 et tous les pays qui l’ont ratifié peuvent l’appliquer. À ce jour, plus de 30 pays l’ont ratifié et beaucoup d’autres le feront probablement au cours de l’année prochaine, notamment les 27 pays de l’Union européenne en totalité. La liste des pays déjà signataires du Traité est disponible ici : http://www.wipo.int/treaties/es/Sho... (External link)

Quelle est la législation de l’UE concernant le Traité de Marrakech ? Il y a eu un accord politique en mai 2017 qui ouvre la voie à la ratification par l’UE du Traité de Marrakech, ce qui est très positif. Dans le même temps, il est regrettable que celui-ci permette aux États membres de l’UE d’imposer une « taxe sur les livres accessibles » ou un « droit à compensation » à verser aux détenteurs de droits d’auteur.

Pourquoi la ratification par l’UE est-elle si importante ? Elle marque une étape importante vers la fin de la « pénurie de livres » qui prive les personnes déficientes visuelles d’un accès à la plupart des documents publiés parce que c’est dans l’UE et aux États-Unis que l’essentiel des formats accessibles existent dans les principales langues. La ratification par l’UE s’effectuera certainement à l’automne 2017. Néanmoins, elle n’entrera en vigueur que lorsque l’UE déposera son instrument de ratification à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) à Genève.

Qui peut distribuer et recevoir des livres dans le cadre du Traité ? Toute organisation ou institution ayant dans ses attributions le service des personnes déficientes visuelles peut bénéficier des avantages du Traité de Marrakech et distribuer des livres à ses membres ou à toute personne à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire où elle intervient. Cela signifie par exemple qu’un texte en français peut être envoyé à une personne francophone en Afrique et qu’un ouvrage en format accessible peut être expédié d’Espagne vers l’Amérique latine. La seule condition préalable est que les deux pays aient ratifié le Traité.

Quand le Traité sera-t-il ratifié par les États-Unis ? Il existe déjà un accord sur un texte à ratifier au Sénat américain. Il est donc probable que la ratification des États-Unis aura lieu d’ici à 2018.

Qui supervise et contrôle la bonne application du Traité de Marrakech ? « L’Assemblée du Traité de Marrakech » de l’OMPI a été créée en octobre 2016 et se réunit chaque année à l’OMPI à Genève pour superviser et suivre la réalisation des objectifs du Traité. Newsletter de l’Union Européenne des Aveugles n°115 Retour sommaire

5-B) CONCOURS ONKYO 2017

L’Onkyo World Braille Essay Contest est une initiative mondiale organisée et sponsorisée par Onkyo Corporation et Braille Mainichi, deux entreprises japonaises qui participent activement à la promotion du braille. Son volet européen est géré par l’Union Européenne des Aveugles. L’édition 2017 du concours mondial de rédaction a totalisé 55 essais adressés par 19 pays. Comme lors des éditions précédentes, le jury a dû âprement délibérer afin de sélectionner les sept lauréats et certains essais, bien qu’excellents, ont dû être écartés. Cette année encore, la compétition a réuni un bon nombre de participants qui ont soumis des textes de haute qualité, reflétant les nombreuses façons dont le braille agit sur la vie des personnes aveugles et malvoyantes. L’UEA est fière de vous présenter ci-dessous la liste complète des gagnants. Premier prix Otsuki : ’Braille… an essential tool for the visually impaired or blind’ de Marina Valenti (Italie) (Le braille… un outil essentiel pour les déficients visuels ou les aveugles° Prix d’Excellence : Catégorie junior : ’Letter to Louis Braille’ de Oleg Suvorin (Russie) (Lettre à Louis Braille) Catégorie senior : ’Hi Reni’ de Boldizsar Szentgali-Toth (Hongrie) Mention Bien : Catégorie junior : ’Dots as the best gift ?’ de Zuzana Fährerová (Slovaquie) (Les points sont-ils le meilleur cadeau ?) ’Rural Dots’ de James Scholes (Royaume-Uni)(Points ruraux) Catégorie senior : ’The number of things that fit in six dots is amazing !’ de Francisco Javier García Pajares (Espagne) (Le nombre de choses qui tiennent en six points est incroyable !) ’The Straggler’ de William Lyons (Suède)(Le retardataire)

Recommandé par l’UEA : ’The End of Good Old times or Just Look and See’ par Milan Linhart (République tchèque) (La fin du bon vieux temps ou juste regarder et voir) Braille : ’The Best Friend d’Ivana Vinko’ (Croatie) (Braille : le meilleur ami) LAURÉAT DU PRIX OTSUKI : Braille… an essential tool for the visually impaired or blind de Marina Valenti (Italie) D’où vient la tendance actuelle qui consiste à dire aux personnes déficientes visuelles/aveugles et à leurs familles que le braille est obsolète, pas nécessaire et compliqué ? Le braille a-t-il donc cessé d’être un outil utile et indispensable pour les personnes qui ne voient pas ou peu ? J’habite dans le nord de l’Italie et ma fille est née avec une déficience visuelle. Elle souffre de dystrophie des cônes et des bâtonnets, une maladie ophtalmique dégénérative, et le syndrome dont elle est atteinte entraîne généralement une déficience auditive grave. Les médecins ont très tôt insisté sur le fait qu’il serait très constructif de lui faire apprendre le braille au plus vite. Pour ma part, il semblait évident que c’était ce que nous allions faire. En Italie, lorsqu’on inscrit un enfant aveugle ou malvoyant à la maternelle, l’école met à sa disposition l’assistance de consultants extérieurs spécialisés en typhlologie, censés être experts pour tout ce qui permet l’inclusion des élèves aveugles en classe. La responsabilité exacte de cette personne est quelque peu déroutante, mais j’imaginais qu’elle encouragerait et favoriserait l’utilisation du braille. Dans les écoles traditionnelles italiennes, les enfants handicapés sont assistés par un enseignant auxiliaire, et ceux qui ont des troubles sensoriels sont également aidés par des assistants pour vivre et communiquer en autonomie. Nous avons eu la chance d’être accompagnés par une assistante vraiment talentueuse et compétente, qui a non seulement commencé à enseigner le braille à notre fille d’une manière très gaie et amusante, mais a aussi fait participer toute la classe. Pourtant, dès le début, il nous est clairement apparu que la typhlologue ne partageait pas l’enthousiasme de l’assistante pour le braille, allant même jusqu’à s’opposer à la procédure. D’après elle, il fallait avant tout encourager les enfants déficients visuels à utiliser leur vue résiduelle, et les obliger à apprendre le braille aurait un effet négatif et stressant pour eux sur le plan psychologique. La typhlologue et l’assistante ne parvenaient pas à s’entendre et nous avons compris que les jours de cette dernière auprès de notre enfant étaient comptés. Elle est partie avant que notre fille ait terminé l’école primaire et plus personne n’était capable de poursuivre l’enseignement du braille à l’école. La typhlologue a néanmoins insisté de manière catégorique sur le fait que le braille était trop difficile, trop stressant, inutile et obsolète, allant jusqu’à insinuer que nous étions des parents injustes et ambitieux de vouloir lui faire apprendre ce code. Notre fille a pris des leçons privées de braille à la maison, mais cela signifiait qu’elle ne pouvait plus l’utiliser comme outil à l’école. Une fois que l’on connaît les rudiments du braille, il faut l’utiliser régulièrement car cela nécessite de la pratique et de l’entraînement si l’on veut être au niveau de ses pairs. Ma fille est maintenant en avant-dernière année d’études de langues. Durant toute sa scolarité, elle a su s’adapter à l’école traditionnelle car elle est brillante, motivée et n’a pas de difficultés cognitives. Elle ne voit quasiment plus et ne peut plus s’appuyer sur des documents en grand caractères ; son audition s’est détériorée et elle a également besoin d’une prothèse auditive. Elle a la chance d’avoir des professeurs compréhensifs, bienveillants, des enseignants spécialisés et un assistant très attentionné. Si elle avait eu accès au braille, elle serait beaucoup plus autonome aujourd’hui et n’aurait pas besoin de s’appuyer sur tant de personnes pour pouvoir accéder au matériel scolaire. J’aimerais m’adresser à tous les parents qui se demandent si l’effort d’apprentissage du braille est nécessaire. Je voudrais que tous les parents à qui l’on a dit que le braille était superflu réfléchissent à ceci : Le système scolaire manque d’instructeurs qualifiés, de ressources et du temps nécessaire pour enseigner le braille en classe. Dans la plupart des cas, on dissuade les élèves d’apprendre le braille car les enseignants/assistants spécialisés ne le connaissent pas et n’ont pas reçu les bons outils pour l’utiliser. La plupart du temps, ils ont aussi subi un véritable lavage de cerveau qui leur a laissé croire que le braille est une perte de temps et d’énergie. Il est beaucoup plus facile de dire aux parents que le braille est obsolète que d’avoir à expliquer que l’école ou l’institution ne peut pas fournir cet enseignement parce qu’il représente des frais. Je trouve surprenant qu’une personne ayant reçu une formation universitaire trouve le braille « trop difficile ». La musique, la physique ou les mathématiques étant généralement considérées comme des disciplines complexes, ne faudrait-il pas cesser de les enseigner aux élèves voyants ? Quatre compétences sont nécessaires pour apprendre une langue : écrire, lire, écouter et parler. Chacune d’elle représente une activité cognitive différente et lorsque vous apprenez une langue étrangère, vous êtes extrêmement désavantagé si vous pouvez seulement écouter la langue parlée. Une langue étrangère parlée ne permet pas de distinguer les différents mots. Apprendre par exemple l’anglais comme langue étrangère peut être un véritable casse-tête car il y a peu de correspondance entre la phonétique et l’orthographe. Il faut s’appuyer sur quelque chose de « tangible » pour pouvoir organiser une nouvelle langue, une orthographe et une structure. Karen Wolfe de l’American Foundation for the Blind explique : « On ne peut apprendre à lire et à écrire uniquement en écoutant. L’alphabétisation nous aide à communiquer et à réfléchir. Il n’est pas possible d’être totalement alphabétisé sans le braille. » La technologie a accompli des progrès considérables, mais les lecteurs d’écran et les enregistreurs ne peuvent pas remplacer la capacité de lire et d’écrire. Rédiger un discours en braille est le seul moyen de poser des réflexions sur papier. Le braille est indispensable pour identifier les étiquettes, les boîtes de médicaments, suivre les directions dans une ville, lire les menus au restaurant, etc. Les enfants malvoyants sont contraints d’adopter une mauvaise posture, ce qui a provoqué chez notre fille une scoliose sévère. La fatigue oculaire, les maux de tête font partie du quotidien, et c’est un crève-cœur de voir chaque jour son enfant tenter de déchiffrer ce qui est écrit sur un écran. Le braille permet aux personnes déficientes visuelles de garder une bonne posture et de ménager leur vue pour profiter de la télévision ou d’autres activités agréables. Lorsque le braille est présenté à un enfant aveugle ou déficient visuel par une personne compétente et que l’enfant comprend son importance pour lui, ce n’est ni trop difficile, ni un effort. Les enfants l’acceptent comme étant naturel. Robert Englebretson, professeur de linguistique à l’Université de Rice, a expliqué dans une présentation : « Puisque les enfants voyants apprenaient à lire et à écrire en imprimé, il me semblait parfaitement naturel d’apprendre à lire et à écrire en braille. » Englebretson évoque une attitude essentielle qui consiste à valoriser le braille comme étant à la fois naturel et nécessaire. Les personnes aveugles méritent l’égalité des chances, et le braille leur offre cette égalité. L’écoute seule ne suffit pas ! Fin

Vous pouvez découvrir tous les autres essais primés sur la page Onkyo de l’UEA. L’UEA saisit cette occasion pour féliciter tous les gagnants et témoigner sa sympathie à ceux dont le travail n’a pas été retenu. Nous espérons que la compétition de l’année prochaine attirera de nombreux participants enthousiastes.

Newsletter de l’Union Européenne des Aveugles – n°115

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8) EMPLOI

8-A) EMPLOI ET HANDICAP : "NOTRE SYSTÈME EST ARCHAÏQUE"

Interview de Bachir Kerroumi Résumé : Chargé de mission "résilience" à la Ville de Paris, Bachir Kerroumi est l’auteur d’une étude sur l’intégration professionnelle des personnes handicapées selon différents pays. Son constat ? La France reste très en retard... Explications. Handicap.fr : Vous étiez présent aux 30 ans de l’Agefiph le 3 octobre 2017. Qu’avez-vous pensé de la soirée ? Des thèmes abordés ? Bachir Kerroumi : C’est une manifestation utile ; il faut, de temps en temps, marquer la politique d’inclusion pour l’emploi de manière emblématique, en invitant tous les partenaires, syndicats, associations, représentants de l’État… Il y a eu des constats qui montraient que nous sommes encore en retard et que les choses n’avancent pas beaucoup. C’est le cas concernant la formation professionnelle notamment ; plusieurs orateurs l’ont souligné. Une grande majorité de personnes en situation de handicap ont un niveau de formation faible, à cause d’un système vétuste et obsolète. Alors, oui, il est important de le dire… Mais que fait-on ? H.fr : Reprochez-vous un manque d’action et d’innovation en faveur de l’emploi des personnes en situation de handicap ? BK : Lors de la soirée, j’ai déploré l’absence du gouvernement. Sophie Cluzel (secrétaire d’État en charge du handicap) a fait un beau discours mais la question de l’emploi des personnes handicapées relève de la compétence de la ministre du Travail. Elle était malheureusement absente et a fait transmettre un message vidéo. Nous attendons plus : des solutions concrètes, un réel programme. Des événements comme cette soirée sont pertinents mais pas suffisants. Il faut les inscrire à moyen et à long terme. Le beau discours de Mme Cluzel ne suffit pas ; elle ne s’est engagée sur rien. On aurait aimé entendre parler de nouvelles actions à venir. Ca ne s’est pas fait. H.fr : Vous avez mené une étude sur l’intégration professionnelle des personnes handicapées à l’étranger, en prenant en compte les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Italie. Pourquoi ces trois pays ? BK : Parce que cela rend l’étude plus homogène. Certains pays sont très avancés au niveau technologique mais moins sur le plan culturel. D’autres pays ne font pas preuve de beaucoup d’investissement ou de contraintes mais le résultat est là. C’est le cas du Royaume-Uni où trois millions de personnes handicapées travaillent, contre 600 000 seulement en France. Nous avons pourtant une population similaire. Au Royaume-Uni, il n’y a pas de quota, pas de contraintes ni d’obligation mais le système de formation est de qualité. Tout petits, les enfants porteurs d’un handicap sont inclus dans le système ordinaire de façon très égale. Comme c’est le cas depuis 40 ans, leur intégration professionnelle est naturelle pour tous. Là-bas, la personne handicapée n’est pas considérée comme malade. On distingue la santé du handicap. Le médecin traitant valide l’aptitude de la personne à travailler, pas le médecin du travail. Chez nous, c’est le contraire. J’ai donc choisi ce pays car, culturellement, il est plus avancé que nous sur ce point. Il dépense trois fois moins d’argent que la France mais le comportement des gens donne beaucoup plus de résultats. Dans l’histoire des Jeux paralympiques, c’est à Londres, pour la première fois, que les stades étaient aussi remplis. Les Anglais vont voir des sportifs, pas des personnes handicapées. H.fr : Qu’en est-il des États-Unis ? BK : Ce sont les plus audacieux. Leurs résultats sont encore supérieurs aux Anglais et plus innovants en termes de management. C’est là-bas qu’il y a le plus d’investissement dans les recherches, dans les grandes universités par exemple. H.fr : Et l’Italie ? BK : J’ai choisi l’Italie parce que sa situation ressemble un peu à la nôtre, avec des caractéristiques encore plus marquées. Sur place, j’ai observé une nette différence entre le nord et le sud. L’Italie du Nord est plus avancée que la France et plus proche de l’Angleterre. Dans le sud, la situation est catastrophique et plus proche de celle de l’Afrique, avec un système de corruption. Parfois, un adulte en situation de handicap est maintenu à la maison parce que les allocations sont les seules sources de revenu de la famille. H.fr : En France ? Comment qualifier notre système ? B.K : Il est archaïque. En matière d’intégration professionnelle, nous fonctionnons sur un mode « handicap égale maladie ». Au lieu de penser en modèle social du handicap, on pense en modèle médical du handicap. On donne la responsabilité au médecin de décider si la personne est apte à travailler. Celle-ci est considérée comme sous tutelle du médecin du travail quand il s’agit de l’emploi ou du médecin scolaire lorsqu’il est question de l’école. On dépense beaucoup plus que les Anglais ou les Américains mais, à cause de ce modèle, le résultat est mauvais. L’argent dépensé alimente directement l’intérêt de certains lobbies tels que de grandes associations du secteur médico-social. C’est donc d’abord un business. La Cour des comptes a fait plusieurs rapports sur l’opacité de certains budgets. Parfois, on ne sait toujours pas comment certains d’entre eux sont gérés. H.fr : En matière de recrutement, le système de quota est-il efficace ? BK : Non, pourtant nous avons le quota le plus élevé (6%). Au Japon, il est de 2,6%. En Allemagne, de 3%. Cette méthode aurait pu être efficace si nous avions mis en place un suivi, un programme de qualité afin d’évaluer ce qui fonctionne ou pas. Le quota peut être un instrument utile pour arriver à un objectif mais ce n’est pas quelque chose à inscrire dans le marbre comme si c’était une religion. La politique doit être dynamique, non statique. Le Japon, par exemple, a mené une étude, renouvelable tous les 5 ans, pour évaluer ce qui fonctionne en matière d’intégration. H.fr : À votre avis, quelles solutions mettre en place pour sauver les deux fonds pour l’emploi des personnes handicapées, l’Agefiph et le Fiphfp, dont les recettes sont menacées à court terme ? BK : Il faudrait d’abord les fusionner pour en faire un seul office public, comme en Allemagne ou au Japon. L’Agefiph est une association de statut privé ; ce n’est pas logique. Ensuite, le ministère du Travail doit pouvoir mettre en place un programme financé par cet office. L’Agefiph et le Fiphfp peuvent créer des mesures mais ils ne font pas partie de l’action de l’État. Cela revient à mettre un sparadrap sur une jambe de bois. Ca fait 30 ans que l’Agefiph finance des choses innovantes et expérimentales, sauf que ce financement ne s’applique qu’une fois. L’action financée est innovante mais ne se répète pas puisqu’il n’y a pas de relais au niveau de l’État ou des régions. Donc l’innovation est financée pour rien. L’Agefiph, comme le Fiphfp, doivent financer des mesures élaborées par les acteurs des politiques publiques. H.fr : Pensez-vous que l’emploi des personnes en situation de handicap soit encore aujourd’hui vécu comme une contrainte par les entreprises ? BK : Oui, pour la plupart. Par contre, c’est chez les entreprises qui n’ont pas d’obligation que l’on trouve le plus de travailleurs en situation de handicap. Dans ces structures, le décideur est le recruteur donc il peut prendre des risques plus importants. En général, le recruteur n’a aucun pouvoir donc il ne prend pas de risque. Au sein d’une grande entreprise, le fait de recruter des personnes handicapées est perçu comme une contrainte mais c’est une fausse idée, pas une réalité. Il faut pouvoir prouver que cela peut fonctionner pour que la démarche de recrutement soit enclenchée. Mais, bien souvent, les recruteurs de personnes handicapées sont des chargés de mission handicap, rattachés à un service santé, social ou, au mieux, aux ressources humaines. Ce sont des mauvaises positions, des intermédiaires qui déroutent l’objectif. Si le chef de service voit que la personne recrutée vient d’un service social, l’image donnée ne sera pas la même. Lorsque j’ai mené mon enquête, j’ai réalisé que, dans certains pays, les chargés de mission handicap n’existaient pas : les personnes handicapées, pour être recrutées, passent par la même voie que tout le monde. Site de Handicap.fr Retour sommaire

8-B) AVIS DE RECRUTEMENTS

Ministère des affaires étrangères

Avis relatif au recrutement de travailleurs handicapés par la voie contractuelle pouvant déboucher sur une titularisation en catégorie A ou B

Un recrutement de personnes en situation de handicap est prévu au titre de l’année 2018. Le nombre total de places offertes au recrutement est fixé à 9 :
- catégorie A (corps des secrétaires des affaires étrangères) : 4 emplois ;
- catégorie B (corps des secrétaires de chancellerie) : 5 emplois. Les personnes intéressées devront adresser au ministère de l’Europe et des affaires étrangères, direction des ressources humaines (bureau RH1B), 27, rue de la Convention, CS 91533, 75732 Paris Cedex 15, par voie postale, les pièces suivantes pour la constitution de leur dossier : Conformément à l’article L5212-13 du code du travail, ce document peut être, selon le cas : la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), le justificatif du versement d’une rente d’accident du travail ou de maladie professionnelle pour une incapacité permanente au moins égale à 10 %, le justificatif d’une pension d’invalidité correspondant à une réduction d’au moins 2/3 de la capacité de travail ou de gain, le justificatif d’une pension militaire d’invalidité, le justificatif d’une allocation ou d’une rente d’invalidité attribuée dans les conditions définies par la loi n° 91-1389 du 31/12/1991 relative aux sapeurs-pompiers volontaires, la copie de la carte d’invalidité définie à l’article L-241-3 du code de l’action sociale et des familles, le justificatif du versement de l’allocation aux adultes handicapés. La maîtrise de langues étrangères est nécessaire :
- l’anglais pour l’ensemble des candidats ;
- une deuxième langue étrangère pour les candidats à des postes de catégorie A. Conditions d’inscription Les candidats ne doivent pas déjà bénéficier de la qualité de fonctionnaire et doivent remplir les conditions générales d’accès aux emplois publics :
- être de nationalité française ou ressortissant d’un des États membres de l’Union européenne ou d’un autre État membre partie à l’accord sur l’Espace économique européen. Les candidats en instance d’acquisition de l’une de ces nationalités sont informés que celle-ci devra être obtenue au plus tard au moment de la titularisation ;
- jouir de leurs droits civiques ;
- ne pas avoir fait l’objet de condamnations inscrites au casier judiciaire. Pour plus de renseignements www.diplomatie.gouv.fr (rubriques « emplois, stages, concours », « travailleurs handicapés ») ou pôle égalité des chances de la direction des ressources humaines (pole-diversite.dga-drh-rh1@diplomatie.gouv.fr). Retour sommaire

12) LES ASSOCIATIONS MEMBRES DE LA CFPSAA

12-A) PETIT FLASH SUR LE CHIEN GUIDE

Véritable aide au déplacement, le chien guide réduit la fatigue liée à la concentration et à l’anxiétéIl apporte une approche plus globale et plus sereine de l’environnement. Éviter les obstacles, trouver les passages piétons, montrer les escaliers, mémoriser des parcours, trouver un arrêt de bus, une boîte aux lettres… tels sont les ordres, parmi les 50 qu’il connaît, auxquels il obéit. Mais le chien guide a aussi un autre avantage celui de permettre une vie sociale plus harmonieuse. Une vie sociale d’ailleurs facilitée, il convient de le rappeler, par l’article 88 de la loi du 30 juillet 1987, modifié en 2015, qui autorise les chiens guides accompagnés de leurs maîtres à accéder sans aucun frais supplémentaire à tous les lieux ouverts aux publics (transports, commerces, restaurants, hôtels…). Celui-ci est remis GRATUITEMENT aux personnes non ou malvoyantes. En savoir plus : http://www.chiensguides.fr/personne... Site de la FFAC (Fédération Française des Associations de Chiens guides d’aveugles) Retour sommaire

12-B) PRÉSENTATION DU PARCOURS DE SPECTATEURS « L’ART AU POUVOIR »

Cette saison, le parcours de spectateurs spécialement dédié revient, avec une nouvelle thématique « L’art au pouvoir ». Ce parcours est rendu accessible par des visites tactiles et contées, des médiations, de l’audio-description et les souffleurs d’images. Au programme, de février à juin 2018, plusieurs visites au Musée du Louvre et deux pièces de théâtre, l’une à la Colline-théâtre national, la seconde au théâtre de l’Aquarium. À partir de février, visitez l’exposition « Théâtre du pouvoir » à la petite galerie du Louvre. En mars et avril, assistez aux spectacles, Victoires de et par Wajdi Mouawad à la Colline – théâtre national et à Mille Francs de récompense de Victor Hugo, par Kheireddine Lardjam au théâtre de l’Aquarium. En mai, allez visiter les collections permanentes du Musée du Louvre, avec les commentaires avisés de Michel Lo Monaco. Et, en juin, participez au débat de clôture du parcours sur « l’art au pouvoir » organisé au CRTH. Tarif : 12 € par spectacle et accès gratuit aux visites du Louvre. Un accompagnateur peut bénéficier du même tarif.

Renseignement et inscription auprès du CRTH, souffleursdimages@crth.org // 01 42 74 17 87.

La lettre d’information Souffleurs d’Images – octobre 2017 - Centre Recherche Théâtre Handicap (CRTH)

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12-C) GUADELOUPE : LES PERSONNES AVEUGLES N’ONT PAS ÉTÉ ÉPARGNÉES

Les ouragans Irma et Maria qui viennent de dévaster les Antilles n’ont pas épargné les personnes aveugles. On s’en doutait mais les nouvelles qui nous parviennent de l’Union des Aveugles de Guadeloupe sont alarmantes : toitures arrachées, maisons et jardins dévastés, plusieurs personnes laissées. Une jeune femme enceinte a même perdu son bébé, choquée par la violence des vents. Nous devons les aider à reconstruire et leur apporter aussi notre soutien moral.

Lettre d’information de la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France - N°4 – Octobre 2017

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15) LOISIRS – VOYAGES

15-A) CULTURE/CÉCITÉ - DIRIGER UN ORCHESTRE

L’Orchestre Universitaire de Besançon Franche-Comté (OUBFC) va organiser pendant deux jours, les 11 et 12 novembre prochains, un stage de découverte et d’initiation à la direction musicale destiné à des musiciens malvoyants et non-voyants. "L’idée de ce stage est née à l’occasion d’une session de direction d’orchestre pour des étudiants en musicologie, organisée par Loïc Sébile, directeur musical de l’orchestre symphonique [...] L’intensité et la richesse de la rencontre musicale avec une des étudiantes malvoyantes ont fait naître l’envie aux musiciens de l’association d’élargir cette expérience." Ce stage est ouvert aux musiciens amateurs aveugles ou malvoyants pour découvrir et expérimenter la direction d’orchestre dans un cadre adapté. Renseignements et inscriptions en ligne. D’un coût de 120€, il inclut la formation, le travail avec l’orchestre, l’hébergement et les repas. Le matériel en braille des partitions peut être fourni si besoin. Cette approche de la direction d’orchestre est quasiment unique en France. Yanous – n° 495 – 4 octobre 2017

Les articles de Yanous-Actualités sont diffusés avec l’aimable autorisation de Laurent Lejard

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15-B) CULTURE/CÉCITÉ - CHANTER À L’INJA

La chorale de l’Institut National des Jeunes Aveugles (Paris 7e) recrute des chanteurs pour tous ses pupitres. Les personnes intéressées peuvent participer, même si elles ne savent pas lire la musique : "Vous pouvez venir tout de même si vous chantez juste et pouvez fournir un minimum de travail en dehors des répétitions générales. Tout type de répertoire sera abordé. La technique vocale aura une place importante, aussi si vous désirez découvrir le plaisir de chanter avec plus de facilité, vous pouvez venir travailler avec nous. Vous serez encadrés par de bons musiciens et l’acoustique de la salle où nous travaillons est extraordinaire." Les séances de travail ont lieu les lundis de 17h30 à 19h30 à l’INJA, 56 boulevard des Invalides à Paris 7e. Renseignements auprès de Muriel Ledoux au 06 88 74 28 56.

Yanous – n° 495 – 26 septembre 2017

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15-C) LES COULEURS DE JEAN-GABRIEL CAUSSE

Dans un roman fantastique publié en noir et en braille, « les crayons de couleurs », une chroniqueuse aveugle et un trentenaire paumé partent à la recherche des couleurs disparues de la face de la planète, une histoire haletante qui donne un autre sens à notre vision du monde… Comment vivre dans un monde sans couleurs ? Arthur a consommé tous les stocks de pigments restants dans l’usine des crayons Gaston Cluzel lors de la dernière fabrication avant liquidation, et subitement toutes les couleurs disparaissent de par le monde ! Accompagné de Charlotte, charmante chroniqueuse scientifique aveugle spécialiste des couleurs, et de sa fille Louise, il part à la reconquête de chaque couleur pour rompre la monotonie d’un monde transformé en une gamme de gris, parabole d’une uniformité forgée par la mode et les industriels. Jean-Gabriel Causse, l’auteur de ce roman palpitant dont les deux protagonistes principaux présentent quelques similitudes avec ceux du récent Jules de Didier Van Cauwelaert (qu’il assure n’avoir pas encore lu) s’exprime sur son écriture et le message qu’il souhaite faire passer. Un roman qui a, c’est une première française, été publié au préalable en braille par le Centre de transcription et d’édition en braille (CTEB). Question : Vous semblez nager dans les couleurs, qu’est-ce qui vous a fait vous y intéresser de manière scientifique ? Jean-Gabriel Causse : j’étais publicitaire et je cherchais un concept. Un jour, j’ai renversé du vin sur mon t-shirt et je me suis dit "tiens, voilà un t-shirt bordeaux, mais si je dis qu’il a la couleur exacte du Château Petrus 89, tout de suite cette couleur va prendre une dimension supplémentaire pour les amateurs de grands vins !". J’ai donc lancé la première agence de conseil en communication par la couleur, avec des couleurs assez originales que j’ai cherchées de manière scientifique, telle la couleur exacte des yeux de Mona Lisa par exemple. J’ai travaillé avec Le Louvre pour savoir quelle était la couleur des yeux les plus célèbres au monde... J’ai aussi eu la chance de travailler avec la NASA pour qu’on puisse définir ensemble la couleur de notre planète bleue : on en parle toujours mais c’est quel bleu ? J’ai développé pas mal de couleurs. Question : Pourquoi avoir plongé une aveugle dans ce monde coloré pour en faire une spécialiste de la couleur ? Jean-Gabriel Causse : Après mon essai sur le monde de la couleur, on sentait qu’il y avait quelque chose de très fort et on m’a demandé une suite. J’ai répondu qu’il fallait attendre que les scientifiques travaillent, je n’allais pas inventer des théories. Par contre, ce qui m’a intéressé c’est de faire passer ce message sous la forme d’un roman. J’ai cherché pas mal de scénarios, et je suis allé dans le restaurant Dans le noir où j’ai été accueilli par un aveugle référent. Je ne connaissais pas d’aveugles, inconsciemment j’avais un peu de pitié pour cet aveugle qui m’accueillait, et après avoir passé une heure avec lui et ses collègues où c’est nous qui sommes les vrais handicapés, que l’on comprend qu’ils ont leurs quatre autres sens plus développés que nous, on ne peut s’empêcher de les trouver absolument formidables et quand on sort, on n’a plus du tout cette pitié... Je trouvais cela intéressant, surtout pour ceux qui ne connaissent pas les personnes handicapées, de dire "qu’est-ce qu’elles sont formidables !" Je me suis dit que cette personne-là pouvait devenir ma spécialiste de la couleur, reprendre le rôle que j’avais dans mon essai, parce que de toute façon, la couleur est une illusion : il n’y a pas deux personnes qui voient exactement les mêmes couleurs, on sait que des couleurs sont hors du spectre visible pour l’homme mais visibles par des animaux, la couleur n’existe que quand on la regarde. Une aveugle ne se fait pas tromper par cette illusion puisqu’elle ne les voit pas. C’était la bonne personne pour parler des influences des couleurs, elle n’a pas besoin de les voir pour comprendre leurs effets. J’ai ensuite rencontré des non-voyants auxquels j’ai demandé "c’est quoi la couleur ?", et c’était passionnant. On leur explique que l’eau est transparente mais pourtant dans une piscine elle devient bleue, c’est bizarre à comprendre. Le vin blanc en fait est plutôt jaune, c’est le lait qui est blanc, etc. Il y a pas mal de choses assez compliquées pour eux à comprendre, surtout pour ceux qui n’ont jamais vu les couleurs, mais en même temps ils ont développé un imaginaire autour des couleurs que je trouve très intéressant. Question : Doit-on voir dans votre roman une parabole sur la vision ? Jean-Gabriel Causse : Mon message de fond s’adresse plutôt aux voyants, dire que nous avons perdu en Occident depuis une vingtaine d’années l’attrait de la couleur. On n’a jamais vécu dans un monde aussi désaturé, avec autant de couleurs neutres, nos murs sont devenus blancs, nos voitures sont grises, noires ou blanches, on s’habille avec de moins en moins de couleurs et c’est ça que je dénonce. En expliquant que ces couleurs nous font du bien et qu’on a intérêt à vivre dans la couleur. Si les murs de votre bureau sont blancs, sachez que vous avez un risque de burn-out supérieur de 25% : vous vous ennuyez plus vite, vous êtes moins créatif que ceux qui travaillent dans des couleurs froides, moins productif que dans des couleurs chaudes. En fait nos environnements désaturés ou blancs, c’est une erreur. C’est ce contre quoi je me bats. Question : Publier ce roman avec une version braille, c’est votre idée ou celle de l’éditeur ? Jean-Gabriel Causse : J’ai fait lire le roman avant son impression à des aveugles, pour ne pas écrire de bêtises, je voulais être au plus près de la réalité, et à force de rencontrer, discuter avec des personnes aveugles dont certaines lisaient le braille, je me suis dit que si je pouvais aider j’en serais ravi. Le Centre de transcription et d’édition en braille a accueilli le projet avec beaucoup d’enthousiasme et était ravi de sortir le livre en braille en avant-première. C’était une volonté et en même temps une grande fierté que la première langue de mon roman soit le braille.

Les crayons de couleurs, par Jean-Gabriel Causse, Flammarion éditeur, 17€ en noir en librairie, 13,99€ en ePub ou PDF chez l’éditeur, et en impression braille intégral ou abrégé au CTEB, 36,50€ pour les particuliers, 73€ pour les organisations. Yanous – n° 496 – 20 octobre 2017 Retour sommaire

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