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Confédération Française pour
la Promotion Sociale
des Aveugles et Amblyopes

Décision du Conseil Constitutionnel n° 2011-639 DC du 28 juillet 2011

1. Considérant que les députés requérants défèrent au Conseil constitutionnel la loi tendant à améliorer le fonctionnement des maisons départementales des personnes handicapées et portant diverses dispositions relatives à la politique du handicap ; qu’ils contestent la conformité à la Constitution de ses articles 19 et 20 qui ont pour objet de modifier l’article L. 111-7-1 du code de la construction et de l’habitation ;

2. Considérant que le paragraphe I de l’article 19 de la loi déférée insère dans cet article L. 111-7-1 deux alinéas aux termes desquels : « Un décret en Conseil d’État, pris après avis du Conseil national consultatif des personnes handicapées, fixe les conditions dans lesquelles des mesures de substitution peuvent être prises afin de répondre aux exigences de mise en accessibilité prévues à l’article L. 111-7 lorsque le maître d’ouvrage apporte la preuve de l’impossibilité technique de les remplir pleinement du fait de l’implantation du bâtiment, de l’activité qui y est exercée ou de sa destination. - Ces mesures sont soumises à l’accord du représentant de l’État dans le département après avis conforme de la commission consultative départementale de sécurité et d’accessibilité » ;

3. Considérant que le paragraphe I de l’article 20 insère dans le même article L. 111-7-1 deux alinéas aux termes desquels : « Pour les logements destinés à l’occupation temporaire ou saisonnière dont la gestion et l’entretien sont organisés et assurés de façon permanente, un décret en Conseil d’État, pris après avis du Conseil national consultatif des personnes handicapées, fixe les exigences relatives à l’accessibilité prévues à l’article L. 111-7 et aux prestations que ceux-ci doivent fournir aux personnes handicapées. - Ces mesures sont soumises à l’accord du représentant de l’État dans le département après avis de la commission consultative départementale de sécurité et d’accessibilité » ;

4. Considérant que, selon les requérants, ces dispositions méconnaissent les exigences découlant des dixième et onzième alinéas du Préambule de la Constitution de 1946 ; qu’ils font également valoir que le législateur n’a pas suffisamment défini le champ et la nature des exceptions prévues par les dispositions contestées au principe d’accessibilité défini par l’article L.111-7 du code de la construction et de l’habitation ;

5. Considérant qu’aux termes des dixième et onzième alinéas du Préambule de la Constitution de 1946 : « La Nation assure à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement. - Elle garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence » ;

6. Considérant qu’il est cependant possible au législateur, pour satisfaire à ces exigences, de choisir les modalités concrètes qui lui paraissent appropriées ; qu’en particulier, il lui est à tout moment loisible, statuant dans le domaine qui lui est réservé par l’article 34 de la Constitution, de modifier des textes antérieurs ou d’abroger ceux-ci en leur substituant, le cas échéant, d’autres dispositions ; qu’il ne lui est pas moins loisible d’adopter, pour la réalisation ou la conciliation d’objectifs de nature constitutionnelle, des modalités nouvelles dont il lui appartient d’apprécier l’opportunité et qui peuvent comporter la modification ou la suppression de dispositions qu’il estime excessives ou inutiles ; que, cependant, l’exercice de ce pouvoir ne saurait aboutir à priver de garanties légales des exigences de caractère constitutionnel ;

7. Considérant qu’il incombe au législateur d’exercer pleinement la compétence que lui confie la Constitution et, en particulier, son article 34 ; que le plein exercice de cette compétence, ainsi que l’objectif de valeur constitutionnelle d’intelligibilité et d’accessibilité de la loi, qui découle des articles 4, 5, 6 et 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, lui imposent d’adopter des dispositions suffisamment précises et des formules non équivoques ;

8. Considérant qu’aux termes de l’article L. 111-7 du code de la construction et de l’habitation : « Les dispositions architecturales, les aménagements et équipements intérieurs et extérieurs des locaux d’habitation, qu’ils soient la propriété de personnes privées ou publiques, des établissements recevant du public, des installations ouvertes au public et des lieux de travail doivent être tels que ces locaux et installations soient accessibles à tous, et notamment aux personnes handicapées, quel que soit le type de handicap, notamment physique, sensoriel, cognitif, mental ou psychique, dans les cas et selon les conditions déterminées aux articles L. 111-7-1 à L. 111-7-3. Ces dispositions ne sont pas obligatoires pour les propriétaires construisant ou améliorant un logement pour leur propre usage » ; que le premier alinéa de l’article L. 111-7-1 du même code confie à des décrets en Conseil d’État le soin de fixer les modalités relatives à l’accessibilité aux personnes handicapées prévue à l’article L. 111-7 que doivent respecter les bâtiments ou parties de bâtiments nouveaux ;

9. Considérant que, d’une part, il est loisible au législateur de prévoir, s’agissant des logements destinés à l’occupation temporaire ou saisonnière dont la gestion et l’entretien sont organisés et assurés de façon permanente, qu’un décret en Conseil d’État, pris après avis du Conseil national consultatif des personnes handicapées, fixe les exigences relatives à l’accessibilité prévue à l’article L. 111-7 et aux prestations que ces logements doivent fournir aux personnes handicapées ; que, par suite, le législateur n’a méconnu ni l’étendue de sa compétence, ni les exigences découlant des dixième et onzième alinéas du Préambule de 1946 ; qu’en conséquence, l’article 20 de la loi déférée n’est pas contraire à la Constitution ;

10. Considérant que, d’autre part, pour les bâtiments et parties de bâtiments nouveaux, l’article 19 n’habilite pas le pouvoir réglementaire, comme il l’a fait à l’article 20, à fixer les exigences relatives à l’accessibilité que ceux-ci devraient respecter ; qu’aux termes des dispositions de cet article 19, dont la portée n’est pas éclairée par les travaux parlementaires, le législateur a confié au pouvoir réglementaire le soin de « fixer les conditions dans lesquelles des mesures de substitution peuvent être prises afin de répondre aux exigences de mise en accessibilité » prévues à l’article L. 111-7 ; qu’en adoptant de telles dispositions, qui ne répondent pas à l’objectif d’intelligibilité et d’accessibilité de la loi, le législateur n’a pas précisément défini l’objet des règles qui doivent être prises par le pouvoir réglementaire pour assurer l’accessibilité aux bâtiments et parties de bâtiments nouveaux ; que le législateur a ainsi méconnu l’étendue de sa compétence ; que, par suite, l’article 19 de la loi est contraire à la Constitution ;

--------------------------------------------- Commentaire :

Le Conseil constitutionnel vole au secours des handicapés Les Sages ont invalidé un article de loi voté à la fin du mois de juin qui autorisait des dérogations à l’obligation de rendre accessibles les bâtiments publics neufs D’ici 2015, la totalité des lieux recevant du public devront être accessibles aux personnes handicapées. Telle était la promesse faite par la loi sur le handicap, votée en 2005. A 4 ans de l’échéance, des bâtiments sont aux normes, et les tentatives de déroger aux obligations d’accessibilité universelle s’empilent les unes aux autres. Dernière en date : l’article 19 de la loi Paul Blanc, adopté à la fin du mois de juin, autorisant la construction de bâtiments neufs et non accessibles aux handicapés. Un article contraire à la Constitution, selon le Conseil constitutionnel qui l’a retoqué jeudi 28 juillet. C’est la quatrième fois en l’espace de deux ans qu’est annulée une disposition législative ou réglementaire visant à introduire des dérogations à l’accessibilité. « Il est évident que les parlementaires reviendront à la charge », note Jean-Marie Barbier, président de l’Association des paralysés de France (APF), très vigilant. « La loi de 2005 est une loi de société. On est entrain de la déshabiller de cet aspect-là Au mois de juin, le sénateur UMP Eric Doligé avait rédigé un rapport dans lequel il proposait de changer la définition même de l’accessibilité. Plutôt que de donner aux personnes handicapées la possibilité d’occuper un bâtiment exactement comme un valide, ainsi que le prévoyait la loi de 2005, le parlementaire s’était prononcé pour un accès à toutes les fonctions du bâtiment en tolérant que les personnes handicapées n’aient pas accès à toutes les surfaces. Un changement de taille qui, selon Jean-Marie Barbier revient à faire passer les handicapés par le monte-charge ou le local poubelle. « Nicolas Sarkozy a demandé au sénateur Doligé de faire de son rapport une loi », se désole Jean-Marie Barbier, prêt à se battre. Unjournée nationale d’action est prévue le 27 septembre pour dire non aux dérogations et oui à l’accessibilité universelle. La pétition du même nom a déjà recueilli plus de 24.000 signatures en l’espace de quelques mois.

source : Plus d’infos sur le site Des bâtons dans les roues. > Vendredi 29 Juillet 2011>

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