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Bulletin 14 du 1er juillet 2011

Table des matières :

Bulletin CFPSAA Infos 2011-14

1)- ÉDITORIAL

Je vous retrouve avec grand plaisir en ce début d’été, beaucoup de sujets sont abordés dans ce bulletin, je souhaite que chacune et chacun d’entre vous y trouve des informations qui l’intéressent.

Avant toute autre chose, je vous rappelle que la CFPSAA a pris la décision de tenir à Paris le 26 novembre prochain « les Etats Généraux de la Déficience Visuelle » auxquels vous êtes très cordialement invités à participer. Notez dès à présent cette date sur votre agenda, même si elle peut vous paraître encore bien loin, et aidez-nous à réussir cette journée qui n’atteindra son but que si vous repartez avec l’impression d’avoir pu nous donner votre avis sur les sujets abordés, nous faire part de vos attentes, critiques et suggestions constructives que nous écouterons avec la plus grande attention. Dès à présent, nous travaillons à l’organisation de cette rencontre, la dernière remonte à décembre 2004, nous nous étions alors retrouvés plusieurs centaines d’abord à l’UNESCO puis dans le froid pour une manifestation devant le Ministère de la Santé. Nous espérons faire aussi bien et vous donnerons de plus amples informations dans un très prochain bulletin.

Je reviens maintenant sur le « plan déficients visuels » que le Président de la République Nicolas SARKOZY a évoqué comme une avancée dans le discours qu’il a tenu devant les participants à la Conférence Nationale du Handicap le 8 juin dernier, ce qui, vous l’imaginez, nous a beaucoup surpris. Le 17 juin, nous recevions de Thierry DIEULEVEUX, Secrétaire Général du Comité Interministériel du Handicap, un bilan du plan déficience visuelle que vous trouverez en pièce jointe, ainsi qu’une invitation à participer à une réunion sur ce sujet le 6 juillet prochain. La CFPSAA analyse actuellement ce document et prépare une réponse sur les différents points évoqués, vous la trouverez dans le prochain bulletin d’information. Notre communiqué « Xavier BERTRAND et Gilbert MONTAGNE privés de gâteau » (Bulletin d’information n° 2011/12), paru dans le quotidien « Le Monde » du 2 juin et relayé sur de nombreux sites internet et listes de discussions a été assez visible et a suscité d’assez nombreuses réactions parmi lesquelles celle de Gilbert MONTAGNE lui-même que vous trouverez dans ce bulletin. Dès que j’en ai eu connaissance, j’ai joint Gilbert par téléphone, et malgré une conversation de plus de vingt minutes, nous n’avons pu tomber d’accord. Sans entrer dans le détail de nos tumultueux échanges, je dirai seulement que j’ai toujours reconnu et souvent souligné publiquement son engagement à nos côtés, il a toujours répondu favorablement lorsque nous l’avons sollicité pour participer à telle ou telle manifestation, soutenir telle ou telle action, et il est loin d’être étranger à l’aboutissement de plusieurs de nos demandes. Force est cependant de constater qu’étant chargé de suivre l’application du plan déficients visuels, il n’a pu obtenir les résultats escomptés, ce qu’il n’a d’ailleurs pas contesté. Il estime avoir été « courageux » en quittant à l’UMP un poste « honorifique » qui ne lui permettait pas d’imposer mais seulement de proposer. Le courage aurait été, selon moi, d’utiliser la tribune de Secrétaire en charge du handicap pour crier haut et fort les raisons de son départ, au risque de déplaire en hauts lieux ! Est-ce « un souci d’honnêteté et de liberté » que de se taire ? Pour terminer sur ce point, je vous invite à vous reporter à notre bulletin d’information n° 2008/17 du 4 juin 2008, vous y trouverez notamment la lettre adressée par nous au Premier Ministre pour déplorer que le CNPSAA n’ait pas été convié à assister à la présentation du plan dans les locaux de CECIA, nous nous engagions par ailleurs à « nous saisir des propositions gouvernementales et à les étudier très attentivement dans un esprit constructif ». Je n’ai non plus jamais parlé de « coquille vide », ni trouvé les revendications de Gilbert « utopiques » sauf lorsqu’il réclamait, il y a bien longtemps, des inscriptions en braille sur les passeports ! si certains « ont la mémoire un peu trop courte », d’autres pêchent par un excès d’imagination, je ne me sens pas concerné et ose croire qu’après ce qui n’est qu’un incident de parcours, nous resterons unis pour faire avancer la cause des déficients visuels.

Plus que jamais, à l’issue de la Conférence Nationale du Handicap du 8 juin dernier, nous aurons bien besoin de toutes nos forces, de conserver l’espoir et de croire au possible pour nous faire entendre par les Pouvoirs Publics. Le discours du Président de la République et la présence de onze ministres ne nous ont pas réellement convaincus d’une volonté forte de la part du Gouvernement de progresser beaucoup d’ici la fin du quinquennat.

- Des sujets aussi importants que l’abolition des barrières d’âge ou la prise en compte des aides domestiques pour l’attribution de la PCH, la situation des personnes lourdement handicapées, les difficultés budgétaires des établissements, l’application de la Convention de l’ONU sur les droits des personnes handicapées, ont été passés sous silence ;

- Les engagements pris, pour être crédibles, devront être précisés. Il en va ainsi notamment : de la création de mille places par an durant trois ans dans les Entreprises Adaptées, alors que 500 places ont été supprimées en 2011 ; de la renégociation de l’article 3 du projet de décret sur la RSDAE qui accordait aux représentants de l’Etat des pouvoirs exorbitants en matière d’attribution de l’AAH, article pour l’instant « suspendu » mais non totalement supprimé comme nous le demandions ; de la mise en place d’un réel statut pour les Auxiliaires de vie Scolaire. D’autres engagements figurent dans le dossier de presse de la CNH qui n’a hélas pas été remis à tous les participants à l’issue de la conférence. Une version en format inaccessible est sur le site du Ministères des Solidarités et de la Cohésion Sociale, nous avons dû réclamer un document lisible par nous qui nous est parvenu en début de semaine dernière, il est un peu long pour figurer dans ce bulletin mais nous vous l’adresserons sur simple demande. Pour conclure sur ce point, sachez que nous avons obtenu un rendez-vous avec Marie-Anne MONTCHAMP dans les premiers jours de septembre pour faire le point avec la Secrétaire d’Etat sur l’avancement de nos différentes demandes. Par ailleurs, un Comité de Suivi de la CNH va être constitué sous l’autorité de Thierry DIEULEVEUX, nous y prendrons toute notre part. Enfin, le rapport que le Gouvernement doit soumettre au Parlement sera examiné par le CNCPH à la rentrée, nous en reparlerons.

Depuis notre dernier bulletin, j’ai eu beaucoup de plaisir à participer à Clermont-Ferrand au congrès annuel de la FAF, le sujet abordé cette année était la prise en charge des personnes âgées déficientes visuelles. Des intervenants de qualité ont notamment abordé le thème de la bientraitance dans les établissements d’accueil, ou celui des aménagements spécifiques à apporter dans les maisons recevant des handicapés visuels. Lors de son Assemblée Générale, la FAF a adopté un projet associatif innovant et actuel. Je remercie son Président Vincent MICHEL de m’avoir invité à participer à ces travaux.

Le 23 juin, s’est tenu le Conseil Consultatif des Voyageurs Handicapés de la RATP, en présence de son Président Pierre MONGIN. Lors de son intervention, celui-ci nous a assuré de sa volonté de maintenir un personnel formé dans chacune des stations afin d’assurer la l’accueil et la sécurité des voyageurs. Dans ma réponse, j’ai insisté sur la spécificité du handicap visuel et sur les aménagements à apporter sur le réseau du métro qui, s’il ne peut être totalement accessible aux handicapés en fauteuil, peut le devenir pour nous.

Différents documents de ce bulletin vous permettront de constater : l’inquiétude des départements sur le financement de la PCH, nous la partageons et l’évoquerons lors du prochain Conseil de la CNSA dont le mandat du Directeur, Laurent VACHEY, contre toute attente, vient de ne pas être renouvelé. Nous ne comprenons pas les raisons de cette décision brutale de l’Etat. En revanche, Véronique DUBARRY se félicite du versement par l’Etat d’une somme importante dont il était redevable envers la MDPH de Paris. Le sujet de l’exception aux droits d’auteur est abordé, dans son aspect international par Francis BOE qui vient de nous représenter lors d’une importante conférence à Genève la semaine dernière. Un article du journal « Le Monde » est, à juste titre très élogieux sur le livre publié par notre ami Hamou BOUAKKAZ « Aveugle, arabe et homme politique », actuellement en cours d’adaptation par différentes bibliothèques sonores. Des annonces à caractères culturel sont bienvenues en ce début d’été, alors que les vacances s’approchent.

Je vous souhaite bonne lecture de tout cela et vous retrouverai avant la fin juillet.

Philippe CHAZAL

Président de la CFPSAA

2)- BILAN DU PLAN « HANDICAP VISUEL » 2008-2011

2-A)- INTRODUCTION

2ème Conférence nationale du handicap, 8 juin 2011.

Pour une société inclusive pour tous et à tous les âges de la vie.

Le plan « Handicap visuel » 2008-2011 : « Pour une intégration pleine et entière des personnes aveugles et malvoyantes à la vie de la Cité ».

Aujourd’hui, la France compte 1,7 million de déficients visuels : près de 3 français sur 100 sont ainsi confrontés à des problèmes de vision. Parmi eux, 207 000 sont malvoyants profonds et aveugles. En outre, 30% des déficients visuels souffrent d’un polyhandicap ou d’un trouble associé.

La prévalence du handicap visuel ne devrait pas faiblir dans les années à venir, car elle est très fortement liée à l’âge. Ce sont ainsi près de 20% des personnes âgées de 85 à 89 ans qui connaissent une déficience visuelle grave. Elles seraient 38% à partir de 90 ans. La moitié des déficients visuels sont des personnes âgées de plus de 60 ans.

C’est dans ce contexte qu’a été adopté, le 2 juin 2008, le plan en faveur des déficients visuels. Il fait l’objet d’un suivi par un comité de pilotage placé sous l’égide du secrétaire général du Comité interministériel du handicap et mobilise les administrations concernées. L’ambition de ce plan est de permettre aux personnes déficientes visuelles, dans la continuité des principes énoncés par la loi du 11 février 2005, d’exercer l’ensemble des droits reconnus à tous les citoyens : le droit de vivre dignement avec le handicap (axe 1), le droit de vivre de façon autonome (axe 2) et le droit de vivre pleinement sa citoyenneté (axe 3).

Eléments de bilan :

2-B)- AXE 1 : VIVRE DIGNEMENT AVEC LE HANDICAP

Afin d’accompagner les personnes déficientes visuelles et leurs familles avant et après l’annonce du handicap, il est nécessaire de mieux connaitre pour mieux dépister les troubles de la vision. En effet, le handicap visuel surgit principalement aux deux extrémités de la vie, mais le dépistage reste insuffisant en maternité ou dans la petite enfance, ou encore en maison de retraite.

Améliorer le dépistage (mesures 1 et 3) passe par des examens simples, réalisables par le médecin de l’enfant. Les anomalies sont alors pour la plupart réversibles à condition de mettre en place un traitement durant les toutes premières années de la vie. Dans ce but un guide pratique, « Dépistage des troubles visuels chez l’enfant » a été élaboré par la Société Française de Pédiatrie sous l’égide de la Direction Générale de la Santé et diffusé à près de 20 000 exemplaires aux pédiatres libéraux et hospitaliers, aux médecins de PMI, aux CAMSP, aux SESSAD, aux associations de formation des médecins.

L’élaboration de ce guide, en 2009, a été accompagnée de celle d’un DVD conçu pour accompagner la formation des formateurs. Par ailleurs, pour guider les pratiques professionnelles, une page spécifique du carnet de santé a été ajoutée à l’examen du 2ème mois de l’enfant incitant au repérage des signes précoces des troubles sensoriels. Ce nouveau carnet de santé et l’incidence sur les pratiques professionnelles ont été évalués :

73% des médecins remplissent systématiquement ce feuillet

17% des médecins interrogés déclarent réaliser dorénavant cet examen de l’œil alors qu’ils ne le réalisaient pas auparavant.

Les médecins chargés du suivi des personnes âgées sont également sensibilisés au repérage des facteurs de fragilités de la personne dans la cadre du deuxième plan bien vieillir. D’ores et déjà, un guide pratique (mesure 3) « Quand la malvoyance s’installe – Guide pratique à l’usage des adultes et de leur entourage » a été élaboré en 2008 par l’INPES. Il dispense des conseils, illustrés de témoignages et de schémas, aux malvoyants et à leur entourage pour diverses situations de la vie courante. Ce guide est particulièrement adapté au public visé et respectueux des particularités de chaque personne. Les soignants y trouvent aussi des conseils utiles dans la prise en charge des malvoyants. Ce guide a reçu le prix « Prescrire 2009 » et a été diffusé à 100 000 exemplaires dont 80 000 sur commande.

Des recommandations sur le dépistage de la rétinopathie diabétique (mesure 2) ont été publiées par la Haute autorité de santé en octobre 2010 et en mars 2011. Une note de cadrage concernant la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) a été validée en décembre 2010, et des recommandations devraient l’être publiées par la Haute autorité de santé en décembre 2011. Celle-ci mène actuellement un travail sur l’annonce des pathologies au long cours, incluant l’annonce et l’accompagnement de la déficience visuelle. L’annonce du handicap est également abordée dans le guide cité plus haut.

Mieux communiquer sur les troubles de la vision (mesure 3) est également un élément important de ce plan. Ainsi, le site du ministère chargé de la santé ainsi que le site Orphanet, qui constitue une base nationale pour les maladies rares, recensent dorénavant les centres nationaux de référence des anomalies rares de la vision et les centres de compétence régionaux. La Haute autorité de santé a élaboré un guide de prise en charge du syndrome d’Usher, qui paraitra en septembre 2011 (mesure 2).

Le plan prévoit aussi de renforcer l’offre en établissements et services spécialisés afin d’améliorer la prise en charge des personnes aveugles ou malvoyantes avec des handicaps associés (mesure 6).

Au 31 décembre 2010, plus de 400 places ont été autorisées pour les déficients visuels et 90% de ces places ont d’ores et déjà été installées, dont plus de la moitié sous la forme de SESSAD.

Dans le cadre du schéma « Handicap rare » (mesure 6), un groupe de travail a également été mis en place par la caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) afin définir l’implantation d’établissements et services spécialisés pour les personnes aveugles ou malvoyantes avec un handicap associé, de manière à proposer une prise en charge sur tout le territoire. L’Association nationale des centres régionaux pour l’enfance et l’adolescence inadaptée (ANCREAI) s’est vue confier la mission d’élaborer, en lien avec les professionnels des handicaps rares, une cartographie dynamique des ressources existantes sur ces handicaps dans l’inter région grand Est (Alsace, Lorraine, Bourgogne, Franche-Comté et Champagne-Ardenne). Ce travail devrait permettre d’élaborer une méthodologie de repérage des ressources disponibles.

La prise en charge des personnes âgées qui deviennent malvoyantes doit également être améliorée. Un groupe de travail a ainsi été mis en place pour adapter le contenu des formations à la rééducation en locomotion et aux activités de la vie journalière aux besoins spécifiques de ces personnes âgées devenues malvoyantes (mesure 18). Le personnel des maisons de retraite, notamment les instructeurs en locomotion et en activités de la vie journalière, devrait également être renforcé (mesure 7).

Des actions importantes ont été conduites depuis 2008 en direction de l’édition adaptée (mesure 8). Ainsi, l’exception au droit d’auteur et aux droits voisins en faveur des personnes handicapées prévue par la loi dite DAVDSI a été mise en place par les administrations concernées et les partenaires, et le décret du 19 décembre 2008 est venu en préciser les modalités d’application de la loi.

Dans ce cadre, 44 structures, majoritairement associatives, ont d’ores et déjà été habilitées à adapter des documents, dont 14 ont également reçu l’habilitation pour recevoir directement les fichiers sources des éditeurs via la plateforme « Platon », mise en place par la Bibliothèque nationale de France fin mars 2010. Selon les organismes habilités, les transcriptions ont été multipliées par quatre depuis la mise en œuvre de cette exception handicap. 25 000 demandes de fichiers sources ont été formulées en 2010, et les éditeurs respectent globalement le délai de transmission qui leur a été imparti par la loi.

Un comité de suivi chargé de coordonner l’adaptation et la transcription des documents scolaires dans des délais compatibles avec la rentrée scolaire a été mis en place (mesure 8). Il associe les ministères de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, du travail, et l’Institut national des jeunes aveugles (INJA). La mission nationale de transcription et d’adaptation des documents scolaires confiée au service Edition adapté du Centre régional de documentation pédagogique du Nord Pas de Calais a été renforcée et ses moyens accrus dans le cadre d’une convention signée au mois de novembre 2009. Ce service a en outre été chargé de la transcription des documents officiels du ministère en charge de l’éducation nationale. Il assure également l’adaptation des sujets d’examens pour les académies. Le logiciel libre de transcription et détranscription « NATbraille », qui a reçu un soutien financier du ministère chargé de l’éducation nationale, permet de transmettre aux personnes non-voyantes et braillistes un document numérique originellement en noir sous la forme d’un document en braille, sous format papier ou électronique. Ce logiciel permet, dans le sens inverse, de récupérer un fichier saisi en braille électronique et de le traiter afin d’en proposer une version consultable en noir à l’écran. L’intérêt pédagogique est avéré pour les élèves et les étudiants braillistes, leurs familles et leurs enseignants.

Par ailleurs, dans un souci d’améliorer la qualité des documents transcrits en braille, la Commission d’évolution du braille français, reconstituée en 2009, a entrepris une réforme du braille abrégé, outil fondamental pour une scolarité longue.

La scolarisation et l’orientation professionnelle des jeunes aveugles est un pas essentiel vers plus d’autonomie (mesure 9). En effet, plus de 5 400 enfants et adolescents déficients visuels sont scolarisés, à la rentrée 2010-2011, dans les établissements scolaires et les unités d’enseignement des établissements médico-sociaux (4 236 sont scolarisés individuellement en classe ordinaire, 444 dans un dispositif collectif d’intégration – CLIS, ULIS – 713 dans les établissements médicosociaux). A ce titre, 287 postes d’enseignants spécialisés premier et second degré pour l’enseignement aux élèves déficients visuels étaient recensés en 2009-2010.

Pour faciliter l’accès des étudiants aveugles dans d’enseignement supérieur (mesure 10), les ministères chargés des personnes handicapées et de l’enseignement supérieur ont signé en septembre 2007 la Charte Université – Handicap, avec la Conférence des Présidents d’université. Cette charte est désormais mise en œuvre dans toutes les universités de France, permettant de proposer aux étudiants aveugles ou malvoyants les aides dont ils ont besoin. Lors des réunions de rentrée, les étudiants sont informés de l’existence de la structure d’accueil des étudiants handicapés qui existe dans toutes les universités, informations reprises sur le site de chaque établissement et sur le site Handi-U.

L’accès à l’emploi des personnes déficientes visuelles fait l’objet d’actions prévues par le pacte national pour l’emploi lancé en 2008 (mesure 11). Ainsi, 2 300 personnes déficientes visuelles sont prises en charge par Cap emploi chaque année. L’AGEFIPH a également mis en place d’importantes mesures de sensibilisation, notamment par son site internet, qu’elle a rendu accessible. Par exemple, un cahier spécial « recruter et accompagner un collaborateur déficient visuel » a été publié en avril 2011, visant à informer les entreprises et les services publics sur l’évolution des technologies et les possibilités d’aides humaines pour faciliter le recrutement ou le maintien dans l’emploi des personnes handicapées.

L’AGEFIPH exerce également des activités d’adaptation des situations de travail (520 personnes en 2010), de préparation à l’emploi (160 personnes en 2010) et des prestations ponctuelles spécifiques visant le développement de l’autonomie de la personne (1 250 personnes en 2010). Parallèlement, une centaine de déficients visuels par an créent leurs entreprises avec l’aide de l’AGEFIPH.

Enfin, une étude expérimentale est par ailleurs en cours afin de mettre en place les modalités permettant d’effectuer un diagnostic de situation professionnelle visant à conforter l’adaptation à l’emploi de personnes déficients visuelles. Le but est d’anticiper les évolutions pour faciliter la pérennisation de l’emploi des personnes ayant un handicap visuel.

2-C)- AXE 2 : VIVRE DE FAÇON AUTONOME

Se mouvoir en toute sécurité est une dimension essentielle de l’autonomie des personnes déficientes visuelles. L’un des objectifs du plan est donc de renforcer tout au long de la vie professionnelle la formation aux spécificités de l’accessibilité du cadre bâti, du tissu urbain, des transports afin d’améliorer la qualité de l’accessibilité pour les personnes déficientes visuelles.

Des modules sur l’accessibilité (mesure 12) ont donc été introduits en formation initiale pour les professionnels de l’architecture et du cadre bâti, ainsi que pour tous les professionnels de l’aménagement (designers d’objets, créateurs industriels…). Un référentiel de formation a été élaboré par un groupe de travail interministériel, fixant les références communes à la formation à l’accessibilité du cadre bâti aux personnes handicapées, lequel a été notamment diffusé aux écoles du ministère de la culture et de la communication. Un plan de formation continue à la mise en conformité du cadre bâti a également été mis en place (450 professionnels ont été formés au cours de six séminaires et quatre ateliers). Un dispositif de formation (mesure 13) a également été mis en place dans le secteur des transports ou encore le manuel du chef de chantier a été actualisé par le CERTU en 2010.

Des actions de sensibilisation, d’information et de formation ont reposé sur :

- les journées territoriales de l’accessibilité organisées en 2010 dans chaque département afin de sensibiliser les acteurs locaux à la mise en accessibilité de la cité.

- le site Internet du ministère du développement durable tenu par la Délégation ministérielle à l’accessibilité (DMA,) la mise à disposition d’un ensemble de guide, plaquettes et fiches, dont celles rédigées par le Centre d’Etudes sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques (CERTU) dans sa collection une voirie pour tous.

- l’organisation de 200 sessions en 2009 et 170 en 2010, organisées par les directions départementales des territoires (et de la mer) à destination des collectivités locales.

De plus, une brochure « Chiens guides et chiens d’assistance : un atout au quotidien » (mesure 5), élaborée conjointement avec la CFPSAA, a fait l’objet d’une publication à l’occasion de la conférence nationale du handicap de juin 2008.

Des initiatives ont été mises en place pour faciliter la mobilité des personnes aveugles ou malvoyantes (mesures 12 et 14). La SNCF a ainsi mis en place le service Accès Plus pour les personnes handicapées. Les agents ont été formés aux problématiques liées à l’accessibilité, et un mémento du voyageur handicapé précisant l’accessibilité des gares a été diffusé.

Les deux grands opérateurs de transport que sont la SNCF et la RATP ont mis en place un dispositif de formation consacré à la prise en compte de tous les handicaps à destination des aménageurs, comprenant des modules particuliers consacrés à la déficience visuelle.

L’ensemble des nouveaux matériels roulants, acquis par les opérateurs de transport, doivent répondre aux normes d’accessibilité. A ce titre, ils sont équipés d’un système d’annonce sonore du prochain arrêt. A titre d’exemple, la totalité du matériel roulant de la ligne B du RER est équipée de systèmes d’annonces sonores, 69% pour la ligne A, 100% pour les lignes 1 et 14 du métro et 17% des lignes 2 à 13.

2-D)- AXE 3 : VIVRE PLEINEMENT SA CITOYENNETÉ

L’article D. 61-1 du code électoral prévoit que « Les techniques de vote doivent être accessibles aux personnes handicapées, quel que soit le type de ce handicap. Le président du bureau de vote prend toute mesure utile afin de faciliter le vote autonome des personnes handicapées ». De plus, depuis 2003, la mise en place de machines à voter ne doit pas bien sûr pas faire obstacle à ce que les personnes aveugles ou malvoyantes aient accès au droit de vote en toute autonomie. Une étude pour mesurer le caractère effectif de la mise en œuvre de cette règlementation et en tirer les conséquences est en cours (mesure 19).

L’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (télévision, cinéma, téléphone, internet) constitue une priorité de ce plan (mesures 21 et 22). Dans ce cadre, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a signé, en décembre 2008, une charte de l’audio-description dont l’objectif est de constituer un cadre de référence pour les professionnels, avec des règles très complètes de qualité et de déontologie. Conformément à la loi du 5 mars 2009, le CSA a introduit une proportion de programmes audio-décrits dans ses contrats d’objectifs et de moyens avec les différentes chaines de télévision. Ainsi, TF1, Canal Plus et M6 devront audio-décrire au moins un programme inédit par mois en 2011 et au moins un programme inédit par semaine en 2013. TMC, qui vient de dépasser 2,5% d’audience, devra commencer à diffuser des programmes en audio-description dès 2011 pour atteindre un programme par mois en 2013. France Télévisions s’est engagée à diffuser d’ici 2012 au moins un programme audio-décrit par soirée. Un Comité de suivi de l’accessibilité des programmes télévisuels à destination des personnes souffrant de déficit auditif ou visuel a également été créé en 2010 par le CSA.

Concernant le cinéma, le Centre national du cinéma et de l’imagerie animée (CNC) joue un rôle moteur dans l’équipement des salles en audio-description. Un plan d’aide au diagnostic a ainsi été mis en place en 2009 concernant la création et la modernisation des salles, incitant à l’équipement en audio-description. De la même manière, le CNC veille à ce que l’audio-description fasse partie intégrante des fichiers contenus dans le master numérique, ce qui permettra à la vidéo à la demande d’être accessible.

Le ministère de la culture et de la communication (MCC) est lui aussi très engagé dans cette démarche d’accès à l’audio-description, puisqu’il prévoit d’éditer, avec le CNC, un guide pratique d’information « Cinéma et Handicap ». En outre, le MCC pilote actuellement le plan de numérisation des salles et du patrimoine, qui prévoit l’accessibilité des salles et des œuvres au public déficient visuel.

L’accès aux sites internet constitue une condition indispensable pour que les personnes handicapées puissent vivre pleinement leur citoyenneté. La loi du 11 février 2005 rend obligatoire l’accessibilité des sites internet publics aux personnes handicapées. Ce chantier de la mise en accessibilité de l’ensemble de sites web de l’Etat a progressé au cours de ces trois dernières années. Même s’il ne sera pas achevé dans les délais impartis pour beaucoup de sites, de nombreuses démarches constructives ont été mises en œuvre. En ce sens, le référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA) est élaboré et mis en ligne à la disposition de tous les utilisateurs publics. Ainsi, un Groupe d’Etude des Marchés (GEM) a été constitué afin de favoriser le respect des normes du RGAA dans les marchés publics, en instaurant une clause d’accessibilité lors de la création ou de la refonte de sites Web. Le GEM associe plusieurs ministères (finances, cohésion sociale), des professionnels, des associations et les partenaires institutionnels concernés.

Enfin, la création d’une direction interministérielle des systèmes d’information et de communication de l’Etat est de nature à coordonner le pilotage de la mise en accessibilité des sites internet, pour les prochaines étapes.

3)- LA FÉDÉRATION DES AVEUGLES DE FRANCE S’INTERROGE SUR LA STRATÉGIE D’EFFET D’ANNONCES QUI A CLÔTURÉ LES TRAVAUX DE LA CNH

La campagne électorale serait-elle lancée ?

Près de 150 personnes aveugles et handicapées visuelles ont répondu hier à l’appel de la Fédération des Aveugles de France à se rassembler dans la dignité pour remettre une lettre ouverte au Président de la République.

Ce rassemblement, qui s’est déroulé en marge de la Conférence Nationale du Handicap, visait à exprimer le mécontentement sur la politique du handicap menée depuis 2007 et la mise en œuvre du Plan Handicap Visuel 2008-2011.

Dans son discours de clôture, le Président de la République présente ce Plan comme porteur d’améliorations conséquentes dans la vie quotidienne des personnes déficientes visuelles alors que l’ensemble des associations du secteur le dénonce comme une coquille vide.

En matière d’emploi, le chômage touche 50% des personnes déficientes visuelles. Cités en modèle, les CAP EMPLOI, structures chargées d’accompagner les personnes handicapées dans leur recherche d’emploi, souffrent cependant d’une faiblesse de moyens et d’un manque de formation de leurs équipes qui les conduit fréquemment à rediriger leur public vers les associations.

En matière d’accessibilité, alors que la loi du 11 février 2005 fixe au 1er janvier 2015 l’échéance pour la mise en accessibilité des établissements recevant du public, l’amendement du Sénateur Paul Blanc qui vise à prolonger « sine die » l’absence d’obligation d’accessibilité pour les bâtiments neufs, est maintenu.

En matière d’éducation, alors que le Plan Handicap Visuel prévoit que l’ensemble des départements dispose à terme d’un service d’aide à l’acquisition de l’autonomie et à l’intégration scolaire (SAAAIS), cet objectif est loin d’être atteint.

La FAF dénonce le décalage persistant entre les discours et la réalité que connaissent les personnes aveugles et déficientes visuelles dans leur vie quotidienne et s’interroge sur une stratégie d’effet d’annonces. Ainsi, le taux de 50% d’entreprises qui auraient atteint le quota d’emploi de personnes handicapées alors que ce résultat repose sur l’annulation des catégories de handicap qui réduit tous les degrés d’invalidité à un même niveau. Ou encore, le déblocage d’un montant de 150 millions d’euros sur 3 ans pour améliorer l’accessibilité des écoles, alors qu’avec près de 60.000 établissements ce montant correspond à peine à 800€ annuel !

La FAF déplore qu’à leur sortie, ni le Président de la République, ni les membres du gouvernement présents n’aient « vu » les dizaines de cannes blanches levées en guise d’appel.

4)- DROIT DE RÉPONSE DE GILBERT MONTAGNÉ À LA TRIBUNE CFPSAA DU 30 MAI 2011

Mesdames et Messieurs,

C’est tout simplement dans un souci de transparence que je prends le droit de répondre à la Tribune CFPSAA du 30 Mai 2011 dans laquelle mon nom est cité.

J’ai eu le plaisir d’élaborer le plan déficience visuelle avec la précieuse et indispensable collaboration de mon ami Patrick Segal, et ce, à la demande de Monsieur Xavier Bertrand.

Les 22 mesures qui composent ce plan ont été fondées sur une étude sérieuse et novatrice des besoins et attentes pressenties de la population visuellement handicapée dont je fais partie depuis ma naissance.

Dès la présentation de ce plan, Monsieur le Ministre et moi même avions convié le CNPSAA avec à sa tête Monsieur son Président Philippe Chazal qui considérait dès le départ ce plan comme une coquille vide. A présent je ne peux m’empêcher de sourire à la lecture de cette Tribune de lire Monsieur Chazal s’écriant du fait que ce plan ne soit pas encore appliqué.

Dans sa grande déception Monsieur le Président omet de préciser (ne serait-ce que dans un élan d’objectivité) qu’une fois ce plan élaboré ; je ne pouvais être en mesure de l’imposer n’étant ni Ministre ou encore moins Secrétaire d’Etat.

Sachez que je regrette également à ce jour que notre plan reste en grande partie dans les tiroirs mais contrairement à Philippe Chazal, je demeure encore habiter par l’espoir. C’est cet espoir, cette conviction en la force de ne jamais cesser de croire au possible, qui ont forgé ma vie et mes quarante ans de carrière médiatique.

Je peux dire aujourd’hui que dès le début de mon accès aux médias (tremplin que j’ai franchi seul) j’ai eu bien peu de soutien, de chaleur de considération de ceux de qui j’attendais tellement ; je veux parler d’un certain nombre de déficients visuels. A présent, je ne leur en veux pas du tout. Je me suis toujours battu et je continuerai d’ailleurs à le faire envers tous ceux qui nous pensent encore dans les ténèbres afin que contre toute attente, nous soyons enfin en pleine lumière.

Je tiens à rappeler à ceux dont la mémoire serait un peu trop courte, qu’il y a 30 ans ; j’ai été le premier aveugle et ce sans titre ni couronne à crier le besoin que nous avions de disposer de feux sonores au même titre qu’un peu plus tard, je dénonçais déjà le coût prohibitif des aides techniques.

A cette époque, que disaient les associations ? Je me souviens, d’ailleurs, que Monsieur le Président du CNPSAA trouvait mes revendications un tantinet utopique, tout comme le jour où dans les médias j’ai osé avancer l’idée, jusqu’alors impensable, que les déficients visuels puissent enfin accéder aux d.a.b. de façon autonome.

Je me suis battu pour cela pendant 15 ans !

J’ai œuvré, malgré tout, pour que le CNPSSA soit présent à mes côtés dès que l’une des firmes constructrices d’automates bancaires m’eût laissé entrevoir la possible accessibilité vocale de leur machine.

Quant à l’audio description ... j’ai beaucoup aimé le "pour être honnête" de Monsieur Chazal.

En effet, si l’audiodescription était déjà entreprise depuis une dizaine d’années grâce à l’excellent travail de Patrick Saonit et de son équipe au sein de l’AVH ; il s’avère qu’il fallait déflorer le sujet au sens large du terme et c’est pourquoi j’ai, au cours de l’élaboration du plan handicap visuel, pris attache avec les différentes hautes instances télévisuelles qui entendaient parler pour la toute première de l’audiodescription.

Tf1 et le Csa, en la personne de leurs Présidents, ont tenu à assister à une projection que j’ai souhaitée dans les locaux de l’AVH afin de rendre hommage au travail déjà accompli duquel ils ont été très impressionnés. C’est à partir de ce jour qu’il a été porté au cahier des charges du CSA l’intelligente obligation pour les chaînes faisant de plus de 2 % d’audience ; d’audiodécrire leurs programmes grand-public.

Par ailleurs, si j’ai pris la décision en Août 2010 de démissionner de ma fonction de Secrétaire National en charge de l’handicap auprès de l’UMP c’est que je n’étais pas en position d’imposer mais de proposer.

Je ne me dédouane donc, en aucune façon, de quoi que ce soit, et bien au contraire, dans un souci d’honnêteté et de liberté que les membres dirigeants de la majorité présidentielle comprennent tout à fait ; je resterai en droite ligne à la recherche d’idée innovante pour notre communauté.

Enfin, devrais-je vous rappeler que j’ai toujours su être à vos côtés pour avoir mis en place la gratuité des renseignements téléphoniques, l’installation des factures Edf en braille, l’étiquetage en braille de certaines bouteilles, vous soutenir dans le conflit au sujet des retraites et tout récemment mon implication pleine et entière dans l’accessibilité vocale des décodeurs Orange-TV fin 2011.

Alors d’accord ! Le temps pour célébrer quelque anniversaire n’est pas encore là... mais dans l’immédiat, j’ai tout de même envie de me faire plaisir et renvoyer ce fameux gâteau (dont je devrais être privé) sur le visage de l’incompréhension et de la méchanceté.

La cécité la plus grave n’est-elle pas celle de l’esprit ?

GILBERT MONTAGNÉ

5)- CONTENTIEUX ÉTAT-MDPH : LETTRE DE VÉRONIQUE DUBARRY

Courrier envoyé aux membres de la CDA et de la Comex de la MDPH de Paris :

Bonjour,

C’est avec une grande satisfaction que je vous informe du versement par les services de l’Etat de la somme qui était due à la MDPH au titre des dettes cumulées sur les exercices 2008 et 2009.

Cette action contentieuse se solde enfin par le versement sur le compte de la MDPH d’une somme de 878 004,89 €. La somme initialement due était de : 855 065,33 €, auxquels s’ajoutent des intérêts (liés au retard de paiement) pour un montant de 22 939,56 €.

C’est la procédure de demande de paiement sans ordonnancement déposée auprès du service de contrôle budgétaire et comptable ministériel qui a abouti.

Je pense sincèrement que cette action étaient vraiment opportune et, à Paris, je tiens particulièrement à le souligner (car ce n’est pas le cas partout), cette action a été soutenue par nos interlocuteurs territoriaux DIRECTE et DDCS qui n’ont jamais contesté ni la réalité ni le montant de cette dette.

Comme je m’y suis engagée, le produit de ce contentieux permettra notamment de financer la mise en œuvre d’une Gestion Electronique des Documents au sein de la MDPH.

Par ailleurs, il est presque certain que nous allons percevoir, dès la fin du mois de juin, 70% de la participation financière de l’Etat due au titre de l’exercice 2011, le solde devant nous être versé en fin d’année.

Je ne peux que me réjouir de voir enfin régularisées les conventions financières qui nous lient aux services de l’Etat.

Très cordialement,

Véronique Dubarry

Adjointe au Maire de Paris en charge des personnes en situation de handicap

Présidente de la MDPH 75

6)- LETTRE D’HENRI EMMANUELLI AU DIRECTEUR DE LA CNSA CONCERNANT LA PCH

Henri Emmanuelli, Député, Président du Conseil Général des Landes, Direction de la Solidarité Départementale, écrit à Monsieur Laurent VACHEY, Directeur de la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie.

Le 2 7 avril 2011.

Objet : Prestation de Compensation du Handicap

Monsieur le Directeur,

Je viens attirer votre attention sur la difficulté dans laquelle sont les Conseils généraux, et en particulier le Conseil général des Landes, du fait de la non-compensation par la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie, des dépenses de Prestation de Compensation du Handicap.

La Prestation de Compensation du Handicap a été créée par la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Mise en œuvre depuis le 1er janvier 2006, cette prestation a indéniablement représenté une amélioration pour la qualité de vie de milliers de personnes handicapées, qui peuvent désormais bénéficier d’une aide humaine, d’une aide technique, d’un aménagement de leur logement ou de leur véhicule, d’une aide animalière ou d’autres types d’aides.

La montée en charge importante de cette prestation démontre qu’elle répond à un besoin. Dans les Landes le nombre de bénéficiaires est passé de 79 en janvier 2007, à 309 en janvier 2008, 448 en janvier 2009 et 613 à la fin de l’année 2010.

En parallèle de l’augmentation du nombre de bénéficiaires, la dépense pour le Conseil général connu une forte hausse, passant de 697 771 € en 2006 à 5 833 738 € en 2010. Mais, face à cette montée en puissance de la prestation, l’État ne respecte pas ses engagements.

La loi du 11 février 2005 prévoit à son article 56 que la Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie a pour missions le « financement de l’accompagnement de la perte d’autonomie [...] des personnes handicapées, à domicile et en établissement, dans le respect de l’égalité de traitement des personnes concernées sur l’ensemble du territoire. »

Néanmoins la CNSA ne remplit pas cette mission : sa contribution au Département des Landes pour le financement de la PCH n’évolue pas en fonction des besoins des personnes handicapées et des dépenses qu’ils génèrent.

Comme le montre le tableau ci-dessous, chaque année l’écart grandit entre les dépenses liées à l’accompagnement de la perte d’autonomie des personnes handicapées et le financement de la CNSA. En 2010, l’apport de la CNSA n’a représenté que 43,6% de la dépense de PCH. Sur la période 2006-2010, la CNSA a accumulé une dette auprès du Département des Landes de 5 795 222 €.

Dépenses de PCH pour le Conseil général des Landes et financement de la CNSA, 2006-2010.

Voici respectivement pour chaque année les dépenses PCH, le financement CNSA et la couverture CNSA :

2006 : 697 771 euros ; 2 227 000 euros ; 319,2%

2007 : 2 863 672 euros ; 2 387 584 euros ; 83,4%

2008 : 4 260 412 euros ; 2 800 262 euros ; 65,7%

2009 : 5 025 198 euros ; 2 925 648 euros ; 58,2%

2010 : 5 833 738 euros ; 2 545 076 euros ; 43,6%

Total : 18 680 791 euros ; 12 885 569 euros ; 69%

Cette situation devient insupportable pour le Département.

La Prestation de Compensation du Handicap est une prestation de solidarité nationale, et son financement relève de l’Etat. Aussi, je vous demande de faire en sorte que la CNSA compense intégralement les dépenses de PCH pour le Département des Landes.

Je vous informe que si ce n’est pas le cas, les finances départementales ne pourront plus supporter une telle charge.

Dans l’attente de la suite que vous donnerez à cette demande, je vous prie de croire, Monsieur le Directeur, à l’assurance de ma considération distinguée.

Henri EMMANUELLI Président du Conseil général

7)- ACTUALITÉ DU HANDICAP DU 1er MAI AU 15 JUIN

7-A)- AUGMENTATION DE L’AAH

Dix semaines après la date d’application prévue (et déjà effective pour les paiements effectués par les Caisses d’Allocations Familiales), le > décret relatif à l’augmentation de l’Allocation aux Adultes handicapés pour 2011 est paru au Journal Officiel. (http://www.legifrance.gouv.fr/affic...).

Le montant mensuel de l’AAH est porté à 727,61€ à compter du 1er avril 2011, et atteindra 743,62€ le 1er septembre 2011. Le montant des compléments n’évoluent pas : 179,31€ pour le complément de ressources, inchangé depuis janvier 2007, et 104,77€ au titre de la majoration pour la vie autonome, immuable depuis janvier 2008.

7-B)- CNH, RÉACTIONS

Au lendemain de la Conférence Nationale du Handicap, la Fédération pour l’Insertion des personnes Sourdes et Aveugles en France (FISAF) déplore de n’avoir "pas eu les réponses attendues en matière d’emploi et d’insertion professionnelles" ; elle dénonce "une limitation arbitraire du nombre de certaines prestations ponctuelles spécifiques ou PPS", la suppression du financement de prêt d’aides techniques adaptées pour les personnes en formation, et une politique qui "remet en cause l’emploi des personnes en situation de handicaps sensoriels". L’APAJH (Association pour Adultes et Jeunes Handicapés) estime de son côté que la Conférence a été "amplement détournée au profit d’objectifs électoraux", et considère que le "discours du Président de la République traduit une vision de la réalité bien éloignée de la situation". L’UNAPEI relève "Une impulsion nouvelle qui laisse encore place à la circonspection dans sa mise en œuvre", et s’inquiète "de l’absence de mesures concernant les personnes handicapées vieillissantes actuellement dans l’impasse". Dans un communiqué commun, les fédérations syndicales CFDT, CGT, UNSA, FSU, estiment que les "300 préconisations contenues dans le rapport du CNCPH, pour lesquelles les organisations syndicales se sont investies, n’ont pas fait l’objet de réponse lors de cette conférence".

7-C)- 2ème CONFÉRENCE NATIONALE

La seconde édition de la (triennale) Conférence Nationale du Handicap s’est déroulée à Paris, au Centre Georges Pompidou. Dans son discours de clôture, le Président de la République a annoncé le retrait d’une disposition introduite dans un décret et qui donnait aux représentants de l’État la majorité des voix lors de l’attribution en commission de l’Allocation aux Adultes Handicapés. "Nous recruterons dès la rentrée 2011 des auxiliaires de vie scolaire plus nombreux, mieux formés, mieux payés et disposant de véritables perspectives de carrière, a ajouté Nicolas Sarkozy. A chacun d’eux, nous proposerons une vraie formation leur permettant d’assumer leur responsabilité au contact des enfants et un véritable contrat d’assistant d’éducation". Enfin, il a annoncé la mobilisation par le Fonds d’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique ( F.I.P.H.F.P) de 150 millions d’euros sur trois ans pour financer l’accessibilité des écoles de la fonction publique, financer l’aménagement de postes de travail et l’accessibilité des sites Internet publics. Organisée en présence de 11 ministres sous la forme de table-rondes thématiques sans questions posées par le public, cette conférence a réuni près de 800 participants. Lire également ce Focus.

7-D)- MENDE SE VISITE

Chef-lieu du département de la Lozère, Mende propose désormais aux déficients visuels un parcours de visite adaptée des sites et bâtiments de la ville. Avec un audioguide descriptif et un carnet de dessins en couleurs et relief, les visiteurs suivent un parcours historique et patrimonial, qui les conduit à la fontaine du Griffon, devant la maison de Mandrin, au Lavoir des Calquières, à la Cathédrale dont l’intérieur est détaillé, et auprès d’autres monuments. La brochure "Mende, Guide pratique 2011" est disponible en braille et gros caractères, les guides-conférenciers et les personnels de l’ Office de tourisme ont été formés à l’accueil des publics handicapés visuels par l’association Braille & Culture, dans le cadre du projet "Massif Central au bout des doigts". Renseignements : Office de Tourisme Intercommunal Mende, Cœur de Lozère, Place du Foirail, 48000 Mende. Tél. 04.66.94.00.23.

7-E)- AVEUGLE OUBLIÉ DANS UN TGV

Pour la deuxième fois en quelques mois, le jeune musicien aveugle Alexis Munoz a été oublié dans un train. C’était le 2 mai dernier. Selon les faits qu’il rend public aujourd’hui, il effectuait un trajet Bayonne-Auxerre via Paris, et c’est à l’arrivée du TGV en gare Montparnasse qu’aucun agent d’assistance n’est venu le chercher. Alexis Munoz avait pourtant utilisé le service dédié aux voyageurs handicapés, Accès Plus, pour organiser son voyage, mais en l’absence d’employés et de toute autre personne, il s’est retrouvé enfermé deux heures dans le train acheminé sur une voie de garage jusqu’à ce qu’un agent d’entretien le découvre. La SNCF affirme avoir ouvert une enquête, alors que le voyageur a l’intention d’intenter une action symbolique en justice à l’encontre de la compagnie ferroviaire. Le retard dans l’intervention des personnels d’assistance est un souci assez fréquent dans les gares parisiennes, mais il est rare qu’un passager soit ainsi oublié.

7-F)- PÉDAGOGIE À ANGERS

Après avoir lancé une information multi-handicap consultable en ligne, Angers Loire Métropole organise des parcours pédagogiques adaptés pour découvrir et utiliser le nouveau tramway urbain. Réalisée par des professionnels locaux des déficiences sensorielles, ces demi-journées de sensibilisation visent les personnes mal ou non-voyantes. Les matinées des 21 et 24 juin puis des 1er et 7 juillet seront consacrées aux particularités de la circulation du tramway avec accompagnement par des rééducateurs en locomotion. Inscription auprès d’ Accès-Cité (Catherine Courand) ou au 02.41.73.56.10.

7-G)- L’ÉTAT DOIT PAYER LES AVS

Le Conseil d’État rappelle, par deux arrêts qui viennent d’être publiés, que le financement par l’État des heures d’accompagnement d’un élève handicapé par un Auxiliaire de vie scolaire doit respecter la décision prise par la Maison Départementale des Personnes Handicapées. Le Conseil d’État rejette les pourvois formés par le Ministre de l’éducation nationale contre deux décisions du Tribunal Administratif de Rennes en faveur des jeunes Lubin A. et Hannah A. Les magistrats ont rappelé dans leurs arrêts que l’accompagnement par AVS des élèves handicapés tel qu’inscrit dans la loi portait à la fois sur les activités scolaires et périscolaires.

7-H)- CARREFOUR REFOULE UN AVEUGLE

Un homme aveugle âgé de 24 ans, Nicolas Karasiewish, a raconté sur Grand Lille TV comment un vigile de l’hypermarché Carrefour d’Euralille lui a interdit d’entrer, deux jours plus tôt. Il lui était reproché le risque de nuire au bon fonctionnement du magasin, dont la direction a précisé qu’il n’y avait pas de personnel pour accompagner un client aveugle venant faire ses achats. La police n’a pas accepté le dépôt par la victime d’une plainte pour discrimination, mais seulement une main-courante, renvoyant la victime auprès du Procureur de la République.

7-I)- RAPPORT AU CNCPH

Le rapport d’activité 2010 du Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées (CNCPH) est publié en ligne, quelques semaines avant la Conférence Nationale du Handicap. S’il voit quelques avancées depuis 2009 dans la politique gouvernementale, celles-ci sont généralement modérées de lacunes. Le CNCPH relève notamment le piètre fonctionnement des Commissions Communales ou Intercommunales d’Accessibilité, l’absence de Schémas Directeurs d’Accessibilité des transports dans plus de la moitié des collectivités locales assujetties, le "manque d’accompagnement, de soutien et de portage publics". Le CNCPH formule 120 propositions en matière d’accessibilité au sens large, des préconisations sur les autres domaines de sa compétence. Il s’inquiète également de l’absence de réunion du Comité Interministériel du handicap depuis son installation en avril 2010, qui n’avait d’ailleurs rassemblé que peu de ministres parmi tous ceux qui en sont membres.

7-J)- JOURNÉE DE LA FONCTION PUBLIQUE

Le Gouvernement a organisé une journée de l’emploi dans la fonction publique, l’État ayant annoncé son intention de recruter 7.000 travailleurs handicapés et d’élaborer une législation plus contraignante pour les administrations. Pour améliorer le quota d’emploi, le ministre de la fonction publique, Georges Tron, appelle les fonctionnaires à faire reconnaître leur handicap pour disposer d’aides matérielles, d’adaptation de postes de travail, etc. Si l’ensemble des trois fonctions publiques emploient 3,99% de travailleurs handicapés, ce taux n’est que de 3,09% dans les services de l’État contre 4,83 dans les hôpitaux et 4,86% pour les collectivités territoriales, soit environ 200.000 agents. Dans un communiqué, la Fédération Syndicale Unitaire ( FSU) qualifie cette journée de "trompe-l’oeil", relevant son caractère unilatéral et l’absence d’association des syndicats de fonctionnaires, et soulignant des "résultats mitigés" en matière d’emploi, la crainte des agents d’être pénalisés dans leur évolution de carrière, l’opacité de fonctionnement du Fonds d’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées dans la Fonction Publique ( F.I.P.H.F.P) et les transferts de charges imposés par l’État.

7-K)- ENTENDRE LE MUSÉE DE L’ÉCOLE

Le Musée de l’école rurale en Bretagne est désormais visitable avec un audioguide descriptif. Installé à Trégarvan près de Brest (Finistère), dans l’ancienne école communale centenaire, il plonge le visiteur dans l’histoire de l’instruction publique en zone rurale durant la Troisième République, en parcourant salle de classe, exposition sur l’affrontement entre langue bretonne et française ou l’enseignement public et religieux, appartement reconstitué de l’institutrice. L’audioguide décrit les différentes pièces et salles du musée, avec les commentaires de la conservatrice, Monique Rogé, et de l’animatrice du patrimoine, Katell Lecoq, complétés de témoignages d’anciens écoliers. Cet audioguide a été réalisé par une jeune entreprise locale, Histoire de son.

7-L)- CHOSSY EN MISSION, SUITE

Jean-François Chossy abandonne aujourd’hui son mandat de député UMP de la Loire pour poursuivre durant six mois supplémentaires la mission que lui a confiée le Premier ministre sur le "changement de regard" (lire l’Actualité du 5 novembre 2010). Le rapport demandé ne devrait toutefois pas être présenté lors de la prochaine Conférence Nationale du Handicap, le 8 juin prochain, mais probablement au début du mois de juillet. Le député a réalisé 280 heures d’audition de personnalités diverses.

7-M)- TACTILE AU LOUVRE

Le musée du Louvre expose une nouvelle collection de copies d’oeuvres pouvant être touchées au sein de sa galerie tactile. Sur le thème de l’enfance, 18 reproductions de statues ou bas-reliefs sont proposées, représentant les diverses époques et créateurs, du marbre romain du Ier-IIe siècle "L’Enfant à l’Oie" à "La Fillette aux nattes" de Jacques Saly (1717-1776). Les reproductions sont réalisées en résine, plâtre ou terre cuite, et exposées dans une salle équipée d’un plan tactile, de cartels braille et grands caractères avec morceau du matériau d’origine, et d’un guidage alliant podotactile et main courante pour une visite en autonomie par les visiteurs aveugles. Un audioguide disponible à la location décrit les pièces présentées. La galerie tactile est installée dans l’aile Denon du musée du Louvre, sa précédente collection s’apprête à être exposée dans des pays d’Afrique subsaharienne.

7-N)- ÉPICURE AU TRIBUNAL

Le Tribunal de Grande Instance de Toulouse (Haute-Garonne) a débouté l’association Epicure dans le premier des six procès qu’elle a engagé contre le repreneur des établissements pour déficients visuels qu’elle administrait avec une Société d’Economie Mixte Locale ( lire cet article). Le centre de formation aux métiers de l’hôtellerie et la clinique de rééducation de la basse vision pourront continuer leurs activités transférées à l’association Agir Soigner Eduquer Insérer ( ASEI) à la demande de l’Agence Régionale de Santé. Epicure demandait à la justice la récupération des bâtiments, tout en laissant aux collectivités locales la charge de rembourser seules l’emprunt afférent à leur construction.

7-O)- TROYES EN BRAILLE

Après les visites visioguidées en Langue des Signes Française ou adaptées aux personnes à mobilité réduite, l’Office de Tourisme de Troyes en Champagne propose une version braille de la brochure "Carte de visites Troyes en Champagne" ( lire ce reportage). Elle présente les incontournables de la cité "en forme de bouchon de champagne" : histoire et grandes heures, personnages, églises, architecture, musées... Cette brochure est disponible sur réservation téléphonique préalable dans les deux bureaux de l’Office de Tourisme, 16 boulevard Carnot (03 25 82 62 70) et Accueil centre-ville, rue Mignard (03 25 73 36 88).

Publié avec l’aimable autorisation du magazine des personnes handicapées www.yanous.com

8)- UN TRAITÉ MONDIAL POUR l’AMÉLIORATION DE L’ACCÈS À LA LECTURE POUR LES PERSONNES DÈFICIENTES VISUELLES OU AYANT UN HANDICAP DE LECTURE

EXCEPTIONS ET LIMITATIONS EN MATIERE DE DROITS D’AUTEURS, IMPORT/EXPORT entre pays de même langue.

Par Francis BOE - Mai 2011.

8-A)- PRÉSENTATION ET SITUATION

Nous connaissons tous la situation en France. Après des années de discussions, de démarches, de réflexions, de travaux,…une loi, celle du 1er Août 2006 voyait le jour : en résumé elle prévoit l’exception aux droits d’auteurs et un accès aux « fichiers sources » des éditeurs. La BNF est désignée pour la mise en place des dispositifs, des procédés, et des réseaux agréés pour en bénéficier. Il a fallu attendre 3 ans (décembre 2008) pour voir la parution des décrets d’application.

Il est impossible de tout reprendre ici mais on peut retrouver l’ensemble de la loi et des décrets sur les sites internet de lois et décrets ou du gouvernement.

Notons seulement que : les fichiers doivent être exploitables (par qui ? : les éditeurs ou les organismes habilités à faire de la transcription ?)

Un problème demeure au niveau des livres scolaires : étant donné le contenu, dans chaque livre, d’un grand nombre de photos, de schémas, de graphiques, etc.…, il y aura toujours un gros travail d’adaptation à réaliser par du personnel qualifié pour cette tache.

Des organisations doivent être agrées, telles que des associations ou organismes publics ou privés. Chaque demande est examinée par un comité, afin d’en délivrer, si c’est le cas, un agrément avec engagement contractuel, avec des clauses restrictives de diffusion, bien évidemment.

Maintenant si on parle de traité mondial discuté à l’OMPI (Organisation Mondiale de la Protection Intellectuelle, une des commissions de l’ONU à Genève), qu’en est-il ?

Objectif du traité :

L’objectif de ce traité proposé par l’Union Mondial des Aveugles (UMA) pour améliorer l’accès des Déficients Visuels et autres personnes incapables de lire les imprimés.

Les 2 éléments principaux de la proposition sont les suivants :

1-Fournir une norme minimale nationale dans chaque pays du monde, en ce qui concerne les limitations et exceptions pour les aveugles et les personnes déficientes visuelles. Cela permettrait la production de documents adaptés en format accessible dans tous les pays du monde.

Une loi n’existe actuellement que dans une soixantaine de pays.

2-Permettre et encourager l’importation et l’exportation internationale des œuvres protégées en format accessible (actuellement le format DAISY est certainement le plus souhaitable).cela permet d’éviter la reproduction en format accessible de deux versions du même livre dans deux pays qui parlent la même langue. Par exemple, si un livre en français est rendu accessible en France, le traité permettrait qu’il soit partagé au Sénégal ou au Maroc.

Déroulement du travail de l’UMA à l’OMPI :

Historiquement l’UMA a travaillé sur ces questions à l’OMPI depuis dix ans. En mai 2009 le Brésil, l’Equateur, et le Paraguay, présentent la proposition de traité de l’UMA lors du comité permanent des droits d’auteurs et des droits connexes à l’OMPI (SCCR).

Depuis, 3 réunions du comité par an (SCCR) ont lieu et débattent de ce traité.

Nous sommes en 2011 et enfin au dernier SCCR 21 de novembre 2010, après de multiples et complexes discussions, avec des propositions complémentaires et parfois divergentes, une feuille de route a été acceptée enfin, pour tenter d’en voir l’aboutissement. L’objectif étant de parvenir à un consensus le plus tôt possible, sur un document commun mondial qui devrait pouvoir s’appliquer aux 187 pays participants à ce travail. Mais à l’OMPI rien n’est simple, il y a maintenant 4 propositions sur la table : le traité proposé par l’UMA, une proposition par les pays africains, une proposition de l’Union Européenne, et une proposition des Etats-Unis.

Loi contraignante ou pas ? Quel instrument législatif ? :

Un autre sujet de divergence important : le document final doit-il être « un traité contraignant » ou « une simple recommandation » ? L’Union Européenne et les Etats-Unis souhaitent que tout instrument retenu par l’OMPI soit non-contraignant. Presque tous les autres pays en voie de développement soutiennent la proposition du traité soumis par l’UMA.

Représentation des ONGs à l’OMPI :

Participent également à titre d’observateurs et d ‘experts consultables, une soixantaine d’ONGs et d’organismes ou organisations représentatives (Associations de DV, représentants de syndicats des éditeurs, des réalisateurs et diffuseurs de documents adaptés, etc….).

L’UMA est donc présente et la France y est représentée par la CFPSAA (Confédération Française pour la Promotion Sociale des Aveugles et des Amblyopes). La CFPSAA suit de près ces travaux avec Sylvain NIVARD, Alain LEQUEUX et moi-même.

Des rencontrent sont en cours avec différents représentants des ministères des Affaires Sociales, des Affaires Etrangères, ainsi qu’avec le cabinet du Ministre de la Culture et Alain Lequeux et Sylvain Nivard.

Personnellement je participe au SCCR à l’OMPI à Genève aux 2 réunions annuelles depuis 1 an ½ et y représente la CFPSAA qui a une accréditation, en collaboration avec l’UMA.

Feuille de route pour les négociations à suivre :

La feuille de route établie le 12 juin dernier indique un calendrier dans l’avancement des travaux afin de parvenir à un consensus dès 2012 et envisager une réunion diplomatique pour signature :

- Juin 2011 : définir un calendrier et mettre en avant les points de différences et de convergences pour les rapprocher et trouver un accord. Pour cela il est décidé de rajouter 3 jours de réunion de plus, car une semaine est devenue trop juste.

- Septembre 2011 : Assemblée Générale de l’OMPI : faire des propositions de décisions sur les recommandations du SCCR.

- Novembre 2011 : intégrer les 3 jours supplémentaires (pour avancer plus vite et rechercher des consensus sur des points précis.)

- Mai/Juin 2012 : continuer les travaux, faire une première proposition finale du document à arrêter.

- Septembre 2012 : Assemblée Générale de l’OMPI : Décision finale sur les recommandations et limitations pour l’école, l’enseignement, les bibliothèques et les archives pour les personnes ayant une incapacité de lecture.

- Ensuite convocation d’une réunion diplomatique pour signature.

Conclusion :

Des différences entre certains pays, pour des raisons d’enjeux politiques, économiques, ou autres, existent encore d’une manière forte, ce qui bloque et empêche des décisions rapides et l’accès à un consensus.

Mais gageons que la raison l’emportera sur ces enjeux et qu’une solution sera enfin arrêtée pour le bien des personnes empêchées d’accéder à un « droit fondamental » tel que l’accès à la lecture, à la connaissance, à la culture, à la communication…

Ne pouvant pas entrer plus dans les détails ici, je vous propose de retrouver le traité intégral, les comptes-rendus du SCCR de l’OMPI et divers autres documents plus complets sur les sites suivants :

- OMPI –SCCR

- UMA

- UEA

- KEOLINE

- BNF

- Sites du Gouvernement…

- Sites des lois et décrets…

Pour des informations complémentaires vous pouvez joindre :

Sylvain NIVARD : nivard@fr.ibm.com

Alain LEQUEUX :alequeux@wanadoo.fr

Francis BOE : francis.boe@free.fr

8-B)- RÉUNION DU 13 AVRIL AU PARLEMENT EUROPÉEN À BRUXELLES

Tout ce qui vient d’être dit nous montre bien la nécessité de mettre en place un outil qui nous parait devoir être contraignant, international en matière d’exceptions et de limitations et d’import /export en précisant les formats à adapter (DAISY en particulier).

L’Europe a proposé une plateforme pour « aller plus vite », et surtout elle ne veut pas d’un traité « contraignant ».

Au Parlement Européen, certains parlementaires (plus de 100) ont signé une lettre en faveur du traité), l’UMA et l’UEA font des travaux remarquables pour faire avancer notre demande.

Le 13 avril dernier, une réunion était organisée par Luigi Berlinguer, Eva Lichtenberger et Francisco Sosa Wagner sur le thème : « l’accès à la culture et le droit de lire pour les déficients visuels, exceptions et limitations aux droits d’auteurs, avec le regard des éditeurs, de l’éducation et des bibliothèques, pour les personnes ayant un handicap de lecture », au Parlement Européen en présence de nombreux représentants d’associations et d’organismes concernés (plus de 100 personnes présentent) en vue de la réunion des parlementaires devant avoir lieu début mai sur le thème : « Book Famine ». Je crois plus intéressant de rapporter ici les différentes interventions plutôt qu’un résumé général et succin, pour mieux se rendre compte de la position de chacun :

- Présentation par Luigi Berlinguer (Député Européen (Italie) :

La dénomination de « Book famine » désigne bien à elle seule la situation alarmante.

Rappelons que 5% de la production totale est accessible et dans les pays pauvres c’est 1/500ème de la production !

Au niveau politique, il y a les éditeurs et les états, ensuite il faut distinguer les imprimeurs et internet.

Et enfin les droits d’auteurs qui sont différents pour le livre imprimé et pour internet.

Enfin il faut dire que pour la propriété intellectuelle l’exception et la limitation constitue la base de la légitimité.

Il ne faut pas croire que nous voulons enfreindre les droits d’auteurs, il n’est pas question de les supprimer, au contraire mais nous voulons trouver une solution pour que les déficients visuels aient accès aux documents et aux livres comme tout le monde, c’est « un droit fondamental reconnu ».

- Adam KOSA (Président Disability Intergroup –Copyright and disabled people’s rights) :

La recherche de solution est de permettre un accès égalitaire à la lecture quelque soit la condition ou la situation de la personne. C’est pourquoi un intergroupe du Parlement Européen se penche sur le handicap (plus de 100 parlementaires) qui a un rôle de suivi et de coordination. Par contre depuis 2008 il n’y a pas eu de nouvelle directive.

L’Union Européenne a ratifié la convention de l’ONU sur les droits des personnes handicapées, sans être suivi d’effet…il y a une sorte d’inertie.

- Benjamin White (IFLA-The case for Education and Librairies) :

Il faut développer notre aide pour les pays en voie de développement, avec un accès aux droits humains. Les instruments doivent avoir un aspect humanitaire obligatoire.

L’instrument juridique est nécessaire, toute autre législation n’existe pas si elles n’ont pas une contrainte obligatoire.

Nous sommes dans une mondialisation, il nous faut donc avoir nécessairement un instrument juridique international afin de faciliter l’import et l’export de livres et de documents. Je ne comprends pas le blocage du panel de l’OMPI.

- Rappel de Luigi Berlinguer : « le droit à la lecture est un droit fondamental »

- Wolfgang Angermann (UEA) :

C’est une véritable « famine ».Les partis des états doivent prendre toutes les mesures pour exercer leur droit dans tous les domaines, y compris dans la recherche de formats qu’il faudra choisir.

Il faut demander de fournir des moyens accessibles et conviviaux.

Nous ne demandons pas une faveur, mais seulement de pouvoir exercer notre droit à la lecture, à l’enseignement, à la culture…C’est pourquoi nous demandons aux politiques de nous aider.

- Lord Colin Low of Dalston (UEA) :

Nous ne voulons pas gagner, il n’y a pas de combat, nous voulons seulement que les personnes déficientes visuelles, ainsi que toute personne empêchée de lire (par un handicap), puissent acquérir un droit afin d’être comme les autres.

Le traité OMPI permettrait la diffusion d’un livre sans passer par l’éditeur, nous ne sommes pas un lobby qui cherche à supprimer les droits d’auteurs. L’E.U. et la France se sont opposées à cette démarche, une législation plus souple est souhaitée. Pourquoi ? Dans quel but ? Nous ne sommes pas d’accord pour une simple recommandation. Nous pensons que tous les Pays doivent avoir une même démarche.

Il est donc indispensable d’obtenir un traité pour le bien de tous.

- David Hammestein (Transantlantic Consumer Dialogue) :

300 millions de personnes déficientes visuelles dans le monde, on parle de l’accès, de droits fondamentaux, de pleine inclusion, alors pourquoi en est-on encore à la pénurie, à la famine. On veut seulement légitimer les droits d’auteurs en matière d’adaptation.

La Commission Européenne ne défend pas particulièrement les éditeurs, mais elle ne défend pas non plus les ayant-droits atteints d’un handicap de lecture.

Nous voulons aussi un format adapté. Les éditeurs font du blocage et veulent une solution non contraignante, c’est inadmissible.

Je rappelle que l’UE et l’ONU ont signé la reconnaissance des droits fondamentaux.

- Intervention de la salle :

Représentants des éditeurs et auteurs (européens) : Nous avons signé un accord pour la plateforme européenne parce que nous sommes d’accord sur les limitations et les exceptions.

Cette proposition de l’UE donne une solution rapide intermédiaire.

- C.Friend (USA) : Il y a des interventions, des pressions, pour qu’il n’y ait pas des contraintes par peur de perdre les droits d’auteurs, mais au contraire, un outil juridique apporterait un contrôle, un encadrement.

C’est une sécurité.

La plateforme européenne arrange peut-être les européens, mais fait fi des autres pays, ce n’est pas concevable.

- Quatraro (Italie) : Il faut des formats accessibles, il ne suffit pas de diffuser, il faudra définir les formats afin de permettre de les utiliser, quelque soit d’ailleurs le handicap : visuel, auditif, relevant de la dyslexie, IMC…

- Malika Benarab-Attou (Députée Européenne- France) :

Le traité, ce n’est pas un texte … mais une nécessité.

Au niveau de la France nous avons remis une lettre signée de plusieurs parlementaires français à Mr Mitterrand , ministre de la culture (française), pour lui apporter des informations et lui demander de prendre une positon en faveur de ce traité qui nous parait indispensable, même pour le France.

(Madame Benarab-Attou est partisane du traité, elle est un appui important pour nous .Elle nous soutient dans notre démarche, et milite, nous lui en sommes très reconnaissants et la remercions).

(reprise des interventions)

- Sosa Wagner (Députée Européenne) :

Comment se fait-il que notre problème ne soit pas encore réglé. Il faut absolument que nous parvenions à un accord et à une réglementation qui entre dans les droits fondamentaux qui sont d’ailleurs à rappeler dans les textes européens, et rapidement, il y a urgence.

- Lueder (représentant de la Commission Européenne) :

La commission européenne ne veut pas s’opposer mais elle doit tenir compte des marchés publics.

D’ailleurs un protocole a été mis en place : si un produit est sur le marché légal, il doit pouvoir être accessible.

Ce qui est vrai pour l’UE doit l’être dans tous les pays.

- Dan Pescod (UEA) :

L’intérêt des relations avec la commission européenne de l’UE ne règle pas le problème mondial. Il nous faut aller vers l’international pour parvenir à nos objectifs. On ne peut pas rester sur notre propre interne. Il est indispensable d’arriver à un accord juridique contraignant et de l’espérer pour juin prochain.

Conclusion :

Luigi Berlinguer :

Il ressort de la nécessité d’un large accès aux livres et documents adaptés, qu’ils soient disponibles et accrus.

Nous retenons l’idée d’un texte qui doit être une loi contraignante

Le parlement européen va jouer son rôle, nous devons poursuivre dans le sens d’un traité (contraignant), la commission doit prendre l’initiative et trancher.

Nous voulons nous montrer déterminé, cohérent, et saisir les idées pour parvenir à un résultat concret et rapide.

Confronté aux droits fondamentaux nous devons agir dans ce sens en respectant notre rôle et nos limites, le plus rapidement possible.

Depuis, une réunion parlementaire a eu lieu sur le thème de « Book famine » en début Mai : il semble que beaucoup de Parlementaires vont dans notre sens et nous soutiennent, puisque la Commission Européenne a adopté un amendement en faveur de notre traité à l’OMPI dans un rapport qui s’intitule : « libérer le potentiel des industries culturelles et créatives », donc le Parlement Européen soutient officiellement ce traité.

Ce qui est important et rassurant… et un signe optimiste.

Pour ce qui de la position de la France, il semblerait que l’on s’orienterait vers le traité en même temps que le développement de la plateforme (pas l’un sans l’autre !).Mais comme je l’ai dit plus haut, des contacts étant en cours, nous attendrons ces rencontres pour donner de plus amples informations, ainsi qu’après la réunion du SCCR22 - OMPI.

La prochaine réunion du SCCR(22) se tiendra à l’OMPI à Genève du 15 au 24 juin 2011.

Nous attendons beaucoup de cette réunion !

A suivre…….de près !

9)- 20 ANS DE PROGRÈS EN OPHTALMOLOGIE

Propos recueillis à l’occasion d’une conférence donnée par le Professeur Jean-Louis Dufier au Comité AVH de Dreux.

9-A)- POSITION DU PROBLÈME

Entretien

L’histoire récente de l’ophtalmologie est une succession d’innovations technologiques… Il faut savoir s’en réjouir, sans minimiser le chemin qu’il reste à parcourir pour faire reculer la malvoyance et la cécité.

« L’ophtalmologie a fait des progrès considérables tant en termes de moyens qu’en termes de résultats, explique le Professeur Jean-Louis Dufier, et il est important de garder en mémoire ces avancées souvent spectaculaires afin d’une part de nous réjouir des progrès dont nous profitons tous, voyants, malvoyants et non-voyants, et d’autre part de regarder avec confiance vers l’avenir qui nous promet, en particulier grâce à la recherche en thérapie génique, de nouvelles victoires dans notre combat contre la malvoyance et la cécité. »

Les progrès depuis 20 ans ? Ils sont innombrables en ophtalmologie. Qui se souvient par exemple des conditions d’intervention sur la cataracte dans les années 80 ? En deux décennies, on est passé d’une intervention chirurgicale difficile et à risques à l’opération la plus gratifiante pour le patient et son ophtalmologiste depuis l’introduction des cristallins artificiels, et la plus pratiquée en France (600 000 interventions par an).

Tous les domaines relevant du champ de l’ophtalmologie, depuis les techniques d’examen pour la prévention ou le soin, jusqu’au traitement des maladies cécitantes en passant par la correction de la vue, la microchirurgie..., ont bénéficié des innovations technologiques de ces 20 dernières années. Le Professeur Jean-Louis Dufier dresse pour le Valentin Haüy Actualités un panorama de ces avancées et de ces perspectives.

Valentin Haüy Actualités (VHA) : Que peut-on dire des progrès réalisés dans le domaine de l’ophtalmologie depuis 20 ans ?

Professeur Jean-Louis Dufier (Pr JLD) : L’ophtalmologie est certainement la discipline qui a le plus et le plus tôt bénéficié de tous les progrès qui ont bouleversé notre existence depuis 20-30 ans. Je pense en particulier aux progrès liés à l’optique, à la physique, à la pharmacologie et à la recherche génétique. L’ophtalmologie a été très en pointe pour bénéficier des applications de ces nouvelles technologies.

VHA : Quels sont ces principaux progrès et qui en a bénéficié ?

Pr JLD : Nous en avons tous bénéficié, voyants, malvoyants ou non-voyants. Mais d’abord je rappellerai les principales avancées techniques dans les différents domaines que j’ai cités, en commençant par l’optique.

9-B)- L’OPTIQUE

Les lunettes : onnues depuis des siècles, elles ont gagné de façon remarquable en précision et en confort depuis l’apparition des verres progressifs. Ces verres permettent, quand on est presbyte, de mettre au point automatiquement : la transition entre vision de loin et vision de près est invisible, la vision intermédiaire est rétablie. C’est un ingénieur d’optique français, Bernard Maitenaz, qui a le premier mis au point ces verres i à présent utilisés dans le monde entier. La presbytie est désormais compatible avec la plupart des métiers et le confort des presbytes, qui sont de plus en plus nombreux du fait de l’allongement de l’espérance de vie, s’en trouve grandement amélioré.

Les lentilles de contact : il est tout à fait judicieux d’adapter un petit lenticule sur la cornée de manière à modifier la valeur optique de l’œil. C’est une alternative au port des lunettes intéressante chez les myopes, mais aussi chez les astigmates et les hypermétropes. Il existe même aujourd’hui des lentilles de contact bifocales pour la presbytie. Par rapport aux lunettes, les lentilles permettent, outre leur confort et leur utilité dans certaines activités - le sport par exemple - d’avoir un bien meilleur champ visuel.

Des progrès considérables ont été faits dans le moulage des lentilles, mieux adaptées à l’anatomie oculaire, ainsi que dans les matériaux utilisés : autrefois rigides et difficiles à supporter, les lentilles sont à présent souples, légères et souvent jetables, ce qui diminue le risque infectieux.

Les aides visuelles pour les personnes malvoyantes : les malvoyants ont à présent à leur disposition des systèmes microscopiques pour voir de près, des systèmes télescopiques pour voir de loin. L’optoélectronique (qui désigne l’union des techniques électroniques et optiques) a permis l’usage des vidéoagrandisseurs, des loupes électroniques, etc. Je suis toujours émerveillé de voir des patients atteints de DMLA sortir leur petite loupe électronique et lire. Ce n’est pas une lecture cursive bien sûr, plutôt mot à mot, mais ils voient et c’est l’essentiel.

Il y a aussi des systèmes de scanner qui vous permettent de balayer le livre que vous avez entre les mains, et le texte apparaît en gros caractères sur l’écran de télévision.

Pour les malvoyants ou ceux dont les yeux doivent être particulièrement protégés - par exemple après une opération de la cataracte - il faut aussi noter de grands progrès dans la protection de la rétine. La rétine est extrêmement sensible aux rayons ultraviolets, qui sont délétères vis-à-vis des photorécepteurs. Notre cristallin d’origine est bien conçu pour filtrer les rayons ultraviolets. Mais après une opération de la cataracte, c’est un cristallin artificiel qui se substitue à l’original et les cristallins artificiels ne filtrent pas suffisamment les rayons ultraviolets. C’est pourquoi toute personne opérée de la cataracte doit porter, surtout au soleil, des verres filtrant le rayonnement ultraviolet. Il en existe aujourd’hui des clairs, qui permettent de ne pas se signaler à l’extérieur par des verres teintés.

La miniaturisation des instruments d’optique : la chirurgie des yeux a bénéficié d’un véritable exploit technologique : la miniaturisation. Quand j’ai commencé dans ma spécialité, on opérait encore avec des grosses loupes sur monture. À présent nous disposons de microscopes opératoires ultrasophistiqués qui sont des outils d’horloger ; il en existe même avec tracking automatique, c’est-à-dire que la mise au point suit votre regard ! L’art du diagnostic a été également bouleversé par les progrès de l’optoélectronique, en particulier avec l’apparition il y a une vingtaine d’années des réfracteurs automatiques - ces appareils qui permettent une mesure objective de la valeur de l’œil - et leur miniaturisation : on peut aujourd’hui mesurer la réfraction chez le tout petit enfant, chez le nourrisson, avec la plus grande précision et la plus grande rapidité.

VHA : Vous avez mentionné également des progrès liés aux avancées de la physique. Qu’en est-il ?

Pr JLD : Nous avons bénéficié des très grands progrès de la physique principalement dans les domaines du laser, des ultrasons, de l’imagerie médicale et de la radiothérapie.

9-C)- AVANCÉES DANS LE DOMAINE DE LA PHYSIQUE

Le laser : en ophtalmologie, nous avons été les premiers à nous servir des lasers. Les lasers à argon (lasers qui brûlent) ont été employés avec succès dès les années 70 dans la prévention du décollement de la rétine. Un décollement de rétine est assez rare, mais gravissime. Attention, en particulier si l’on est myope : si vous percevez tout à coup des flashs, c’est-à-dire une luminosité sans objet, répétée, toujours du même côté, au même endroit, c’est une urgence ! Il faut vérifier la rétine et, en cas de déchirure en constitution, traiter immédiatement au laser. Grâce à ce traitement, on a vu diminuer de façon extrêmement régulière le taux de décollement de rétine, c’est un progrès considérable. D’autres lasers ont fait leur apparition par la suite :

- le laser Yaq, qui est un laser « explosif », très utilisé après l’opération de la cataracte lorsque - dans environ 30% des cas - il faut « ouvrir la membranule » c’est-à-dire ouvrir la capsule postérieure du cristallin, progressivement densifiée et opacifiée.

- le laser Excimer, qui coupe et vaporise, ce qui permet de modifier la face antérieure de la cornée de manière à en modifier la puissance optique. C’est ce qu’on appelle la chirurgie réfractive : on peut corriger de façon fiable une myopie allant jusqu’à 10 voire 15 dioptries, ou un astigmatisme. Par contre dans l’hypermétropie la chirurgie rétractive est moins fiable et surtout moins durable. Pour la myopie, une seule précaution, il faut le faire sur une vision stabilisée, c’est-à-dire qui n’a pas évolué depuis 1 ou 2 ans. En pratique cela s’adresse à des personnes entre 20 et 35 ans. Au-delà de 40 ans, la presbytie va petit à petit venir compenser la myopie et il faut voir au cas par cas, avec son ophtalmologiste, si l’on a encore intérêt à intervenir à cet âge.

Les émetteurs-récepteurs à ultrasons, dont le premier usage a été militaire, avec le radar. L’ultrason est un son de très haute fréquence qui ne peut être perçu par l’oreille humaine. Sa principale qualité réside dans sa capacité à rebondir contre un obstacle. Aussi, les ultrasons sont utilisés en ophtalmologie pour obtenir une reconstruction de l’intérieur de l’œil sous la forme d’une image échographique, ce qui permet en particulier de déterminer la longueur de l’œil pour le calcul des cristallins artificiels. Plus sophistiqué encore : on utilise les sondes à ultrasons dans l’opération de la cataracte pour fragmenter le cristallin dont on aspire de façon concomitante les débris. C’est ce qu’on appelle la « phaco-émulsification », qui a l’énorme avantage de ne demander qu’une minuscule incision de l’œil, réduisant ainsi notablement le temps de cicatrisation et le risque infectieux.

Voyez les progrès dont bénéficie l’opération de la cataracte : il y a 30 ans, un patient opéré restait à l’hôpital une semaine, il y a 20 ans 2 à 3 jours. Aujourd’hui, en ambulatoire, le patient arrive le matin et repart le soir...

L’imagerie médicale : toujours dans le domaine de la physique, nous avons aussi réalisé de grands progrès grâce à l’arrivée de la scannographie, qui nous permet de voir la partie osseuse qui entoure l’œil, puis celle des examens par résonance magnétique nucléaire (RMN ou IRM en anglais), qui nous permettent de visualiser parfaitement les parties molles, voir les muscles, le nerf optique, éventuellement une tumeur intraoculaire, intraorbitaire ou intracérébrale.

Plus généralement, nos méthodes d’exploration ont évolué de façon magistrale. J’ai cité les réfracteurs automatiques, les échographes. Une avancée majeure a été fournie récemment par la tomographie en cohérence optique (OCT), permettant la réalisation de coupes de la rétine de façon non invasive.

La radiothérapie : certains cancers de l’œil sont accessibles à un traitement conservateur par radiothérapie. Ainsi par exemple le rétinoblastome, cancer de l’enfant extrêmement évolutif puisqu’il s’agit de tissus jeunes, a énormément bénéficié des radiations ionisantes. C’est un progrès considérable : avant qu’apparaissent la radio­thérapie et la chimiothérapie la seule solution pour sauver la vie d’un enfant atteint de ce cancer - qui est génétique et généralement bilatéral - était dramatique, puisqu’il s’agissait d’enlever les deux yeux. À présent on peut tenter un traitement par radiations qui va permettre de conserver la présence de l’œil et éventuellement une fonction visuelle. Chez l’adulte ou la personne âgée, le mélanocarcinome est également un cancer de l’œil accessible à un traitement conservateur par protonthérapie, l’irradiation étant faite bien sûr par des équipes très spécialisées.

9-D)- PHARMACOLOGIE

VHA : Qu’en est-il des progrès en pharma­cologie ?

Pr JLD : Il n’y a pratiquement pas de semestre sans qu’une nouvelle molécule soit mise sur le marché de la thérapeutique. En ophtalmologie, les avancées ont été constantes depuis l’apparition des antibiotiques, des anti­inflammatoires, des anti-angiogéniques, des anticancéreux, des bêtabloquants... Je citerai deux exemples :

Pour le glaucome à angle ouvert, maladie très fréquente du nerf optique qui conduisait le plus souvent à la cécité, une nouveauté majeure dans la prise en charge est intervenue avec l’apparition des premiers collyres de la classe des myotiques, telle la pilocarpine.

Mais, comme leur nom l’indique, ces médicaments provoquaient le myosis, c’est-à-dire le rétrécissement de la pupille, d’où baisse de la vue. De plus la durée de leur efficacité sur la tension intraoculaire caractéristique du glaucome était courte : 4 à 6 heures.

Sont apparues par la suite de nouvelles familles de molécules actives localement comprenant des bêtabloquants : elles ne modifient pas le diamètre de la pupille et sont actives pendant 12 heures, mais contre-indiquées chez les asthmatiques et les patients ayant un pouls lent permanent. Enfin nous avons aujourd’hui les prostaglandines, remarquablement efficaces 24 heures sans effet secondaire.

Pour la DMLA, l’arsenal thérapeutique s’est lui aussi considérablement développé. Il y a quelques années, la Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge évoluait dramatiquement vers la perte totale de la vision centrale sans le moindre traitement. Elle est traitée aujourd’hui, pour les patients atteints de la forme œdémateuse, par injections intraoculaires dans le vitré de l’œil (IVT), permettant de stabiliser la vision, voire de l’améliorer. La recherche pharmacologique se poursuit dans ce domaine comme dans d’autres, notamment pour offrir des modes d’administration moins contraignants que l’IVT.

9-E)- RECHERCHE

VHA : Justement, quels nouveaux progrès peut-on raisonnablement attendre de la recherche dans les années à venir ?

Pr JLD : Je pense que l’avenir appartient principalement à la thérapie génique. Je vais y revenir, mais d’abord un mot des autres voies de recherche dont on parle beaucoup, en particulier les cellules souches et les rétines artificielles.

Les cellules souches : des essais thérapeutiques par les cellules souches ont été menés dans les pays anglo-saxons, la réglementation en France étant très stricte pour des raisons d’éthique. Ces essais vont être facilités car l’on sait à présent reproduire une cellule souche (de type embryonnaire et donc totipotente, c’est-à-dire capable de reproduire dans certaines conditions n’importe quelle cellule adulte) à partir d’une cellule différenciée (de type adulte). Quoi qu’il en soit, la recherche dans ce domaine est loin d’aboutir, en raison principalement de l’instabilité de ces cellules et de leur capacité à se diviser à l’identique à l’infini, avec le risque - impossible à mesurer aujourd’hui - qu’une fois greffées elles aient tendance à former des tumeurs malignes. Mais c’est une voie de recherche importante, porteuse d’espoir.

Les rétines artificielles : il s’agit de greffer sur la rétine des composants électroniques capables de transformer la lumière en signaux électriques et comportant, sur une surface de quelques millimètres carrés et au contact d’un tissu extrêmement fragile, des centaines de points de stimulation. On conçoit le défi technologique que cela représente ! Des avancées ont eu lieu, permettant à quelques patients de retrouver des perceptions visuelles élémentaires. La recherche se poursuit mais, là encore, le chemin sera long.

Autre voie, plus prometteuse : la thérapie génique, qui consiste à faire pénétrer des gènes sains dans des cellules d’une personne atteinte d’une maladie génétique, c’est-à-dire une maladie inscrite dans les gènes de l’individu. Chez l’enfant, comme chez l’adulte, comme chez la personne âgée, la plupart des maladies cécitantes sont des maladies génétiquement déterminées. Il en est ainsi du rétinoblastome, de l’amaurose congénitale de Leber, de la rétinite pigmentaire, de la maladie de Stargardt, dans une moindre mesure de la DMLA, du glaucome etc.

La génétique nous offre une ouverture extraordinaire : tout d’abord elle permet, en cas de maladie génétique familiale, d’apporter au couple un diagnostic prédictif concernant les éventuels enfants à naître. Surtout elle permettra, dans un futur qui ne semble pas tellement lointain, de corriger l’altération des gènes mutés responsables des maladies. La preuve a été apportée par des études expérimentales effectuées chez l’animal (en particulier chez des chiens Briards atteints d’une forme de cécité proche de l’amaurose congénitale de Leber) qui démontrent que la réintroduction dans l’œil du gène sain s’accompagne d’une restauration au moins partielle de la fonction visuelle.

Le Professeur Jean-Louis Dufier est chef du Service d’Ophtalmologie du

CHU Necker-Enfants Malades (Paris), Professeur à l’Université Paris-Descartes,

Membre Correspondant de l’Académie Nationale de Médecine et auteur notamment

de « Œil et Génétique », un ouvrage rédigé sous l’égide de la SFO

(Société Française d’Ophtalmologie).

10)- LE COMBAT D’UNE CONSEILLÈRE PÔLE EMPLOI MALVOYANTE

Mumu, conseillère Pôle emploi malvoyante, défend son métier devant le tribunal des Prudhommes.

« Je veux faire mon travail et pas les miettes que l’on me laisse ».

Tiré de « Le Progrès.fr » du 19 mai 2011.

Exit l’auxiliaire de vie professionnelle pour Muriel Colombet. Malvoyante, elle doit se reclasser vers un emploi autonome. Cette Stéphanoise était, lundi, face à Pôle emploi son employeur, aux Prud’hommes de St-Étienne

« J’ai encore pleuré ce lundi en conciliation. Mais je suis habituée maintenant. » Muriel Colombet n’est pourtant pas femme à baisser les bras. Pour cette malvoyante stéphanoise, se retrouver face à son employeur Pôle emploi aux prud’hommes, « c’est dur. » Certes, la présence de son avocat lyonnais M e Julien Michal la rassure. « Il m’a bien défendu, mais nous n’avons pas trouvé d’accord », déplore Muriel.

Muriel reste fébrile. Sa situation professionnelle dégradée la bouleverse. D’expliquer : « On m’a laissé gravir les échelons et maintenant on me coupe l’herbe sous le pied en me demandant de revenir à la case départ. » Elle ne décolère pas. Et fulmine contre Pôle emploi. Depuis huit mois. Depuis ce 15 septembre 2010 où le couperet tombe. Sans prévenir. Exit l’auxiliaire de vie professionnelle à temps plein qui épaule, depuis 2006, cette malvoyante de naissance.

Sans elle, impossible de remplir sa mission de conseillère à l’emploi à la plateforme de vocation de la Loire, rue de la Montat à Saint-Étienne. Aujourd’hui sous antidépresseur « pour la première fois de sa vie », elle est en arrêt maladie pour harcèlement professionnel. La Sécurité sociale reconnaît même l’accident du travail. Pourtant, aucun reproche ne lui a été adressé. Et pour cause. Muriel est une battante, malgré son handicap. Une philosophie qu’elle applique depuis son plus jeune âge. « Tout le monde ne réagit pas de la même manière face au handicap. Moi ma mère m’a appris à être autonome, malgré ma dégénérescence de la rétine. » Elle suit donc un parcours scolaire normal, malgré une vue quasi nulle. Sauf des classes de 6 e à la 3 e où dans un institut spécialisé, elle se forme au braille. Grâce à ce système d’écriture tactile à points saillants, et quelques autres petites combines pour vivre « normalement », Muriel obtient son bac et suit une formation de secrétariat dédié aux aveugles et malvoyants. Elle peut donc occuper un emploi réservé. Elle opte pour l’ANPE. Elle est d’abord standardiste. « 20 des 25 aveugles embauchés aujourd’hui en France par Pôle emploi sont derrière un téléphone avec un poste informatique adapté à leur handicap. »

« Petit à petit, j’ai fait mon trou et j’ai évolué professionnellement, portée par le collectif et grâce à un fort investissement personnel. » En 2006, Muriel accède au poste de conseillère à l’emploi. « On m’a alors accordé le bénéfice d’une tierce personne. À contrat à durée déterminée, elle m’épaulait dans des tâches que je ne pouvais pas exécuter » explique Muriel. Par exemple, pour se rendre dans certaines entreprises loin géographiquement afin de démarcher des emplois. « Je n’ai en effet jamais osé demander de passer le permis de conduite », s’amuse Muriel. Les successifs binômes fonctionnent plutôt bien. « Quand elle relisait mes écrits, moi, je travaillais sur d’autres dossiers. »

Aujourd’hui Pôle emploi veut la voir occuper un emploi où elle peut travailler seule. « Au standard, par exemple. Mais en fait, personne ne sait vraiment quoi me proposer. Mais moi je veux faire mon travail et pas les miettes qu’on me laisse », maugrée Muriel. « Elle n’a pas d’autre choix que d’accepter une reconversion, un reclassement vers une auto déqualification sous astreinte », précise César Sulli, représentant du personnel SNN au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de Pôle emploi. De reconnaître « des responsables locaux désolés de cette décision, prise au plan national. Et l’établissement ose se prévaloir d’une « nouvelle politique, vertueuse » qui viserait à favoriser l’autonomie des travailleurs handicapés. » « Hypocrisie », tonnent Muriel et César.

La conciliation, organisée, hier, au conseil des Prud’hommes de Saint-Étienne, a achoppé. « Il m’ont dit que j’avais fermé la porte à toutes leurs proposition. Le seul poste possible pour moi, en toute autonomie, est la télé prospection. Pour les autres, l’établissement m’enlève les deux-tiers du poste. Tout ce que j’espère, c’est que Pôle emploi me fasse des propositions acceptables avant de se retrouver devant le juge. » Soit le 19 décembre.

Qu’attend Muriel avant cette date fatidique ? « Retrouver les conditions de travail que j’avais jadis. Mais je veux des garanties. Qu’est-ce qui me dit qu’on ne me fera pas un petit dans le dos dans six mois ? » Sinon, elle se remettra sur le marché du travail… via Pôle emploi. « Mais je suis lucide : je ne vais pas être facile à recaser. »

Impossible pour Muriel Colombet de rester sans emploi. « J’ai besoin de travailler pour avoir une vie sociale. Parce que si j’avais voulu avec mon handicap, j’aurais pu ne jamais travailler et vivre d’allocations », conclut-elle, amère.

Véronique Miot

11)- L’AUTRE REGARD D’HAMOU BOUAKKAZ

Article paru dans le journal « Le Monde » du 1ier juin 2011, rubrique « le livre du jour ».

Prière de remiser pitié et berlue au vestiaire. Plus déterminé, plus drôle, plus provocateur, plus visionnaire qu’Hamou Bouakkaz, vous aurez du mal à trouver. 45 ans, amoureux de l’amour, père, militant suractif, Hamou Bouakkaz est adjoint au maire de Paris depuis 2008 – chargé de la démocratie locale et de la vie associative.

Elu, il entre au cabinet de Bertrand Delanoë. Lequel veut lui confier le handicap. Hamou : « Bertrand, tu pourrais me demander de conduire un camion : je le ferais par fidélité. Mais je ne me priverai pas de dire que c’est une erreur politique. » Or, dans l’optique du cabinet, le handicap dépend encore du « social ».

Objectif d’Hamou, faire partager sa vision à ses collègues : « Pour moi, le handicap relève d’bord des enjeux de citoyenneté. Il n’est ni assimilable à un problème social ni à une maladie qui dure. » Tout sauf le couver, le protéger, mais le changer en force. Une de ses premières actions ? A 15 ans (il est né en 1964) : dénoncer la Journée nationale des aveugles : « Pour moi, cette charité sur la voie publique est insupportable. »

Manif. Dans les locaux du PS, à cette occasion, François Mitterrand lui serre la main : « Je vous plaints beaucoup. » Hamou Bouakkaz le prend assez mal. Plus tard : « Je comprends ce qu’il avait sans doute saisi en un éclair : le lourd tribut que j’aurais à payer pour vaincre les préjugés. » Mettons. De toute façon, il n’a pas froid aux yeux.

Sur le terrain

Il recourt, sans complexe, au lexique de la vue et des voyants. Grand amateur de cinéma, il découvre la vie par la radio. Et se passionne, tout enfant, pour la politique, comme les copains de son âge pour les dinosaures.

Stupeur de ses parents, lorsqu’ils sont convoqués par le directeur de l’institution où Hamou fait campagne pour Mitterrand en 1974. Il a 10 ans. Eux, humbles, se sont sacrifiés pour lui et ses frères, dont un deuxième est aveugle. La mère chante en bossant. Le père fait les trois-huit.

Est-ce un livre ? Nettement plus vit et pensé que beaucoup d’autres… Une leçon ? Pas au sens édifiant. Rien des contradictions, des erreurs, des voies de garage où l’enragé s’engage (parfois à l’aveugle) n’est escamoté.

Un roman ? Non, mais on en compte bien cent dans ces entretiens touche à tout : Hamou communiste, Hamou trader dans le saint des saints du crédit lyonnais, la salle des marchés, Hamou mystique, Hamou moqueur, Hamou et l’ascenseur social, Hamou et la laïcité, Hamou et les Arabes (la droite ne les aime pas), Hamou et les musulmans (là, c’est la gauche), Hamou et les médias, Hamou et son camp : comme dirait George Bernanrd shaw, note-t-il en exergue de chapitre : « S’il n’y avait pas les socialistes, le socialisme gouvernerait le monde entier. »

Hamou Bouakkaz tout-terrain, sur le terrain, avec, dans tous les angles, un regard inattendu : l’autre regard. Le handicap comme approfondissement de l’être : « Le fait d’être blanc, noir ou beur importe peu en soi. (…) Ce qui fait la différence c’est le parcours de vie. On ne peut plus raisonner de la même manière quand, aveugle, on a appris à lire à son père en déchiffrant ensemble les noms des stations de métro. »

Demander depuis dix ans à des sans-domicile-fixe de retirer de l’argent au distributeur sans qu’ils vous volent ; se confier à un chien-guide pour éviter les obstacles « que les hommes s’ingénient à multiplier par incivisme ou ignorance » modifie quelque peu la façon de voir la vie. Noble préface de Stéphane Hessel. Maintenant que vous avez fini de vous indigner, activez-vous.

Francis Marmande

Aveugle, Arabe et homme politique, ça vous étonne ?

Hamou Bouakkaz, Entretiens avec Noël Boutler, Desclée de Brouwer, 237 p., 18 €

12)- CARTE DE RESTAURANTS EN BRAILLE POUR LES AVEUGLES

Lu sur CECI-INFO

L’Assemblée nationale a reçu en ses services une proposition de loi ( N 3431 ) visant à rendre accessible aux aveugles et malvoyants les cartes et les menus dans les restaurants.

Cette proposition de loi présente un article unique qui dit ceci : « Tous les lieux de restauration doivent disposer d’une carte adaptée pour les malvoyants et aveugles. Cette carte doit être en braille, et/ou imprimée en grands caractères et illustrée de photos adaptées ».

Cette proposition pourtant très simple et basique devra permettre aux quelques 60000 personnes aveugles et deux millions de personnes malvoyantes de pouvoir enfin passer commande dans un restaurant sans devoir demander l’aide d’une tierce personne.

Notons que cette loi devrait également s’appliquer au niveau des fast-food.

Il faut savoir par exemple qu’en Belgique l’intégralité des restaurants, même ceux de la restauration rapide, doivent être équipés d’au moins une carte en braille.

Les restaurants Quick ont même étendus cette disposition, non seulement à l’ensemble de la Belgique, mais à l’ensemble des restaurants de leur marque au Luxembourg.

Cette disposition, est encadrée en Belgique, par la loi anti-discrimination du 10 mai 2007, qui interdit les discriminations fondées notamment sur le handicap dans les domaines du logement, de l’accès aux biens et de la fourniture de biens et services proposés au public et service.

La France devrait donc emboiter le pas dans la bonne direction grâce à cette proposition de loi imposant la présence une carte de menu accessible aux personnes confrontées à un handicap visuel.

13)- DU ROCK ET DE L’ART À LA STATION « DUROCK », DU 29 JUIN AU 5 JUILLET

Avec : RIAD SATTOUF, WINSHLUSS, BARU, LOULOU PICASSO, JEANNE DETALLANTE, GUILLAUMIT, PIERRE MORNET, SANDRINE BONINI, LES JEANCLODE, ANNE-MARGOT RAMSTEIN, GERARD DUBOIS, CHARLOTTE GASTAUT.

La RATP et Rock en Seine s’associent pour proposer, en avant première dans le métro, l’exposition Rock’Art. Symboliquement rebaptisée « Durock », la station Duroc (ligne10) accueillera, du 29 juin au 5 juillet, cette exposition d’affiches originales, signées de grands illustrateurs, sur fond de musique Rock…

Au total, ce sont 12 affiches à l’effigie d’artistes tels que Artic Monkeys, The Kills, Keren Ann ou Herman Dune qui seront exposées dans la station. Créant un univers déjanté et stylisé, ces affiches ont été réalisées par des illustrateurs de renom, à l’instar de Riad Sattouf, dessinateur à Charlie Hebdo et réalisateur du film Les Beaux Gosses, Winschluss, primé au festival de Cannes avec Marjane Strapi pour Persepolis, ou encore Gerard Dubois, illustrateur de presse travaillant pour les plus grands titres américains, du Time Magazine à Rolling Stone. L’exposition Rock’Art sera ensuite reprise pendant le festival, avec pas moins de 60 affiches célébrant chacun des groupes programmés.

Au cours de ces quelques jours d’avant-première, le rock ne sera pas seulement célébré en images : il le sera également en musique. Des morceaux d’artistes programmés au festival seront ainsi diffusés dans la station, en continu (The Kills, Herman Dune, Cocorosie, Keren Ann…).

Pour faire découvrir l’opération de manière ludique, la RATP et Rock en Seine organisent un jeu-concours, depuis leurs sites www.ratp.fr et www.rockenseine.com. Pour trouver les réponses, les participants devront se rendre au préalable dans la station pour y dénicher les indices. A à la clef : des places à gagner pour le festival !

La RATP continuera de mettre les artistes de Rock en Seine à l’honneur dans les métros et les RER, grâce à l’opération Paroles’n’Rock, tout au long des mois de juillet et août. Certains textes issus de morceaux d’artistes comme Cocorosie, Miles Kane ou Interpol, retenus pour leur caractère insolite ou poétique, seront ainsi affichés dans les rames. Cette opération s’inscrit dans le prolongement des poèmes proposés aux voyageurs dans les rames, tout au long de l’année, par la RATP.

14)- FEMMES POUR LE DIRE, FEMMES POUR AGIR : FORUM « DES SOLITUDES »

L’association Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir organise le 6 décembre 2011 à la Mairie du 18ème arrondissement de Paris son 5ème forum national sur le thème « Des Solitudes ». Handicaps et solitudes se conjuguent dans la difficulté de mener une vie citoyenne. Au travers de témoignages et de conférences sera abordée la question de la solitude, des solitudes des femmes handicapées ou comment l’absence d’accessibilité (à l’éducation, à l’emploi, au droit…) favorise ces solitudes.

Ce forum s’interrogera sur le handicap comme frein à l’inclusion de la personne handicapée dans la vie de la cité et facteur d’isolement et de solitude.

Le programme de la journée est consultable sur www.femmespourledire.asso.fr.

Accessibilité totale des débats : traduction en langue française des signes, retranscription en direct sur écran (vélotypie), boucle magnétique pour les personnes malentendantes appareillées.

Programmes en caractères agrandis et en Braille sur demande (à préciser lors de l’inscription).

Entrée libre (dans la limite des places disponibles) et gratuite (participation aux frais laissée à discrétion).

Préinscription : merci d’envoyer un courriel à fdfa.asso@free.fr en précisant vos noms, prénoms, adresse, n° de téléphone, et, le cas échéant, type de handicap et besoins spécifiques.

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