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Bulletin du 30 mai 2018

Table des matières :

Bulletin CFPSAA Infos 2018-05 – du 30 mai 2018

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SOMMAIRE

ÉDITORIAL

PCH, MDPH, politique de financement du handicap, Accessibilité Numérique, obligation d’emploi des travailleurs handicapés, projet de loi logement évolutif et aménagement numérique, voici bien des sujets qui nous mobilisent, vous le savez. Nous devons à tout prix convaincre nos interlocuteurs du bien fondé de nos revendications et, les discussions avec les pouvoirs publics se prolongent avec densité actuellement.

Concernant la prestation de compensation du Handicap (PCH), il se trouve qu’un député, Philippe Berta, est à l’initiative d’une proposition de loi sur son évolution, adoptée par la commission des affaires sociales, à l’Assemblée Nationale. Nous nous en félicitons, car le texte répond à l’une de nos revendications pour la suppression de la barrière d’âge de 75 ans pour l’octroi de la PCH. La CFPSAA a souvent bataillé sur ce point qui nous semble essentiel, allant même jusqu’à présenter, en son temps, un recours devant le Conseil d’État. Nous avons rencontré Philippe Berta et au-delà de ce point précis, nous avons pu dialoguer sur l’ensemble des problèmes concernant la politique de financement du handicap. Vaste sujet dont les volets divers ne peuvent que difficilement contenter l’ensemble des personnes concernées. Un exemple parmi d’autres qu’il m’a été permis de lui exposer : la rétribution de l’aide-ménagère dont les personnes handicapées ont besoin : aujourd’hui, la PCH ne permet pas de l’inclure. Notre interlocuteur m’a semblé très conscient de nos problématiques, des disfonctionnements et inégalités entraînées par les effets pervers des systèmes en place. Ce chantier en perpétuelle évolution nous occupera encore longtemps, mais il est tout de même réconfortant de se sentir compris. Vous pourrez lire un peu plus loin le communiqué publié parallèlement à cette rencontre et dont nous sommes signataires dans le cadre du Comité d’Entente.

S’agissant de L’accessibilité numérique, le marathon se poursuit pour nos équipes et la CFPSAA vient de proposer 3 amendements qui trouvent leur place dans l’article 44 de la loi en préparation « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel ». A noter que cet article que je vous avais cité sous le nom d’article 45 a changé de numérotation, mais il s’agit bien du même. ces amendements concernent ce que l’on appelle les sites « nativement » accessibles, c’est-à-dire dès leur conception, les sanctions administratives en cas de défaut de mise en conformité d’un site de communication au public en ligne, un ajout où nous demandons que la notion de charge disproportionnée pour la mise en œuvre soit définie par décret fixé en Conseil d’État, le tout dans le respect des recommandations internationales. Cette loi relaie donc maintenant les dispositions adoptées en 2016. Notre commission numérique a produit un document très complet à destination de ses auteurs et vous en trouverez plus loin quelques extraits présentant les éléments de langage destinés à expliciter nos revendications.

Je termine en vous annonçant la tenue de notre Assemblée Générale le 5 juin prochain (détails en rubrique n°1 de ce bulletin).

Fidèlement Edouard Ferrero Président de la CFPSAA

1) ACTUALITÉS DE LA CFPSAA

1-A) ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA CFPSAA

L’assemblée Générale de la CFPSAA aura lieu mardi 5 juin 2018 à partir de 16h00 au 6, rue Gager-Gabillot - 75015 Paris.

Vous y êtes cordialement invités.

A noter que l’Assemblée Générale sera précédée de la réunion du Conseil d’Administration à 14h00.

1-B) PROJETS D’AMENDEMENTS À L’ARTICLE 44 SUR LE NUMÉRIQUE, PORTÉS PAR LA CFPSAA

Ces projets d’amendements sur le projet de loi « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » sont le fruit du travail croisé de la Commission Emploi et de la Commission Numérique et Conception Universelle » de la CFPSAA.

Nous vous diffusons ici seulement les éléments de langage associés au texte plus technique. Cela permet d’expliquer de manière large le travail entrepris et la vigilance que nous portons à ce texte.

Quelques éléments de langage :

Qu’est-ce que l’accessibilité numérique ? On parle d’accessibilité numérique lorsqu’on évoque tous les processus mis en œuvre pour qu’un site internet, une application..., soient utilisables par tous. En résumé l’accessibilité numérique est à l’informatique ce que l’accessibilité est au cadre bâti : de la même façon qu’on conçoit des bâtiments accessibles avec des rampes, des ascenseurs, des portes facilement repérables..., on doit également concevoir des services de communication selon certaines règles, reconnues et maintenues au niveau international. Pour nous, déficients visuels, la mise en œuvre de cette accessibilité numérique est fondamentale : malgré une loi promulguée il y a 13 ans, et des décrets publiés il y a 9 ans (rendant cette accessibilité des services de communication au public en ligne OBLIGATOIRE depuis 2011), il ne nous est toujours pas possible, par exemple, de :
- choisir ses orientations sur le site Parcoursup, pourtant nouvellement mis en ligne,
- faire une recherche d’offres d’emploi sur le site de Pôle Emploi,
- travailler avec les mêmes applications métiers (intranets et extranets par exemple) que l’ensemble des collaborateurs d’une entreprise ou d’un service public,
- remplir correctement, et de façon autonome, l’ensemble de notre déclaration d’impôts,
- déclarer, tous les trois mois, nos revenus à la Caisse des Allocations Familiales pour prétendre à l’Allocation aux Adultes Handicapés,
- déclarer, lorsqu’on a créé notre propre activité professionnelle, notre chiffre d’affaire sur le site NetEntreprise.fr,
- utiliser, dans de bonnes conditions, les services du Chèque Emploi Service Universel pour déclarer nos aides à domicile,
- remplir et suivre l’avancement de notre dossier CNAV pour faire valoir nos droits à la retraite,
- consulter les lois sur Légifrance.

Les textes qui y font référence Plusieurs textes, que ce soit au niveau international, européen ou national, obligent pourtant déjà la France à rendre accessible son environnement numérique :

- La convention des Nations Unies pour les droits des personnes handicapées ratifiée par la France en 2010 dans son article 9 ;

- Outre notre fameuse directive UE 2016/2102 sur les sites web d’organismes publics, la stratégie numérique de 2010, la stratégie européenne en faveur des personnes handicapées 2010-2020 ou encore la directive de 2014 sur les marchés publics (article 60) évoquaient déjà l’accessibilité numérique ;

- Enfin au niveau national, la loi du 11 février 2005 posait déjà ce principe dans son article 47, modifié par l’article 106 de la loi pour une République numérique du 7 octobre 2016.

Pourquoi cela est-il essentiel ? Surseoir, une fois de plus, à l’application pleine et entière de ces règles pourtant simples, robustes et reconnues au niveau international, c’est :
- nier la citoyenneté et freiner l’inclusion de plus d’un Français sur cinq : ces règles, bien au-delà du handicap visuel que nous représentons, rendent en effet les contenus accessibles aux personnes empêchées de lire. Surseoir reviendrait donc à assumer de discriminer, de fait, plus de 13 millions de Français.
- Nous maintenir dans la dépendance : la dématérialisation des démarches publiques est en marche ; ne rien faire pour qu’elles soient accessibles c’est nous condamner à solliciter fréquemment un tiers.
- Condamner des publics déjà loin de l’emploi à ne pas pouvoir utiliser des outils élémentaires : 2 aveugles sur 3, en âge de travailler, sont sans emploi en France ; délayer, une fois de plus, la mise en accessibilité de services tels que Pôle Emploi c’est accepter, de fait, de leur fermer purement et simplement les portes du retour à l’emploi.

Nos propositions En conséquence, au vu de l’article 44 présenté dans le projet de loi Liberté de choisir son avenir professionnel, qui transpose la directive UE 2016/2102, nous demandons : 1. À ce que les recommandations internationales en la matière soient toujours expressément mentionnées dans la loi. 2. À ce que le concept de charge disproportionné soit précisé par décret. 3. À ce qu’un distinguo soit fait entre :
- les nouveaux services de communication, qui doivent être conçus, dès leur première version, accessibles à tous,
- les services déjà existants, en encourageant la publication de schémas pluriannuels pour leur mise en accessibilité, avec des échéances à respecter.

1-C) COMMUNIQUÉ/ASSISES ÉDUCATION

Document produit par la CFPSAA à l’occasion des assises de l’éducation et de l’enseignement spécialisés pour les jeunes sourds et les jeunes aveugles. Ces assises sont à l’initiative de l’association des parents APA-INJS-INJA et de l’intersyndicale.

(L’Institut National des Jeunes Aveugles, Établissement Public de Scolarisation aux multiples ressources, point d’appui central et original d’une éducation inclusive de référence)

Alors que l’on a jamais autant parlé des élèves en situation de handicap et de leurs besoins spécifiques, la CFPSAA et la majorité des associations qui la composent tiennent à exprimer leurs craintes face à une politique d’inclusion généralisée qui, tout en améliorant les conditions de scolarisation pour certaines catégories de handicap, pourrait signifier une régression quant à la diversité de l’offre scolaire et éducative pour les élèves déficients visuels. Nos associations représentées au sein de la CFPSAA tiennent ainsi à exprimer leur vive inquiétude face à la menace de transfert de tutelle et à la baisse de 13% de la subvention versée par le Ministère des Affaires sociales à l’Institut National des Jeunes Aveugles, signes annonciateurs d’un abandon du pilotage national de l’éducation spécialisée, alors même que cet établissement, dont la renommée et le rayonnement s’étendent bien au-delà de nos frontières, continue d’occuper une place stratégique entre l’Éducation nationale et les établissements médico-sociaux.

Depuis sa création, l’INJA a permis à des générations d’élèves aveugles et malvoyants issus de l’ensemble du territoire national d’être scolarisés dans un environnement favorable à leur plein épanouissement. Il propose aujourd’hui un accueil et une scolarisation in situ aussi bien qu’une inclusion en milieu ordinaire avec un suivi approprié, ces deux options permettant de répondre au mieux à l’extrême diversité des situations des élèves et de leurs familles. Si nous sommes conscients que d’autres pays, souvent cités en exemples, se sont engagés dans des politiques d’inclusion scolaire plus ou moins généralisée des élèves en situation de handicap, nous estimons pour notre part que l’inclusion scolaire ne doit pas être conçue comme une fin en soi, mais qu’elle doit demeurer une option pour les familles amenées à choisir en fonction de chaque situation particulière.

En tant que représentants des personnes en situation de handicap visuel de France, nous tenons ainsi à réaffirmer que chaque citoyen doit pouvoir compter sur la qualité de l’éducation à laquelle tout enfant a droit, pour le préparer à l’exercice de sa pleine citoyenneté et à une véritable insertion socio-économique.

Alors, dans un pays qui fut le premier à percevoir le possible de l’éducation des élèves handicapés visuels, avec une histoire riche d’expériences et d’expertise, veut-on se contenter du précepte d’une inclusion pratiquée dans le systématisme simplement pour se conformer à une norme édictée par des organismes internationaux ? Suffit-il que les élèves en situation de handicap soient assis côte à côte avec leurs camarades dans une même classe pour que leur inclusion soit bénéfique et effective ? Faut-il accepter que les jeunes déficients visuels ne bénéficient plus, sur l’ensemble du territoire national, d’un accès égal à un enseignement adapté structuré et régulier, que certains n’aient d’autre option que de se retrouver sans cesse assistés, sans moyens de construire leur autonomie optimale ? Notre réponse est non. Il ne peut y avoir de pratique systématique bénéfique dans le cadre éducatif et donc pédagogique.

Aujourd’hui encore, tout en leur apportant un accompagnement socio-éducatif stimulant et un suivi médical personnalisé, l’INJA permet aux élèves qu’il accueille de construire leur autonomie grâce à des apprentissages fondamentaux forts et construits : une pratique quotidienne du braille encadrée par des enseignants qualifiés pour les élèves aveugles ou très malvoyants, ou bien l’utilisation de l’écriture en grands caractères quand elle peut permettre une lecture rapide et efficace, une formation à l’outil informatique adapté, des cours de locomotion et d’AVJ, la mise à disposition de tous types de documents sur des supports adaptés (braille, grands caractères, numériques, dessins en relief...), ainsi qu’une section d’enseignement musical très développée. Grâce à cette palette de ressources, l’INJA reste de fait, sur le plan national, un recours salutaire pour des élèves en grande difficultés scolaires, familiales ou personnelles, pour qui le passage dans cet établissement constitue une étape déterminante vers une véritable inclusion et une pleine autonomie.

Tout en reconnaissant qu’il est important pour des jeunes déficients visuels de côtoyer leurs camarades dits « valides », nous constatons qu’une inclusion qui les amène à se retrouver systématiquement placés en situation de grande différence peut au contraire leur donner un sentiment d’exclusion s’il ne sont pas suffisamment préparés à affronter ces difficultés. À l’inverse, si l’Institut National des Jeunes Aveugles a contribué à tant de réussites professionnelles dans des activités et des métiers extrêmement divers, c’est précisément parce qu’il a su offrir à ses élèves l’accès à un plein épanouissement et à une véritable autonomie en leur proposant des modalités de scolarisation adaptées à leur potentiel et à leur situation personnelle. Toutefois, pour encore mieux aider les élèves à atteindre ces objectifs, il nous paraît important de réaffirmer que les décisions les concernant sur tout ce qui a trait au scolaire devraient être prises en accordant une place prépondérante à l’avis des enseignants qui les suivent et les voient travailler au quotidien.

Forts de cette riche et solide expérience acquise au fil des décennies, nous appelons les autorités compétentes à veiller à ce que l’Institut National des Jeunes Aveugles continue à bénéficier des moyens financiers et humains indispensables à la poursuite de ses missions en tant qu’établissement de référence pour la scolarisation des élèves déficients visuels, afin qu’il puisse demeurer un point d’appui essentiel, sur le plan national, dans le parcours d’élèves aveugles et malvoyants vers une inclusion effective et réussie.

La sollicitation tardive de la CFPSAA nous a amené à élaborer ce texte qui reprend de fait les positions déjà exprimées il y a moins de deux ans. Marie-Renée Hector nous y représente et je l’ai chargée de porter cette communication.

Edouard Ferrero, Président de la CFPSAA

2) ACTUALITÉS INSTITUTIONNELLES

2-A) MACRON-CLUZEL, AN 1

Par Laurent Lejard, avec les interviews d’Edouard Ferrero, Président de la CFPSAA et Vincent Michel, Président de la Fédération des Aveugles de France.

Un an après l’élection inattendue d’un Président de la République hors du jeu politique traditionnel e qui s’est proclamé particulièrement sensible aux difficultés vécues par les personnes handicapées, quel bilan peut-on tirer de son action ? Éléments de réponse. Le 7 mai 2017, la politique a joué aux pronostiqueurs l’un de ces tours dont elle a le secret : le champion de la droite française, qui devait l’emporter haut-la-main, s’était lamentablement fait recaler par les électeurs dès le premier tour, victime d’un fulgurant scandale financier dont il n’a pas réussi à se dépêtrer et ouvrant un boulevard à un novice au discours marketing rodé. Emmanuel Macron a raflé la mise face à la candidate d’extrême-droite, Marine Le Pen, 66,10% des suffrages exprimés, mais seulement 43,60% des électeurs inscrits. Haut-fonctionnaire et banquier d’affaires, cet homme n’avait jamais brigué de mandat politique et avait "seulement" été Secrétaire général adjoint du cabinet du Président François Hollande (2012-2014) puis ministre de l’Économie et des finances (2014-2016). Six semaines après l’élection de son chef, le parti présidentiel et ses alliés raflaient 60% des sièges de députés en perdant près de 12 millions de voix, une majorité absolue acquise grâce à moins de 20% des électeurs : les 577 députés de l’Assemblée Nationale n’ont été élus que par un tiers des électeurs, les deux autres tiers préférant s’abstenir, voter blanc ou nul. Malgré cette majorité relative, tout le pouvoir est détenu par un gouvernement confié à un politicien de droite, Édouard Philippe, transfuge du parti Les Républicains. Depuis, il conduit à marche forcée une politique de réforme tous azimuts qui concerne également les droits des personnes handicapées : recours aux Ordonnances législatives, procédure réduite à un seul examen par le Sénat pour la quasi-totalité des projets de loi, le Gouvernement agit vite. Que pensent quelques dirigeants d’associations nationales de personnes handicapées ? Quatre sur neuf ont accepté de répondre à quatre questions : qu’est-ce qui a été fait, pas fait, mal fait parmi les promesses de campagne du candidat Emmanuel Macron ? Comment l’action gouvernementale s’inscrit-elle, dans la rupture ou la continuité ? Quelles sont les relations entre le Gouvernement et les associations de personnes handicapées ? Quelle est la perception de la méthode de travail gouvernementale et présidentielle, ainsi que les perspectives d’action et de mesures ? Secrétaire général de la FNATH, association des accidentés de la vie, Arnaud de Broca est à la fois circonspect et sévère : "Sophie Cluzel, secrétaire d’État issue de la société civile, connaissant bien le sujet, a pu apporter, sans qu’il n’y ait besoin de ’période de formation’ contrairement à des périodes passées, un discours souvent intéressant et une capacité à dialoguer avec ses collègues ministres. Sans nul doute le handicap est plus présent dans les médias. Au-delà des annonces et de la communication, l’impression reste quand même que les concertations sont limitées voire absentes auprès de l’ensemble des ministères, et que les mesures prises véritablement tranchent par leur manque de cohérence et leur absence d’avancées concrètes et immédiates pour les personnes handicapées. Qu’il s’agisse des concertations sur l’obligation d’emploi pour lesquelles les associations n’étaient pas conviées au départ. Qu’il s’agisse du projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel pour lequel rien n’est prévu pour les personnes handicapées et aucune concertation n’a été organisée avec les associations. Qu’il s’agisse encore de la loi ELAN sur le logement en pleine incohérence avec le principe de société inclusive avancé par le Gouvernement, ou bien encore de la fausse revalorisation de l’Allocation aux Adultes Handicapés pour des milliers de personnes." Président de la Confédération Française pour la Promotion Sociale des Aveugles et Amblyopes (CFPSAA), Edouard Ferrero est déçu : "On a été satisfait de la "carte blanche" [lors du débat électoral du deuxième tour de l’élection présidentielle NDLR], mais on ne voit pas grand-chose. On ne met pas en cause la volonté de la secrétaire d’État, mais celle des ministères. Toutes les politiques sont élaborées dans la précipitation, et trop souvent leur impact n’est pas étudié. J’en veux pour exemple l’augmentation de l’AAH en novembre prochain alors que celle du forfait hospitalier s’impose depuis janvier." Il déplore que même si 100% d’accessibilité n’a jamais été atteint dans les logements neufs, le projet de loi qui en réforme la construction au lieu de proposer des améliorations contient une dégradation de l’accessibilité. Et s’il estime positive l’évolution vers une hospitalisation ambulatoire, il s’interroge sur les moyens réellement déployés pour les patients handicapés : "Pour l’accessibilité numérique, on attend toujours la mise en œuvre du décret de l’article 106 de la loi pour une République numérique, dont un petit bout figure dans l’article 44 du projet de loi Pénicaud qui transpose la directive européenne. Or en réunion du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées, on a appris que le Premier ministre a fait paraître une circulaire annonçant la transposition telle quelle, sans plus, ce qui réduirait la portée de la loi française. Mais en fait on ne sait pas ce que le Gouvernement veut faire, il n’y a pas eu de concertation." L’époque où les associations étaient consultées avant et pendant l’élaboration de nouvelles mesures serait-il révolue ? "On parvient à discuter avec la secrétaire d’État, mais très peu avec les ministères, poursuit Édouard Ferrero. Le CNCPH est noyé par la multitude des participants et intervenants. Et chez Sophie Cluzel, ils sont trop peu nombreux, cela entraine beaucoup de déperdition. On intervient dans des délais très contraints, la co-construction n’existe plus." Quel bilan tire alors la CFPSAA d’un an d’action Macron-Cluzel ? "Au jour d’aujourd’hui, conclut Édouard Ferrero, je n’ai rien vu de très concret, des annonces, de la com’. Même pour la Conférence Nationale du Handicap du mois de juin, on n’a aucune idée précise de ce qui va se faire. L’action est difficile à suivre, on n’y retrouve rien, pas d’orientation. On ne peut être que favorable au discours, mais quand on creuse un peu, il ne reste rien." Président de la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France, Vincent Michel est à la fois critique et désabusé : "Il n’y a pas grand-chose à dire, ou beaucoup à dire. Ce qui est fait sur l’AAH, c’est bien, c’est quand même positif, et la seule satisfaction pour la Fédération." Lui aussi relève un gros déficit de concertation : "C’est une inquiétude et une franche désapprobation de méthodes de concertation qui n’en sont pas, avec la remise sur table des textes à étudier, et qui changent dès la réunion suivante. On est très inquiets sur la réforme de l’emploi, pour l’Agefiph et le Fiphfp, le travail protégé, à cause de la réduction des moyens des Entreprises Adaptées ce qui ne semble pas une bonne chose dans cette période de chômage de masse. Emmanuel Macron a bien servi les entreprises mais le social, on ne le voit pas trop transparaitre." La Fédération des Aveugles de France espère encore pouvoir faire avancer le dossier au long cours de l’édition adaptée mais reste en attente d’interlocuteur : "Sur la question du livre, cela fait un an qu’on attend un rendez-vous au ministère de la Culture. On attendait après la "carte blanche" du candidat Emmanuel Macron [lors du débat électoral du deuxième tour de l’élection présidentielle NDLR] pour le moins une autre qualité de travail et de négociation. Sophie Cluzel est de bonne volonté, elle connaît bien certains handicaps mais sa situation n’est pas facile. On travaillait mieux avec ses prédécesseures Roselyne Bachelot et Marie-Arlette Carlotti qu’avec Ségolène Neuville et Sophie Cluzel. Roselyne Bachelot et Marie-Arlette Carlotti avaient deux personnalités qui les incitaient à prendre en considération le handicap." Pourtant, ministres et chef d’État n’ont jamais autant parlé du handicap en un an de temps sous l’aspect éducation et travail, mais peu pour évoquer le rôle et la place des personnes handicapées dans notre société : "On est dans une société très utilitariste, conclut Vincent Michel ; c’est étonnant de la part de gens qui parlent de bienveillance."

Président de l’Association Nationale Pour l’Intégration des personnes Handicapées Moteurs (ANPIHM), Vincent Assante s’interroge : "Qu’est-ce qui aurait été positif ? J’ai beau chercher, je ne trouve pas vraiment. Ce qui est négatif, c’est l’article 18 de la loi ELAN de réforme du logement qui supprime l’unité de vie accessible au profit d’une évolutivité que l’Administration et le Gouvernement ont du mal à définir, que ce soit pour les personnes handicapées ou âgées dépendantes. Ensuite, ce qui ne va pas c’est la question de compensation, rien n’a été entrepris pour le traitement des dossiers dans les Maisons Départementales des Personnes Handicapées saturées, la prise en charge d’aides techniques qui est insuffisante, la couverture des aides humaines qui restent contingentées. Pour l’AAH, les augmentations sont différées à novembre 2018 et novembre 2019. J’ai le sentiment que le seul point positif serait l’accompagnement scolaire mieux pris en main." Un constat valable à la rentrée de septembre, mais contestable aujourd’hui selon le syndicat SNUIPP FSU qui estime à 6.000 le nombre d’élèves handicapés privés d’accompagnement scolaire (lire Les ratés de la compensation du 13 avril 2018). Qu’en est-il de l’action gouvernementale et présidentielle ? : "Il n’y a pas d’innovation, reprend Vincent Assante, c’est la même vision néolibérale, et plus brutale encore. Le Gouvernement va vite, demande l’avis des associations et n’en tient pas compte. Il utilise des ordonnances, limite la discussion parlementaire. Il n’y a eu aucune amélioration de l’AAH et de la PCH pendant le quinquennat de François Hollande et à l’époque la vision de la CNSA était plutôt de réduire l’aide humaine en déployant un référentiel. Mais avant Emmanuel Macron, il y avait un dialogue établi, le CNCPH et le Comité d’Entente des associations représentatives pouvaient se faire entendre, surtout quand ça arrangeait le Gouvernement. Mais la co-construction c’est de la com." Que reste-t-il alors du discours volontariste de promotion d’une société inclusive ? : "Quand j’entends le mouvement associatif se vautrer dans le discours sur la politique inclusive, il se piège lui-même. Le Gouvernement évoque des perspectives sans les formaliser et prend des mesures contraires. Il n’y a pas de concertation : en sept ou huit réunions de haut-niveau sur la réforme du logement, on nous dit ’voilà ce qu’on va faire’, c’est un échange de points de vue sans volonté d’aboutir à un compromis acceptable."

Actualisation du 4 mai à 20 heures. Le président de la Fédération Nationale des Sourds de France (FNSF), Vincent Cottineau, a transmis un peu tardivement quelques éléments de réponse, de retour d’un voyage à l’étranger : "Nous n’avons rien vu en ce qui concerne les sourds. Il manque une continuité dans l’action de l’État, par exemple par rapport à la création du Centre-Relais Téléphonique le décret sur le plan des métiers qui, malgré la promesse, traîne toujours... alors que le déploiement devra commencer en octobre 2018. Cette continuité de l’action pose problème car il faut tout réexpliquer, se faire connaitre au nouveau gouvernement. Pour l’instant, nos relations sont "cordiales", on va dire, il y a eu beaucoup de rencontres mais pas encore du concret."

Laurent Lejard – mai 2018 – Yanous-Actu n°509

Les articles de Yanous-Actualités sont diffusés avec l’aimable autorisation de Laurent Lejard

2-B) QUE S’EST-IL PASSÉ DEPUIS MAI 2017 ? CHRONOLOGIE NON EXHAUSTIVE DE QUELQUES FAITS MARQUANTS :

7 mai 2017 : Emmanuel Macron est élu Président de la République. 17 mai 2007 : Le Gouvernement composé et dirigé par Édouard Philippe comporte un secrétariat d’État chargé des personnes handicapées confié à la dirigeante associative Sophie Cluzel. Rattaché au Premier ministre et non pas au secteur santé-affaires sociales, il doit agir auprès de l’ensemble des ministères. Toutefois, le très faible nombre de collaborateurs, cinq seulement, ne lui permet pas de remplir la diversité de cette mission et la complexité des tâches qu’elle entraine. 23 mai 2017 : Dans sa première interview sur RMC, Sophie Cluzel annonce son intention de "rapatrier décemment" les enfants handicapés accueillis en Belgique faute de solution médico-sociale en France.

30 août 2017 : L’épouse du Président de la République, Brigitte Macron, veut jouer un rôle auprès de son époux et agir en faveur du handicap, mobilisant les journalistes de la presse people lors de ses sorties.

5 septembre 2017 : A nouveau interviewée sur RMC, Sophie Cluzel annonce que l’Allocation aux Adultes Handicapées sera revalorisée à 900€ dès 2018.

13 septembre 2017 : Paris obtient l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 qui devraient insuffler "un changement des mentalités grâce notamment à une grande visibilité offerte aux Jeux Paralympiques et à l’héritage qui sera laissé". 18 septembre 2017 : Le collectif Citoyen Handicap révèle qu’au moins 3.500 élèves ne disposent pas de l’auxiliaire de vie scolaire qui leur a été attribué par leur MDPH, démentant ainsi l’affirmation de Sophie Cluzel que tous les élèves décisionnés disposeraient de personnels d’accompagnement scolaire dès la rentrée ou les jours suivants. La secrétaire d’État avait déclaré sur RMC le 5 septembre que seuls 250 élèves s’étaient retrouvés sans AVS.

27 septembre 2017 : En présentant le projet de loi de finances pour 2018, le Premier ministre annonce une forte réduction des contrats aidés qui permettent à des associations et collectivités territoriales d’employer des personnels à coûts réduits. Si l’aide aux élèves handicapés n’est pas concernée, de nombreux travailleurs handicapés bénéficiaires de tels contrats vont se retrouver sans emploi au fil du temps, les employeurs ne pouvant que rarement les embaucher à coût réel.

6 octobre 2017 : Intervenant lors des 24 heures du bâtiment, Emmanuel Macron dénonce l’accessibilité de tous les logements neufs avec des arguments éculés et affirme préférable de privilégier "l’adaptabilité" par déplacement de cloisons.

11 octobre 2017 : Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, l’augmentation de l’Allocation Adulte Handicapé est scindée en deux et reportée en fin d’année 2018 (860€ mensuels) et 2019 (900€). Elle concernera l’allocation versée à partir du 5 décembre, soit 18 et 30 mois après l’élection du candidat. La Garantie de Ressources de 179€ sera supprimée au fil des renouvellements et la prise en compte des revenus du conjoint et assimilé renforcée progressivement, défavorisant les allocataires vivant en couple. 14 octobre 2017 : Le projet de loi de finances supprime le droit à la prime d’activité pour les titulaires d’une pension d’invalidité ou d’une rente accident du travail-maladie professionnelle au motif que peu de bénéficiaires potentiels l’auraient demandé.

21 novembre 2017 : La Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie (CNSA) est ponctionnée de 100 millions d’euros pour réduire les difficultés financières des départements, nouveau détournement de l’argent destiné à l’aide aux personnes handicapées ou âgées dépendantes.

3 décembre 2017 : Sophie Cluzel célèbre la journée internationale des Personnes handicapées avec les joueurs millionnaires du club de football qatari du PSG pour qu’ils s’initient au foot-fauteuil...

4 décembre 2017 : Sophie Cluzel et le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, annoncent un plan quinquennal de "transformation profonde et pérenne du système éducatif et médico-social" dont la mise en oeuvre des mesures déjà décidées sera mise en "dialogue avec l’ensemble des partenaires concernés".

15 décembre 2017 : Yanous fête sa 500e édition... sans l’interview de la secrétaire d’État aux personnes handicapées à la réalisation de laquelle son conseiller communication s’était pourtant engagé de longue date.

20 décembre 2017 : Publication par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, de la Stratégie nationale de santé du quinquennat 2018-2022 qui propose de repérer les situations de handicap des détenus, rendre les soins courants plus accessibles, prévoir un bilan de santé annuel pour les personnes handicapées en établissements et services médico-sociaux et soutenir les aidants familiaux de personnes handicapées.

31 décembre 2017 : Le chômage des travailleurs handicapés continue d’augmenter du double de celui de la population générale, + 5% en 2017 pour dépasser les 513.000 demandeurs d’emploi.

2 janvier 2018 : Entrée en vigueur de la dépénalisation et de la décentralisation du stationnement payant dont certaines municipalités remettent en cause le droit à gratuité pour les usagers handicapés sans susciter de réaction de la part du secrétariat d’État.

15 janvier 2018 : Mise en ligne de la nouvelle plateforme Parcoursup d’inscription des lycéens aux établissements d’enseignement supérieur sans que les besoins spécifiques de ceux qui sont handicapés ni l’accessibilité numérique soient pris en compte. 17 janvier 2018 : Une mission de l’Inspection Générale des Affaires Sociales et de l’Inspection Générale des Finances préconise de réviser le financement de l’insertion professionnelle des travailleurs handicapés en supprimant les deux fonds Agefiph et FIPHFP, dans la perspective d’une réforme de l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés.

25 janvier 2018 : Sophie Cluzel inaugure le Service de Soins et d’Aide à Domicile des Molières, dans l’Essonne, en prenant soin d’éviter de croiser des grévistes de l’association gestionnaire qui l’attendent à l’entrée principale.

26 janvier 2018 : Sophie Cluzel assiste, aux côtés de deux ministres, au prestigieux Prix d’Amérique, course hippique et événement mondain huppé sans rapport avec la fonction de secrétaire d’État aux personnes handicapées.

29 janvier 2018 : Sophie Cluzel réunit et installe les hauts-fonctionnaires en charge du handicap dans chaque ministère concerné mais ces nominations oublient les secrétariats d’État rattachés au Premier ministre, dont celui qui est dédié aux droits des femmes.

30 janvier 2018 : L’ancien handballeur Claude Onesta remet à la ministre des Sports, Laura Flessel, un rapport d’étude pour la haute performance sportive dans la perspective de mobiliser pour obtenir de bons résultats lors des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. Il relève que le sport paralympique français est en souffrance qualifiant la préparation des handisportifs de "bricolage", qu’il pourrait encore reculer au classement mondial, et formule trois propositions organisationnelles. Dans le même temps, le budget du ministère des Sports a été réduit de 7% pour 2018.

13 février 2018 : Le secrétariat d’État justifie auprès d’un député ayant posé une question écrite le maintien et le renforcement de la prise en compte des revenus du conjoint pour le calcul de l’AAH par les "solidarités familiales".

15 février 2018 : Sophie Cluzel et ses collègues en charge de l’Emploi, de l’Economie, des Finances et de la Fonction publique lancent la "concertation" avec les partenaires sociaux sur la réforme de la politique d’emploi des personnes handicapées... qui écarte volontairement les associations de personnes handicapées. Au terme d’une vive protestation, quatre d’entre elles parviennent toutefois à obtenir de participer aux réunions de travail. 19 février 2018 : Sophie Cluzel et la ministre de la Santé et des Affaires sociales, Agnès Buzyn, installent une Commission de promotion de la bientraitance et de lutte contre la maltraitance qui remplace le Conseil national pour la bientraitance et les droits des personnes âgées et des personnes handicapées. Les crédits consacrés à cette lutte contre la maltraitance ont été réduits de 100.000 euros, soit 6%, par la loi de finances 2018.

21 février 2018 : Interviewée sur Public Sénat, Sophie Cluzel se prononce en faveur du droit de vote pour toutes les personnes handicapées sous tutelle. Toutefois, le projet de loi organisant les élections européennes du printemps 2019 ne comporte aucune disposition sur ce sujet.

7 mars 2018 : Sophie Cluzel réunit dans ses bureaux les seuls députés du parti présidentiel La République en Marche membres du groupe d’étude Autisme, suscitant une vive réaction de députés de l’opposition dénonçant la politisation d’un sujet sensible qui devrait être consensuel.

8 mars 2018 : La proposition de loi rémunérant le congé pris par un salarié pour aider temporairement un parent malade ou handicapé est rejetée par la majorité gouvernementale alors que le soutien aux aidants familiaux était inscrit dans la stratégie nationale de santé présentée par le Gouvernement le 20 décembre dernier.

13 mars 2018 : Les parlementaires ajoutent à la loi de réforme de l’orientation des lycéens une disposition de recours pour ceux qui sont handicapés qui ne garantit que partiellement la prise en compte de leur situation spécifique.

3 avril 2018 : La majorité gouvernementale rejette à l’Assemblée Nationale la création d’une commission spéciale pour examiner une proposition de loi transpartisane de suppression de la prise en compte des revenus du conjoint et assimilé pour le calcul de l’AAH.

4 avril 2018 : Le projet de loi de réforme du logement instaure un quota d’au moins 10% de logements accessibles dans les constructions neuves et supprime l’obligation d’unité de vie accessible dans tous les logements introduite dans la réglementation depuis 1980. Il crée un droit au bail partagé spécifique pour des personnes handicapées ayant besoin d’aide humaine et habitant dans le même logement ; ce droit complète la mutualisation de la Prestation de Compensation du Handicap aide humaine déjà en vigueur. 6 avril 2018 : Présentation du 4e plan Autisme rebaptisé Stratégie nationale pour l’autisme au sein des troubles du neuro-développement doté de 397 millions d’euros, dont 53 non consommés du 3e plan Autisme. Cette stratégie s’inscrit dans la prise en charge médicale et sociale des personnes concernées, sans redéfinir les dispositifs existants ni redéployer les moyens, et concerne essentiellement le dépistage, les enfants et les jeunes. Il ne comporte pas de disposition pour rapatrier des enfants et jeunes exilés en Belgique faute de place en France.

26 avril 2018 : 4.000 binômes travailleur valide et personne handicapée souhaitant travailler sont formés pour la journée Duoday mobilisant petites et grandes entreprises mais aussi tous les ministres et le Président de la République qui reçoit un militaire blessé de guerre au Palais de l’Elysée. Lequel est toujours inaccessible en autonomie et n’a pas déposé d’Agenda d’Accessibilité Programmé. Palais qui pourrait accueillir en juin prochain la Conférence Nationale du Handicap... dont la préparation n’associe pas les organisations représentatives des personnes handicapées.

Laurent Lejard, mai 2018 – Yanous-Actu n° 509

2-C) HANDICAP : 1ÈRE CAUSE DE DISCRIMINATION EN FRANCE

Résumé : Le Défenseur des droits a présenté son rapport annuel 2017. Loi ELAN, disparités entre MDPH, droits civiques des personnes handicapées, accessibilité du numérique... Quel bilan dressé par Jacques Toubon, notamment en matière de handicap ? Dans son rapport 2017 rendu public le 11 avril 2018, Jacques Toubon, Défenseur des droits, a pris la parole lors d’une conférence de presse. Morceaux choisis et trois questions "handicap" à Patrick Gohet, son adjoint en charge des discriminations. H.fr : En 2017, le handicap passe en première position dans la liste des 25 critères de discrimination... Patrick Gohet : Le handicap est longtemps resté second, derrière l’origine. En 2017, il passe en effet en première position avec 21,8 % des motifs de saisines (19% en 2016) contre 17,8 % pour l’origine (21,3 % en 2016). Et, dans la majorité des saisines, tout critère de discrimination confondu, c’est l’emploi qui est le domaine principal dans lequel les discriminations interviennent (50% des dossiers). H.fr : Cela veut-il dire que les personnes handicapées sont de plus en plus discriminées ou qu’elles font de plus en plus souvent la démarche d’accéder à leurs droits ? PG : Les personnes handicapées sont incontestablement conscientes d’avoir des droits renforcés depuis la loi handicap de 2005, mais aussi grâce à la convention de l’Onu. Les associations ont également joué un rôle important d’information et de diffusion de ces droits. Le Défenseur des droits a un comité d’entente handicap au sein duquel siègent les principales associations de personnes handicapées, entretient des relations étroites avec le CNCPH (Conseil national consultatif des personnes handicapées) et fait des points réguliers avec sa présidente, Dominique Gillot. Donc le fait que le handicap soit devenu le premier critère de discrimination dit certainement que notre institution est de plus en plus reconnue comme voie de recours. On ne peut pas négliger non plus l’impact de medias spécialisés, comme le vôtre, qui permettent plus facilement d’accéder à l’info. Les personnes handicapées ont de plus en plus recours à tous les moyens pour être informées. H.fr : Toutes les personnes handicapées ? PG : Non car il y a des personnes dont on ne parle pas, ce sont celles qui sont lourdement handicapées. Comment leur permettre de connaître et d’exercer leurs droits ? Cela nécessite un accompagnement dans le plein exercice de leur citoyenneté. D’où l’importance de la capacité juridique qui doit être reconnue pour tous. C’est là le véritable enjeu. Le Défenseur des droits a émis un rapport sur ce sujet, qui est à l’ordre du jour de nos travaux. Si l’on fait avancer l’effectivité de ces droits, c’est un progrès pour l’ensemble de la société. Je suis viscéralement attaché au fait que le corpus juridique français doit évoluer sur ce plan. Mais il faut le faire de manière très pédagogique, en tenant compte de la diversité des situations. La France est très en retard dans ce domaine alors que de nombreux pays ont mis en place un système répondant aux critères que je viens de mentionner. Jacques Toubon s’exprime... Il choisit comme titre de son édito : "Ne jamais détourner le regard". "Parce que c’est là notre mission centrale : briser l’indifférence, ne pas mettre la poussière sous le tapis, refuser l’invisibilité, écouter et voir, regarder, apporter de la considération, prêter attention et éduquer pour prévenir. Cette mission se traduit dans notre travail par le fait que nous essayons de faire de l’effectivité des droits un vecteur d’égalité et de solidarité dans une société où l’on constate, à travers les réclamations, que les deux sont en recul." Quel bilan 2017 ? Les saisines sont manifestement en hausse... "Je suis en fonction depuis 4 ans et le Défenseur des droits a manifestement pris une place considérable dans l’opinion publique et les medias. Ce sont donc 93 000 réclamations en 2017, soit une hausse générale de 7,8% par rapport à 2016 et de presque 18% sur les deux dernières années. Il faut ajouter à ce chiffre 51 000 informations générales, des questions sur lesquelles nous ne sommes pas compétents mais pour lesquelles nous pouvons donner des pistes et apporter une assistance. Ce sont au total 140 000 demandes individuelles ou collectives qui ont été traitées." Un Défenseur des droits mais aussi 475 délégués ! "Si le Défenseur des droits, c’est moi, nous avons aussi 475 délégués qui accueillent les réclamants dans 836 points dans toute la France. 77% des demandes ont été traitées par nos délégations territoriales. À un moment où les services publics se réduisent, c’est l’un des services de proximité les plus démultipliés." On constate en effet un retrait du service public, notamment lié à la numérisation des démarches. "L’humain recule dans les activités d’accueil et d’orientation à cause de la dématérialisation. La numérisation est un progrès incontestable, par exemple parce qu’elle permet d’éviter des déplacements, notamment pour les personnes handicapées ou âgées ou dans les zones rurales, mais à condition qu’elle soit accessible et qu’elle fonctionne. On ne peut pas basculer du jour au lendemain sans précaution. Un seul exemple : depuis novembre 2017, les cartes grises se font exclusivement via le Net, et on déplore un vrai bug avec des milliers de dossiers en attente. » Dans ce contexte, quelles propositions ? "Je propose qu’il y ait systématiquement un service d’accompagnement avec une clause de vulnérabilité et que soient rendus accessibles aux personnes handicapées tous les sites publics, ce qui n’est pas encore le cas, même si le combat que nous avons mené en 2016 dans le cadre de la Loi Lemaire pour une République numérique a permis d’avoir des dispositions positives pour ce public. Mais pour les logiciels dédiés aux personnes malentendantes et malvoyantes, on est encore loin du compte. L’idée qu’on va réaliser la modernisation du service public via la numérisation est une idée fausse. Nous sommes favorables à la mise en place de maisons du service public. Ce retrait ne réduit pas la complexité des démarches, et j’ai même l’impression que le labyrinthe croit avec l’accumulation et le renouvellement des politiques de simplification."

Quelle issue pour les saisines traitées par le Défenseur des droits ? "Dans 78% des cas, le règlement à l’amiable a donné des résultats concluants, c’est à dire que les droits de la personne ont été rendus effectifs. Nous avons également présenté 137 observations devant diverses juridictions : tribunal de la Sécurité sociale, Conseil d’État ou encore la Commission européenne des droits de l’homme. Le budget 2017 était pourtant en baisse... "25,5 millions d’euros en 2017 contre 29 millions l’année précédente mais nous avons mutualisé avec les services du Premier ministre toute une série de fonctions support et avons donc pu, par exemple, faire des économies sur les loyers. Mais, en parallèle, nous avons des missions nouvelles comme la protection des lanceurs d’alerte. Cette situation financière peut donc être préoccupante car elle crée beaucoup de tensions dans le travail de nos services. J’essaie, pour le Projet de loi de finances 2019, d’obtenir des moyens supplémentaires mais je ne suis pas certain d’y parvenir." À travers ces saisines, le Défenseur des droits dit porter un regard assez unique sur la société. "On peut parfois recevoir jusqu’à 5 000 appels téléphoniques sur tel ou tel sujet d’actualité. Alors, bien sûr, 93 000 dossiers, c’est une goutte d’eau dans l’océan de la demande sociale mais, en même temps, cela permet de faire émerger un certain nombre de données. Ce que nous disons correspond à la réalité des rapports entre les groupes sociaux et cela permet de mesurer certains maux collectifs. » Les personnes handicapées se plaignent des disparités dans l’accès aux droits selon les MDPH... "Il y a de grandes disparités entre des MDPH qui font un travail remarquable et d’autres où les personnes handicapées se trouvent moins bien prises en charge.. Nous prenons évidemment en compte les situations de discriminations qui sont créées dans certains territoires et plaidons régulièrement devant les tribunaux administratifs aux côtés, par exemple, de familles d’enfants autistes qui n’arrivent pas à obtenir de places. Nos actions sont très concrètes. Nous n’avons pas à savoir si nos décisions font plaisir à l’un ou à l’autre à partir du moment où c’est écrit dans les textes. Il faut bien comprendre que légalité c’est faire en sorte que personne ne puisse se considérer comme indigne et donc inférieur aux autres. La loi ELAN sur le logement prévoit une majorité d’appartements neufs dits "évolutifs" après travaux et non plus immédiatement "accessibles" aux occupants handicapés… "Cette disposition remet en cause l’accessibilité universelle posée par la loi handicap de 2005. Il va falloir en débattre car elle est totalement contraire au droit. Nous allons avoir une discussion sur cette question mais, au final, c’est la majorité parlementaire qui dira si elle est acceptable ou pas. Je défends des positions, et même si les politiques publiques ne dépendent pas de moi, j’ai une force, c’est que nul ne peut m’empêcher d’écrire et de dire ce que je veux. C’est la place que le Défenseur des droits a réussi à prendre depuis sept ans, une vigie et une voix qui est écoutée, si ce n’est entendue. Être entendu dépend de notre obstination, et nous en avons." Le mot de conclusion... "Le Défenseur des droits, c’est une institution, une maison de la permanence. Il n’y a pas beaucoup de variabilité et je ne suis pas du genre girouette. Expertise, indépendance et liberté, c’est notre marque de fabrique, au service d’une mission très difficile dans le monde d’aujourd’hui. Nous avons le devoir de promouvoir les droits et libertés fondamentaux de manière universelle car il est un trésor que chaque homme et femme possède et que nul ne peut impunément bafouer qu’on appelle la dignité." Par Handicap.fr / Emmanuelle Dal’Secco – 20-04-201

3)- ACTUALITÉS SOCIALES

3-A) DÉCRET REVALORISATION AAH

Décret n° 2018-328 du 4 mai 2018 relatif à la revalorisation de l’allocation aux adultes handicapés Publics concernés : bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés (AAH).. Objet : revalorisation annuelle du montant de l’allocation aux adultes handicapés (AAH). Entrée en vigueur : le texte s’applique aux allocations dues à compter du 1er avril 2018. Notice : le montant mensuel de l’allocation aux adultes handicapés est revalorisé au 1er avril 2018, en application de l’article L. 821-3-1 du code de la sécurité sociale Le coefficient de revalorisation retenu correspond à l’évolution de la moyenne annuelle des prix à la consommation, hors tabac, calculée sur les douze derniers indices mensuels de ces prix publiés par l’Institut national de la statistique et des études économiques l’avant-dernier mois qui précède la date de revalorisation. Le décret fixe le montant de l’allocation résultant de cette revalorisation. Références : le décret peut être consulté sur le site Légifrance (http://www.legifrance.gouv.fr). Le Premier ministre, Sur le rapport de la secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargée des personnes handicapées, Vu le code de la sécurité sociale, notamment son article L. 821-3-1 ; Vu l’avis du bureau du conseil d’administration de la Caisse centrale de la Mutualité sociale agricole en date du 20 mars 2018, Vu l’avis du conseil d’administration de la Caisse nationale des allocations familiales en date du 28 mars 2018, Décrète : Article 1 Le montant mensuel de l’allocation aux adultes handicapés mentionné à l’article L. 821-3-1 du code de la sécurité sociale est porté à 819 euros à compter du 1er avril 2018. Article 2 La ministre des solidarités et de la santé, le ministre de l’action et des comptes publics et la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française. Fait le 4 mai 2018.

4)- ACTUALITÉS FRANÇAISE DU HANDICAP

4-A) TRIBUNE DU COMITÉ D’ENTENTE DIFFUSÉE DANS LE MONDE ÉCONOMIE LE 04 MAI 2018 (CFPSAA SIGNATAIRE)

« Changer la société ne se décrète pas d’en haut, sans le public concerné et sans les corps intermédiaires »

Le secteur associatif a le sentiment de ne plus être reconnu comme un interlocuteur naturel du gouvernement dans l’élaboration des politiques publiques. Les phases de concertation sont réduites à leur plus simple expression, lorsqu’elles ne sont pas simplement supprimées. Elles portent au mieux sur la mise en œuvre des décisions, mais très rarement sur leur préparation et leurs impacts. La diminution des aides personnalisées au logement (APL), la réduction drastique du nombre d’emplois aidés, l’intensification du contrôle des migrants, la réduction des crédits, le projet de loi logement… la liste est longue des sujets sur lesquels les associations n’ont pas été écoutées par les pouvoirs publics avant que soient prises des décisions majeures.

Le gouvernement se prive de l’expertise de ceux qui sont au plus près des populations concernées

C’est un signal négatif pour les associations, dont l’avis ne semble pas intéresser les pouvoirs publics. C’est aussi une perte d’efficacité car le gouvernement se prive de l’expertise de ceux qui sont au plus près des -populations concernées. Les associations n’ont pas le monopole de la vérité, mais elles ont leur part de vérité. Changer la société ne se décrète pas d’en haut, sans le public concerné et sans les corps intermédiaires. Dans le secteur de la lutte contre l’exclusion, un exemple illustre notre propos : la circulaire du 12 décembre 2017, qui impose la visite des services de l’Office français de l’immigration et de l’intégration et des préfectures dans les centres d’hébergement pour vérifier le statut juridique des migrants. Ce texte remet en cause plusieurs droits essentiels et se révèle d’une application pour le moins chaotique. Les associations ont déposé un référé devant le conseil d’État. Celui-ci a rejeté la demande d’annulation de la circulaire mais en a fait une interprétation qui donne raison aux associations sur plusieurs points décisifs. Le Défenseur des droits a demandé la suspension du texte. N’aurait-il pas été plus productif d’échanger avant sa rédaction avec les associations qui gèrent les centres d’hébergement ? Des solutions plus acceptables et plus respectueuses auraient sans doute été trouvées.

Laissés-pour-compte De la même façon, l’avenir des personnes âgées en Ehpad, et plus nombreuses encore à domicile, impose une réflexion et une concertation qui, à ce jour, se limitent au seul encadrement budgétaire et à la stricte machinerie tarifaire. Cela n’est plus tenable, ni pour les seniors ni pour les professionnels de l’accompagnement et du soin.

La revalorisation de l’allocation aux adultes handicapés, présentée comme l’une des mesures sociales prises par le gouvernement, laisse de très nombreuses personnes dans la précarité Dans le champ du handicap, pourtant priorité affichée par le président de la République, le mode de concertation laisse aussi les associations spectatrices de décisions prises en amont ou ailleurs. Le meilleur exemple en est les négociations sur l’emploi des personnes handicapées, dont le taux de chômage reste dramatiquement élevé. Les associations ont dû batailler âprement pour être finalement associées aux discussions. Mais, depuis, aucune rencontre incluant l’ensemble des parties prenantes ne s’est tenue… Certaines mesures positives en apparence cachent des réalités bien différentes. La revalorisation de l’allocation aux adultes handicapés, présentée comme l’une des mesures sociales prises par le gouvernement, est une réforme en trompe-l’œil qui laisse de très nombreuses personnes dans la précarité.

Alors que le gouvernement promeut le concept de société inclusive, le projet de loi ELAN sur le logement présente un net retour en arrière en termes d’offres de logements accessibles aux personnes en situation de handicap. Une politique en contradiction avec la priorité donnée au maintien à domicile et à l’habitat inclusif dans une société vieillissante.

Les associations ont une légitimité : celle de connaître les publics concernés et, souvent, d’être leur seul porte-parole Enfin, la communication sur le quatrième plan Autisme ne répond pas, malgré certaines mesures positives, aux alertes des associations et ne propose pas de mesures à la hauteur des enjeux. Des milliers de personnes autistes ne seront jamais diagnostiquées ni accompagnées et seront laissées de côté.

Pourtant, les associations ont une légitimité : celle de connaître les publics concernés et, souvent, d’être leur seul porte-parole. Elles font en sorte que ces personnes soient actives dans leurs instances de réflexion et de délibération. Personne ne peut se passer de leurs avis. Respecter les associations dans leur capacité à participer à l’élaboration des politiques publiques, c’est aussi respecter les personnes que ces politiques intéressent.

Interlocuteur majeur En limitant la concertation, on nie ce qui fait la spécificité et la richesse des associations et les rend irremplaçables : l’engagement des personnes directement concernées, des bénévoles et des salariés, leur capacité d’innovation qui est à l’origine de la plupart des avancées dans le domaine du social, de la solidarité et de la défense des droits, leur aptitude à créer du lien social dans une société que creusent les inégalités. Prendre le risque de ne pas les consulter, d’en faire de simples prestataires de services répondant à des appels à projet, c’est remettre en cause leur capacité créative au bénéfice du moins-disant, au détriment de la qualité du service rendu et de l’innovation sociale.

Le secteur non lucratif, loin d’être dépassé, doit être considéré comme l’autre versant du choix de société, du vivre-ensemble et des valeurs qui fondent notre république Pour assurer le dynamisme d’un mouvement associatif vigoureux et l’inciter à constamment améliorer l’efficacité du service qu’il rend, il faut le reconnaître comme un interlocuteur majeur, capable d’apporter son expertise dans la production des politiques publiques. Les associations mobilisent des bénévoles, créent de l’emploi et de la croissance en renforçant la cohésion sociale et en s’attaquant aux inégalités. Dans une société où les réussites économique et financière sont largement valorisées, le secteur non lucratif, loin d’être dépassé, doit être considéré comme l’autre versant du choix de société, du vivre-ensemble et des valeurs qui fondent notre République. Il en va, en fait, de l’idée que l’on se fait de la solidarité. Soit on la considère comme l’addition de mesures destinées à éviter les situations les plus dramatiques et, dans ce cas, les associations sont des exécutants ; soit on la considère comme impliquant toute la société, bénéficiant à toute la société, comme le fruit d’une mobilisation citoyenne ; alors on a besoin d’associations vivantes et porteuses, à côté d’autres acteurs, de cette valeur républicaine de fraternité.

Les signataires de la tribune : Béatrice Borrel, présidente de l’Union nationale des familles et amis de personnes malades (Unafam) ; Arnaud de Broca, sécrétaire général de l’association des accidentés de la vie (FNATH) ; Laurent Desmard, président de la fondation abbé-Pierre ; Patrick Doutreligne, président de l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss) ; Véronique Fayet, présidente du Secours catholique ; Edouard Ferrero, président de la Confédération Française pour la promotion sociale des aveugles et amblyopes (CFPSAA) ; Louis Gallois, président de la Fédération des acteurs de la solidarité ; Jean-Louis Garcia, président de l’Association pour adultes et jeunes handicapés (APAJH) ; Luc Gateau, président de l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei) ; Guillaume Quercy, président de l’Union nationale de l’aide, des soins et des services aux domiciles (UNA) ; Alain Rochon, président de l’Association des paralysés de France (APF) ; Alain Villez, président des Petits frères des pauvres ; Eric Yapoudjian, directeur de la fondation Armée du salut.

4-B) DROIT À COMPENSATION : UNE PROPOSITION DE LOI EN DÉBAT, LES ATTENTES DES ASSOCIATIONS !

Communiqué de presse du Comité d’entente (dont la CFPSAA)

Les associations (APF France handicap, CFPSAA, GIHP, Unafam, Unapei) saluent l’initiative du député Philippe Berta sur l’évolution de la prestation de compensation du handicap (PCH). Une proposition de loi – déjà adoptée à l’unanimité en commission des affaires sociales – examinée aujourd’hui en séance plénière à l’Assemblée nationale. C’est une première disposition sur le droit à compensation, dispositif qui n’a quasiment pas évolué depuis plus de 12 ans. Elle doit maintenant être très rapidement suivie d’autres réformes pour un véritable droit à compensation pour les personnes en situation de handicap et leurs proches. Car les associations constatent et déplorent de nombreux dysfonctionnements dans l’application de ce droit (disparités territoriales, restes à charge, tarifications insuffisantes, etc.). Ces situations pèsent de plus en plus lourdement sur le quotidien des personnes en situation de handicap et leur famille.

Cette proposition de loi répond dans son article premier à l’une des revendications associatives de suppression de la barrière d’âge de 75 ans pour l’octroi de la PCH. C’était d’ailleurs l’une des mesures du Comité interministériel du handicap de décembre 2016 du précédent gouvernement qui n’a pas été mise en œuvre par le gouvernement actuel.

Quant à son deuxième article, il temporise, via une expérimentation, une décision de modifier l’article de la loi « handicap » du 11 février 2005 concernant les fonds départementaux de compensation afin de permettre la publication de son décret d’application. Cette décision aurait déjà dû être prise depuis 2006 : un décret n’est jamais paru et l’État a été condamné à une astreinte depuis 2016.

Les associations attendent du gouvernement de véritables mesures : • un élargissement des besoins couverts par la PCH (activités domestiques, aides à la parentalité, aides à la communication, etc.) • la revalorisation immédiate des tarifications de tous les besoins (aides humaines, techniques etc.) • l’élargissement des critères d’éligibilité à la PCH, notamment pour les personnes en situation de handicap psychique, cognitif, intellectuel • une véritable PCH pour les enfants • la suppression de la barrière d’âge à 60 ans

Le droit à compensation est l’un des piliers majeurs de la loi handicap de 2005 et un droit fondamental reconnu par la convention ONU relative aux droits des personnes handicapées. Il est un droit acquis après des décennies de luttes associatives et il consacre le droit à toute personne en situation de handicap de financer ses besoins afin d’assurer sa sécurité, sa dignité et son autonomie quels que soient l’origine et la nature de la déficience, l’âge de la personne ou son mode de vie.

Cette proposition de loi n’est qu’un début.

Les personnes en situation de handicap et leurs proches attendent avec impatience d’autres mesures fortes pour un droit réel à compensation. Les associations demandent la mise en place en urgence d’un grand chantier sur le droit à la compensation avec les représentants de l’État, des Conseils départementaux et des associations représentatives des personnes en situation de handicap et de leurs familles pour un véritable « plan MARSHALL » de la compensation.

Paris - 17 mai 2018

4-C) DISCRIMINATIONS – CHIEN GUIDE REFUSÉ DANS L’OISE

Un vigile du supermarché Lidl de Beauvais (Oise) a interdit l’entrée au chien guide d’un client devenu progressivement aveugle, pourtant habitué des lieux. Bien que ce dernier ait présenté le texte de loi qui autorise les animaux d’assistance, la gérante a confirmé cette interdiction, invoquant des raisons d’hygiène. Et après que le client lui ait dit qu’il était déjà venu dans ce magasin mais sans chien, elle lui a répondu "donc vous n’êtes pas aveugle !". Si finalement elle l’a autorisé à entrer avec son nouveau chien guide, le client a préféré partir pour digérer cette humiliation publique, d’autres clients ayant toutefois pris sa défense. Rappelons que les chiens guide ou d’assistance doivent être admis dans tous les lieux et établissements recevant du public sans aucune restriction, le bon sens prévalant dans certaines situations tel l’accès au bassin d’une piscine par exemple. Un tel refus est puni d’une amende de 150 à 450€, et d’éventuels dommages et intérêts en cas de poursuites judiciaires.

Yanous-Actu n° 510

5) ACTUALITÉS INTERNATIONALES DU HANDICAP

5-A) DEPUIS LE BUREAU DU PRÉSIDENT DE L’UMA (UNION MONDIALE DES AVEUGLES)

L’adoption du Traité de Marrakech est venue couronner les succès de l’Union Mondiale des Aveugles au cours du dernier quadriennat, et son impact attire l’attention du monde entier.

En février 2018, l’Union Mondiale des Aveugles, conjointement à l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI) se sont vues décerner un Prix Zero Project 2018 pour le travail de promotion de l’alphabétisation réalisé. Le Zero Project est une initiative d’Essl Foundation, une ONG privée à but non lucratif qui soutient l’innovation sociale, l’esprit d’entreprise sociale et les personnes handicapées.

Chaque année, une conférence Zero Project a lieu pour présenter les solutions les plus innovantes et les plus efficaces aux problèmes que rencontrent les personnes handicapées. Ensemble, avec un réseau qui ne cesse de grandir de plus de 4 000 experts, handicapés et non-handicapés, dans plus de 150 pays, Zero Project identifie les politiques et pratiques les plus efficaces et les plus innovatrices, permettant d’améliorer la vie des personnes handicapées. C’est pourquoi l’UMA a été choisie comme récipiendaire du Prix Zero Project 2018, pour son travail visant à étancher la soif de livres que rencontrent les adultes et les enfants aveugles et malvoyants.

Au cours de la conférence Zero Project, nous avons partagé des informations concernant les efforts que nous déployons pour faire avancer l’intégration des personnes aveugles et malvoyantes. Les participants à la conférence ont été informés du fait que les personnes aveugles et ayant des difficultés à la lecture des caractères imprimés ont accès à moins de 5 % des ouvrages publiés, pourcentage qui baisse à moins de 1 % dans le monde en développement. C’est la raison pour laquelle l’UMA a lancé sa campagne Le droit à la lecture en 2008. La campagne appelait un traité qui s’occuperait de ce que nous appelons la « soif de livres » dans la vie des personnes aveugles et malvoyantes.

En 2013, le rêve d’un traité est devenu une réalité avec l’adoption du Traité de Marrakech. Ce Traité encourage les pays à produire plus de livres accessibles pour les personnes aveugles et ayant des difficultés à la lecture des caractères imprimés ; il autorise les pays à partager des livres accessibles de façon transfrontière et permet la distribution directe de produits accessibles aux personnes, aspect critique pour les personnes qui vivent dans les pays les plus pauvres où il n’y a pas toujours de bibliothèques ou d’écoles pour les aveugles qui s’occupent de les distribuer.

Le Traité de Marrakech est la base, mais l’UMA s’occupe également du « comment ». La façon la plus économique de partager des ouvrages accessibles est l’échange de fichiers électroniques, mais pour lire du texte électronique, une personne aveugle doit avoir accès à la technologie. Les dispositifs de braille dynamique (braille mécanique généré par des broches informatiques) permettent aux aveugles de lire du texte électronique en braille.

Si les dispositifs de braille dynamique sont disponibles depuis des décennies, leur coût a longtemps constitué un facteur limitant car il dépasse les 5 000 $ USD. Pour pouvoir payer cette somme, en 2012, l’UMA a lancé une initiative de développement d’un affichage braille dynamique low cost (moins de 500 $ USD, soit un dixième du coût de la technologie précédente). Nous avons baptisé cette initiative « Transforming Braille » et elle a mené au développement du lecteur Orbit.

Le Traité de Marrakech permet le partage transfrontalier des ouvrages accessibles et le lecteur Orbit, l’accès aux caractères imprimés puisqu’il affiche maintenant un potentiel de croissance jamais encore imaginé. Pour le prix d’une seule copie papier en braille, le lecteur Orbit permettra aux adultes et aux enfants aveugles d’accéder à des milliers de livres. Les livres accessibles peuvent être stockés sur des mémoires externes bon marché, et pour les personnes qui ont accès à Internet, il sera possible de les télécharger. Si le coût reste un obstacle à une distribution universelle, il est nettement plus faible que la production et la distribution des copies en braille sur papier.

Notre appel aux participants à la conférence Zero visait à obtenir un soutien à la ratification du Traité de Marrakech. Pour que le Traité de Marrakech accomplisse pleinement son potentiel, plus de pays doivent participer au partage d’ouvrages accessibles. Chaque nouveau pays qui ratifiera le Traité de Marrakech signifiera plus de livres disponibles à la distribution.

Le Prix Zero Project est un honneur pour l’UMA et une reconnaissance à notre travail, ainsi qu’une opportunité de diffuser notre message de ratification du traité de Marrakech dans tous les pays du monde. Le mouvement des personnes aveugles et malvoyantes en vue d’une intégration totale, et de l’égalité des chances, est l’objectif et le Traité de Marrakech est un progrès aussi vital que tangible vers notre objectif d’égalité.

Dr. Fredric K. Schroeder, Président de l’UMA

Bulletin de l’UMA – Avril 2018

8) EMPLOI

8-A) HANDI-RÉUSSITE : JOB DATING DU 15 JUIN

Dans le cadre du Handi-Pacte Ile-de-France, un job dating est organisé entre les étudiants en situation de handicap et les employeurs publics. A travers cet événement, nous cherchons à faciliter l’accès au monde professionnel, à travers un stage, un apprentissage ou un emploi, des étudiants et des demandeurs d’emploi en situation de handicap.

Si vous êtes intéressés, vous pouvez contacter l’adresse mail : handi-reussites@arthur-hunt.com ou se rendre sur notre site : www.handi-reussites.fr.

Une information d’Handi-Pacte Ile-de-France

12) LES ASSOCIATIONS MEMBRES DE LA CFPSAA

12-A) « LE NUMÉRIQUE SUR TOUS LES FRONTS ! »

Ces dernières années le sujet du numérique a pris beaucoup d’ampleur, et de la même manière qu’il est devenu tentaculaire et présent à toutes les étapes et dans tous les domaines de la vie quotidienne de chacun, il a pris une importance grandissante et cruciale dans les actions menées par la Fédération. En termes de législation, l’année 2016 a été particulièrement significative avec la parution de la loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique, et dans la foulée la directive européenne du 26 octobre 2016 pour l’accessibilité des sites web et applications mobiles des organismes du secteur public. L’article 106 de ladite loi, bien que perfectible, était intéressant en termes d’acquis. Mais une loi ne prend vit qu’au travers de ses décrets d’application ! Longtemps promis, parfois effleuré, le décret de l’article 106 n’est pas encore réalité. Quant à la transposition de la directive européenne dans notre droit national, elle doit intervenir d’ici le 23 septembre prochain.

Nous étions donc, aux côtés de la CFPSAA, dans les starting-blocks depuis un an, voyant le temps s’égrainer et ayant bien du mal à avoir des contacts avec le Secrétariat d’Etat au numérique… quand tout à coup, au détour d’une réunion de la commission emploi et formation du CNCPH (Comité National Consultatif des Personnes Handicapées), soigneusement dissimulé dans un projet de loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel, surgit un article 45 visant à transposer la directive sur les sites web ! Drôle de véhicule législatif ! Et nous l’avons dit haut et fort à qui de droit car le numérique ne se limite pas à l’emploi. Et dans de telles situations, nous sommes bien contents d’avoir été présents à cette réunion sans quoi cet article serait passé totalement inaperçu…

À la lecture de cet article nous avons constaté des régressions par rapport aux acquis de notre article 106 de la loi numérique mais aussi, ce qui est encore plus grave, par rapport à l’article 47 de la loi du 11 février 2005 et de ses décrets de 2011, au niveau des intranets et extranets. Ont alors commencé des échanges entre structures dans le cadre de la CFPSAA et au-delà (CNCPH, Comité d’Entente, Fédération Française des DYS, APF…) pour élaborer une position commune et tenter d’élargir le champ d’application de cet article. Des échanges ont également eu lieu avec la DINSIC (Direction Interministérielle des Systèmes d’Information et de Communication de l’Etat), en charge de la rédaction de cet article 45. Nous avons appris à cette occasion l’existence d’une circulaire du Premier Ministre de juillet 2017 qui proscrit toute surtransposition des directives européennes. Cela signifie que les directives seront appliquées a minima et que pour aller plus loin il sera nécessaire voire exigé d’en démonter l’absolue nécessité. N’ayant toujours pas eu à ce jour accès à un texte stabilisé suite au différents échanges, nous ne pouvons pas communiquer plus de détails sur les éléments techniques mais sachez que nous veillons au grain, que nous ne nous censurerons pas et que nous ne nous battrons pas seuls. Cependant, et comme c’est actuellement le cas sur d’autres dossiers notamment liés à l’emploi des travailleurs handicapés, les échanges, lorsqu’ils ont lieu, sont menés au pas de charge dans des délais très courts. Il ne faut donc pas exclure de devoir recourir sur ce dossier du numérique à des campagnes de communication impliquant notamment l’utilisation des réseaux sociaux, et à des dépôts d’amendements. Nous devrons donc très probablement revenir vers le réseau fédéral dans les semaines qui viennent pour appuyer nos demandes auprès des élus.

Julie Bertholon Lettre d’information de la Fédération des Aveugles et Amblyopes de France - N°7

12-B) NOUVEAUX PARTENAIRES SOUFFLEURS D’IMAGES

L’Artistic Théâtre

L’artistic Théâtre, situé en plein cœur du onzième arrondissement, l’Artistic est l’aboutissement d’une longue histoire… Caf’conc’ dans les années 1900 (les Follies Artistic), cabaret dans les années 20 (Artistic Concert), cinéma des années 30 aux années 70 (Artistic Voltaire), théâtre depuis 1980 (Artistic Athévains), ce bâtiment est un lieu emblématique du foisonnement culturel du quartier. En 2016, il évolue encore et devient l’Artistic Théâtre. Les Athévains en assurent toujours la direction artistique mais théâtre et compagnie sont désormais clairement différenciés. Nouveaux partenaires souffleurs d’images Actuellement, sous l’impulsion d’Anne-Marie Lazarini (metteur en scène) et Dominique Bourde, l’Artistic Théâtre présente une programmation originale axée sur la relecture de grands textes classiques parmi les moins connus (dernièrement Espèces d’espaces de Georges Perec) ou la création d’auteurs contemporains (Michel Vinaver). La musique y a également une place importante et plusieurs opéras y ont été présentés. Au programme depuis le 31 janvier : L’Avare de Molière mis en scène par Frédérique Lazarini. Un jardin. Pas les jardins de Versailles avec la féerie des eaux. Pas le jardin d’Eden, ni ceux, suspendus, de Babylone. Un jardin d’herbes amères, de mauvaises herbes, ou gît un trésor gardé par un dragon : « Harpadragon », tapi sur sa cassette. Dans ce jardin à l’abandon, non entretenu, où les orages (à la fois passionnels et météorologiques) éclatent à tout moment, Harpagon rôde sur son territoire balayé par les pluies torrentielles de l’automne. « L’Avare » est entouré de clowns-insectes personnages de domestiques burlesques qui se terrent, fuient sa présence, se cachent sous les mousses, comme ces personnages-animaux surréalistes chers à Kafka ou à Bruno Schultz, bestiaire grotesque et poétique. Mais l’Avare est entouré aussi de sa famille, jeunes gens follement amoureux. Et c’est bien lorsque ses enfants connaissent l’amour qu’ils deviennent menaçants pour leur père. L’amour les engage à la révolte. La passion les engage à se rebeller enfin contre l’autorité paternelle, contre l’injustice d’une société archaïque et cruelle. La passion est le levier majeur, celui qui fait sauter les cadenas sociaux et qui provoque les tempêtes dans le jardin familial. Le Musée du Luxembourg Le Musée du Luxembourg a été le premier musée français ouvert au public en 1750, et est devenu à partir de 1818, le premier musée d’art contemporain. Son histoire est intimement liée à celles du Palais du Luxembourg, où il a d’abord été installé, et du Sénat, qui est à l’origine de la construction du bâtiment actuel en 1884. Depuis 2000, le Musée du Luxembourg a renoué avec son histoire, le Sénat en assurant à nouveau la gestion. En sa qualité d’assemblée parlementaire, le Sénat a pour missions premières le vote de la loi, le contrôle du Gouvernement, l’évaluation des politiques publiques et la prospective. Il se doit également de mettre en valeur le patrimoine dont il est affectataire, qu’il s’agisse du Palais, du Jardin ou du Musée du Luxembourg. Au cœur du VIe arrondissement de Paris, le jardin du Luxembourg s’étend sur près de 24 hectares et attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs. Créé à partir de 1612 autour du palais que Marie de Médicis, régente de France, fait construire, il est doté de plantations, parterres et jeux d’eau. Au milieu du XIXe siècle, avec l’urbanisation accélérée, le Luxembourg devient l’un des plus beaux parcs de la capitale de par sa disposition particulière mêlant à la fois jardins à la française et jardins à l’anglaise. Une orangerie construite en 1830 abrite plus de deux cents bacs contenant lauriers-roses, orangers, grenadiers et palmiers. Le jardin fruitier, héritage de la Grande Chartreuse de Paris, conserve encore de nos jours 320 variétés de pommes et 210 variétés de poires. Enfin, les serres, non ouvertes au public, hormis pendant les Journées européennes du Patrimoine, renferment la collection d’orchidées tropicales du Sénat. Prochaine exposition, Tintoret, naissance d’un génie : du 7 mars au 1er juillet 2018. A l’occasion du 500e anniversaire de la naissance du Tintoret, le Musée du Luxembourg célèbre l’un des plus fascinants peintres de la Renaissance vénitienne. L’exposition se concentre sur les quinze premières années de sa carrière, période décisive et déterminante pour comprendre comment il se construit. Elle propose ainsi de suivre les débuts d’un jeune homme ambitieux, pétri de tradition vénitienne mais ouvert aux multiples nouveautés venues du reste de l’Italie, décidé à renouveler la peinture dans une Venise cosmopolite. Peinture religieuse ou profane, décor de plafond ou petit tableau rapidement exécuté, portrait de personnalité en vue ou d’ami proche, dessin ou esquisse… les œuvres rassemblées rendent compte de la diversité du travail de Tintoret et de sa volonté de frapper l’œil et l’esprit par son audace. L’exposition retrace en définitive l’ascension sociale d’un homme d’extraction modeste, fils de teinturier, qui, grâce à son talent, parvient à s’élever dans la société, à s’imposer et à se faire un nom sans rien oublier de ses propres origines.

Les Actualités Souffleurs d’Images – Mai 2018

souffleursdimages@crth.org http://crth.org/?page=souffleurs

15) LOISIRS – VOYAGES

15-A) SPECTACLE EN AUDIODESCRIPTION À L’OPÉRA-COMIQUE

Opéra-comique en français d’après Giacomo Puccini. Adaptation de Marc-Olivier Dupin.

Le Quartier latin, ses mansardes étudiantes et ses cafés, les années 1830, une jeunesse à l’aube de l’âge de raison, des artistes en ébullition, leurs amours passagères et leurs amitiés généreuses, leurs jeux et leurs drames : c’est la vie de bohème et l’histoire de Mimi et de Rodolphe. La Bohème est le plus bel hommage, chaleureux et poétique, que la Belle Époque ait rendu au Paris romantique. De l’opéra italien en quatre actes, Marc-Olivier Dupin et Pauline Bureau font un opéra-comique en français et nous donnent l’occasion de partager, en musique et en images, l’intimité de personnages qui toucheront toutes les générations de spectateurs.

Direction musicale - Marc-Olivier Dupin Mise en scène - Pauline Bureau Mimi - Sandrine Buendia Rodolphe - Kevin Amiel Musette - Marie-Ève Munger Marcel - Jean-Christophe Lanièce Colline - Nicolas Legoux Schaunard - Ronan Debois Orchestre - Les Frivolités Parisiennes Dates : Dimanche 15 juillet à 15h Mardi 17 juillet à 20h Tarifs : bénéficiez de 20% de réduction de la série B à C pour vous et votre accompagnateur Série B : 40€ au lieu de 50€ Série C : 32€ au lieu de 40€ Série D : 24€ au lieu de 30€ Série E : 20€ au lieu de 25€ Série F : 16€ au lieu de 200€ Visite de l’Opéra Comique Une visite avec approche tactile est prévue le 23 décembre à 15h Contact Pour toute réservation, vous pouvez adresser votre demande à sbonnet@opera-comique.com ou au 01 70 23 76 00 Opéra-Comique - 1 Place Boieldieu, 75002 Paris Métro Richelieu Drouot

15-B) PÉPITES BÉARNAISES

Des hauteurs du château de Pau aux profondeurs de la Pierre-Saint-Martin en passant par la mystérieuse principauté de Laàs, quelques pistes accessibles et adaptées dans l’arrière-pays des Pyrénées-Atlantiques. Le Béarn, ancien état souverain rattaché au royaume de France en 1620, sous Louis XIII, constitue toujours un territoire un peu à part où l’ancrage local reste fort et le centralisme parisien lointain. Sa géographie se répartit grosso modo entre la "plaine" de Pau et les vallées de Barétous, d’Aspe et d’Ossau, parcourues par les fameux gaves (torrents), la première étant plus développée industriellement que les secondes où se concentre néanmoins l’essentiel du tourisme. "À part" mais pas frondeur, ce vieux pays a donné à la France, outre un roi réconciliateur (Henry IV), nombre de politiciens modérés parmi lesquels le plus célèbre, actuel maire de Pau, est sans doute François Bayrou dont le destin faillit être national...

La figure d’Henri IV, on la retrouve évidemment au château de Pau, imposant monument fortement remanié au cours des siècles, qui domine la cité. Le "vert galant" y vit le jour en 1553 dans une carapace de tortue (Papa Bourbon et Maman Navarre voulaient faire dans le symbole original) dont un exemplaire plus ou moins authentique est présenté au public. Bémol : la majeure partie des collections du musée est inaccessible en fauteuil roulant. En attendant l’installation d’un ascenseur, la direction de l’établissement propose, sur réservation, outre la possibilité d’accéder en voiture jusque dans la cour principale, une visite guidée des extérieurs qui s’avère tout à fait passionnante et que complète utilement celle de quelques pièces du rez-de-chaussée, dont la célèbre "salle aux cent couverts" voulue par le roi Louis-Philippe. Une grande maquette permet de se faire une meilleure idée de l’aspect général des lieux, où des expositions temporaires sont régulièrement organisées. Prenez le temps de vous attarder aux jardins : la déambulation y est des plus agréables, avec vue imprenable sur les montagnes. Pau elle-même, ville jeune et sportive, ne manque pas d’attraits, ne serait-ce que pour le splendide boulevard des Pyrénées que l’on emprunte pour accéder au château : consultez cette page spécifique pour découvrir des suggestions de visites adaptées. Entre les gaves de Pau et d’Oloron-Sainte-Marie s’étend le très réputé vignoble de Jurançon dont le nectar fait, depuis le Haut Moyen-Âge sinon l’Antiquité, les délices des repas de fête ou des apéritifs. Pour qui l’ignorerait encore, rappelons qu’il s’agit d’un vin blanc traditionnellement moelleux mais qui existe également en sec. Les cépages, petit et gros manseng plus quelques rares cépages de complément, sont typiquement locaux. Les vendanges sont exclusivement manuelles pour ne pas abîmer les fruits. Outre une route des vins mise en place dans les années 1990 par des viticulteurs indépendants, on peut découvrir l’histoire et la vinification du jurançon à la cave coopérative de Gan, labellisée Tourisme et handicap, où la visite des chais fondés en 1949 réserve quelques surprises dont une collection d’authentiques mosaïques romaines du IVe siècle ! La dégustation qui s’ensuit permet, en sus des vins traditionnels, de découvrir (avec modération bien sûr) un rosé délicieux ainsi qu’un rouge plus tannique qui feront merveille avec la gastronomie locale. A une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Gan, via Oloron-Sainte-Marie, Navarrenx est, sur l’un des chemins de Saint-Jacques de Compostelle, une petite cité fortifiée classée parmi les plus beaux villages de France. Les passionnés d’Histoire et d’architecture y trouveront leur bonheur, surtout en suivant l’une des visites guidées proposées par l’Office de Tourisme. La déambulation, de plain-pied, ne pose globalement pas de problème quand on se déplace en fauteuil roulant... sauf à vouloir escalader les bastions ou descendre au fond de la fontaine. Non loin de là, en poursuivant vers l’ouest, un poste de douane signale l’étonnante principauté de Laàs, bourg en déshérence qui n’a pas voulu subir le sort de ses semblables et dont le maire, aussi dynamique qu’obstiné, a tout fait, jusqu’au plus haut niveau de l’État, pour que son village demeure sur la carte. Pari réussi depuis 2014 grâce à la mobilisation de tous, d’ici et d’ailleurs, certains célèbres, l’implantation d’une fabrique de bérets complétant l’offre essentiellement touristique : la curiosité attire ici des visiteurs du monde entier, notamment à l’occasion des très courues Trois heures de la Brouette, pas si loufoques que ça puisqu’homologuées au livre Guiness des records... À l’entrée de la commune, autre lieu festif (Transhumances musicales) le château XVIIe devenu Musée Serbat, du nom de ses derniers occupants qui en ont fait don à la commune, déploie le charme de ses riches collections anciennes (meubles et tableaux in situ) en toute accessibilité. Non seulement les lieux, desservis par ascenseur, sont labellisés Tourisme et handicap (sauf l’escape game récemment ouvert) mais il est en outre possible, sur réservation, d’utiliser la version adaptée d’une voiturette de golf pour parcourir les allées du parc. Sachez enfin, si la principauté vous séduit, que vous pourrez en devenir officiellement citoyen, passeport à l’appui, voire vous y marier en bonne et princière forme ! À une vingtaine de kilomètres plus au nord, Salies-de-Béarn est une petite ville pittoresque dont la fortune s’est bâtie, dès le haut Moyen-Âge, grâce au sel dont regorge son sous-sol et qui lui a donné son nom (que l’on prononce saliss). Une saline y est toujours en activité, dont une installation muséographique accessible de plain-pied permet de comprendre l’histoire et le fonctionnement. Les gourmets apprécieront d’apprendre que le sel produit ici est préconisé dans le cadre de l’IGP Jambon de Bayonne... mais entre aussi dans la confection de chocolats chez le célèbre pâtissier local Lavignasse. Le bourg lui-même présente deux visages liés à ce riche sous-sol : une partie médiévale, aux belles maisons préservées (notamment celle abritant un petit musée du sel dont seul le rez-de-chaussée est accessible en fauteuil roulant), liée à l’exploitation et au commerce de cette précieuse matière première, et une partie "hors les murs", XIXe, redevable au développement du tourisme thermal, où subsistent d’élégants bâtiments (thermes, casino, villas) à la découverte desquels nous vous recommandons les visites guidées organisées par l’office de tourisme. Plein sud, au coeur des montagnes de la vallée de Barétous, les activités adaptées ne manquent pas (consultez cette page spécifique) mais le must reste sans conteste la grotte de La Verna, à La Pierre-Saint-Martin, véritable Graal des spéléologues qu’un aménagement EDF avorté a "miraculeusement" rendu accessible à tous, handicapés ou non. Découverte dans les années 1950, partie d’un réseau de 450km de galeries creusé par une rivière souterraine, cette gigantesque cavité est la plus grande au monde ouverte à la visite : si vaste, 250m de large sur une hauteur avoisinant les 200m, qu’une montgolfière a pu y flotter ! Plusieurs types de visites avec guide sont proposés aux visiteurs selon leur niveau ; la plus facile, labellisée Tourisme et handicap, suit le long couloir d’accès qui ouvre de plain-pied sur la cavité : spectacle époustouflant garanti, où tous les sens sont sollicités et parfois mis à l’épreuve tant les dimensions de l’endroit échappent à l’entendement. N’oubliez pas vos jumelles et de quoi vous couvrir : la température ambiante ne dépasse guère 6°. Parking possible au plus près de l’entrée, sanitaires adaptés disponibles dans le bâtiment d’accueil situé en contrebas de la vallée. Un fauteuil roulant de prêt est mis à la disposition des personnes souhaitant épargner à leur propre engin les affres du terrain humide et parfois cahoteux. Achevons cette "chasse aux pépites" par deux coups de coeur. Le premier, à Accous, en vallée d’Aspe, s’appelle Ludopia : un espace ludique à la fois écologique et solidaire qui accueille tout le monde en toute accessibilité dans un décor splendide où l’on peut passer une journée mémorable en famille au gré de la centaine de jeux disponibles. Le second, à Castetnau-Camblong, non loin de Navarrenx, est une maison d’hôtes hors du commun, la Villa Mouchoux, labellisée Tourisme et handicap, où une belle grande chambre a été spécialement aménagée pour les hôtes handicapés moteurs et dont les propriétaires, amoureux éclairés de leur région d’adoption, donnent au visiteur l’envie irrépressible d’en retourner approfondir la découverte !

Jacques Vernes, mai 2018. Yanous – Actu n°510

15-C) CYRANO DE BERGERAC – COMÉDIE HÉROÏQUE EN 5 ACTES ET EN VERS

Cyrano de Bergerac, pièce écrite par Edmond Rostand en 1897, a renouvelé le théâtre d’alors. Certains ont voulu y voir le romantisme de « cape et d’épée », le panache, le courage qui stimulent un « renouveau moral », d’autres y ont vu la réconciliation des vertus du courage et de l’abnégation, sources « d’une force morale » qui prône la responsabilité de l’homme et de son destin... Mais par-delà tous ces débats, la clef du succès de Cyrano, comme celle d’ailleurs de toutes les « bonnes » pièces ne repose-t-elle pas dans cette constatation émerveillée de Jack London, qui en 1898 assistait à la première américaine de Cyrano, loin des états d’âme français : « Plusieurs morceaux semblent contenir mes propres pensées, mes propres sentiments. » Claude COLOMBINI FRÉMEAUX Cet enregistrement historique de 1955 présente une mise en scène sonore de Pierre Hiegel, interprétée par les comédiens de la Comédie Française en 1955. Le rôle de Cyrano y est tenu par Jean-Paul Coquelin, petit-¬fils de Constant Coquelin, premier interprète de Cyrano.

Direction Collection : Claude Colombini et Patrick Frémeaux Librairie Audio – Nouveautés de mai 2018

15-D) UN AVEUGLE TOULOUSAIN À LA RADIO

Animateur d’émissions dédiées au handicap, Christian Call espère encore trouver sa voie professionnelle, d’autant qu’il se retrouve dépendant de son épouse à cause du cumul de revenus pour calculer son AAH Portrait.

Né aveugle il y a 44 ans, Toulousain de longue date, Christian Call a effectué en milieu spécialisé une partie de sa scolarité jusqu’en classe de quatrième, ce qui lui a permis d’apprendre le braille. Il a poursuivi ses études au collège, au lycée puis dans un Institut Universitaire de Technologie, obtenant un DUT techniques de commercialisation. Il s’est orienté ensuite vers des études supérieures sans trouver toutefois de débouchés professionnels : "Après l’IUT, je ne me sentais pas travailler, mais sans avoir d’idée sur ce que je pourrais faire. Alors je me suis orienté vers l’Institut d’Études Politiques de Toulouse option fonction publique. À la fin, en 1998, j’ai souhaité souffler, je suis parti deux ans au centre de Marly-le-Roi [Centre de Rééducation Fonctionnelle pour Aveugles et Malvoyants, fermé en 2010 NDLR] pour acquérir davantage d’autonomie. Je ne suis pas le ’super aveugle’, mais cela m’a permis de m’installer en sortant du giron familial, de vivre en pleine indépendance." Actuellement, il vit en couple, en périphérie de Toulouse dans un quartier plus calme qu’à ses débuts en ville : "presque trop calme" sourit-il. Il se déplace avec une canne blanche, par les transports publics ou le service spécialisé Mobibus, ou accompagné lorsqu’il ne connaît pas le quartier de destination.

Christian Call a débuté dans l’animation radiophonique il y a une quinzaine d’années : "Faire de la radio, c’était un vieux rêve d’enfance. À la trentaine, j’étais fatigué de recherches d’emploi infructueuses. Des cousines m’ont conseillé de contacter des radios associatives, j’ai rencontré Radio Mon Pais, proche de la CGT, qui employait une animatrice et technicienne malvoyante. Ce qui m’a donné envie, c’était la création à Paris d’Eurofm avec des animateurs déficients visuels qui réalisaient des émissions et animaient l’antenne. C’était moins professionnel que Julien Prunet [journaliste aveugle décédé à l’âge de 29 ans NDLR] mais montrait que c’était possible. J’ai fait de l’agenda culturel, repris ensuite l’émission Aspects sociaux, sur le handicap. Je l’ai fait évoluer pour parler de tous les handicaps dans des émissions thématiques, évoquer le sport, les médias, la sexualité par exemple. Je n’ai pas retiré grand-chose en technique, et fait peu de chroniques enregistrées. Mais ça m’a appris à avoir une démarche journalistique, avec une veille locale sur le handicap, prendre des contacts. Ce qui m’a le plus marqué, c’est une émission avec des artistes sourds du festival Sign’O, une rencontre remarquable, et aussi celle avec Bernadette Soulié, médecin sexologue paraplégique." Il a également animé une émission handicap en français sur Radio Occitania mais ne se sent guère intégré sur une antenne qui diffuse à 80% en occitan... Ces expériences ne lui ont toutefois pas ouvert la voie vers un travail rémunéra : « Côté boulot, est-ce que c’est moi qui ne sais pas me débrouiller ? La recherche d’emploi n’a jamais été facile. La seule expérience constructive et intéressante que j’ai acquise, c’était chez Enedis. Je n’étais pas tenté de passer des concours administratifs, vu les difficultés d’autonomie et l’obligation de quitter Toulouse. J’ai suivi des recrutements contractuels de la fonction publique territoriale, des stages, Cap Emploi, je suis passé au Centre de Rééducation Professionnelle de l’Institut des Jeunes Aveugles de Toulouse pour une remise à niveau en bureautique, ça m’a conduit vers des stages mais pas d’embauche. J’espère toujours trouver du travail." Actuellement, il est épaulé par le Club Emploi du Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes (GIAA). Sa situation personnelle est devenue plus délicate encore après son mariage : "Du fait qu’avec ma compagne on a décidé de se marier, j’ai perdu mon Allocation Adulte Handicapé. Je me sens dépendant financièrement." Une situation qu’avec lui on espère transitoire... Laurent Lejard, mai 2018.

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